Augsburg, Haendel Serse 27.IV.2024

Tentative baroque mitigée à l’opéra d’Augsbourg avec l’opéra SERSE de Haendel

Augsburg Staatstheater, Marrtini-Park samedi 27.IV.2024
Georg Friedrich Haendel : Serse, opera en 3 1actes sur un livret de Silvio Stampiglia


Direction musicale : Ivan Demidov 

Mise en scène : Claudia Isabel Martin 

Décors : Katharina Laage 

Costumes : Polina Liefers 

Vidéo:    Jana Schatz 

Lumieres : Günter Zaworka 

Dramaturgie : Vera Gertz

Einstudierung der Chöre Katsiaryna Ihnatsyeva-Cadek 

Serse: Natalya BOEVA, mezzo-soprano 

Arsamene : Luise von GARNIER, mezzo-soprano 

Romilda : Talia OR, soprano

Atalanta :  Olena SLOIA, soprano

Amastre : Kate ALLEN, contralto

Ariodate : Wiard WITHOLT, baryton-basse 

Elviro : Shin YEO, baryton-basse  

Re buffon : Erik Völker 

Opernchor des Staatstheater Augsburg 

Augsburger Philharmoniker

          Comme nombre de théâtres allemands, l’opéra d’Augsburg possède sa propre troupe de chanteurs lyriques. Dans sa formation, elle s’efforce d’interpréter tous les répertoires. Aussi, les organisateurs ont-ils eu l’idée de monter un spectacle baroque en prenant une œuvre connue de Georg Friedrich Haendel, en l’occurrence Serse. Le choix s’est certainement porté sur cet opéra pour sa partition peu vocalisante (sauf le rôle-titre) au regard des autres opéras du Caro Sassone. Le rôle d’Arsamene par exemple ne présente, à priori, que peu de difficultés. 

Pour y parvenir, quelques da capo sont passés à la trappe, voire certains airs, ce qui en a réduit la durée. La distribution, essentiellement féminine (la troupe de l’opéra ne disposant certainement pas de contre-ténor) se concentre autour d´une même tessiture, celle de mezzo-soprano. En effet, les rôles de Serse, Arsamene et Amastre possèdent quasiment des tessitures identiques. La distribution, peu coutumière de ce répertoire (et on l'entend), est constituée de chanteurs au volume large pour la plupart. Notez qu’en 1738, c’est le castrat Gaetano Majorano, plus connu sous le nom de Caffarelli qui interprétait le rôle de Serse, alors que le rôle d’Arsamene était chanté par la contralto Maria Antonia Marchesini, dite La Lucchesina. 

Quant aux tempi, ils nous ont semblé plutôt lents, un moyen certainement de modérer la virtuosité.


          Afin d’illustrer l’effervescence et l’imbroglio amoureux de cet opéra comico-seria (l’un des seuls du genre composé par Haendel), la metteuse en scène, Claudia Isabel Martin, a pensé aux années folles. D’ailleurs certains costumes de cette époque étaient particulièrement réussis et fort séduisants. Les personnages évoluent dans un décor oriental pour rappeler le contexte perse du livret. A priori tout cela est bien incohérent. Mais l'on peut imaginer que les protagonistes sont venus passer des vacances dans un pays nord africain. Le décor est constitué d’une bâtisse couleur sable orangée avec des ouvertures qui permettent aux personnages d’apparaître et de disparaître et de chanter à des endroits surélevés. La structure est dotée d’un axe pivotant en son centre permettant de la mouvoir au gré des événements et de recréer des espaces. Signalons que la diffusion vidéo est largement utilisée dans cette mise en scène : souvent de très gros plans (à tel point que parfois ils finissent par passer inaperçus) de visages supposés faire ressortir l’état psychologique des personnages. 

          On sait combien l’opera seria a maille à partir avec l’humour. Heureusement, l'équilibre est conservé dans ce spectacle, qui certes présente des touches régulières d’humour mais avec parcimonie, sans jamais basculer dans le ridicule ou la bouffonnerie. Bref un spectacle de bonne tenue mais qui ne déclenche pas non plus d’enthousiasme particulier. 


          Côté solistes, le bilan reste mitigé. Comme nous l'avons signalé ci-dessus, il est clair, à leur écoute, qu'ils sont tous coutumiers de répertoires plus tardifs. La technique baroque leur fait souvent défaut: vocalises défaillantes, agilité restreinte, trilles inexistants, etc... 

Natalya Boeva, incarne un Serse tonique et plutôt virtuose malgré un timbre pas toujours agréable et un manque de finesse probant. Romilda, interprétée par la soprano Talia Or, inégale et dotée d’une voix plutôt lourde dans le medium, est pourtant parvenue à briller à plusieurs reprises dans d’impressionnantes cadences. 

Olena Solia dans le rôle d´Atalanta nous a offert de jolis moments de musique

Les deux chanteuses qui tirent le mieux leur épingle du jeu sont Amastre et Arsamene, respectivement chantés par Kate Allen et Luise von Garnier. En effet, cette dernière, possède un timbre velouté fort agréable à écouter et a réalisé une prestation fort honorable. Tandis que le contralto de Kate Allen a éveillé notre intérêt grâce à sa couleur sombre, la souplesse et létendue de sa voix. 

Quant aux deux messieurs, Wiard Witholt dans le rôle d’Ariodate et Shin Yeo dans celui d'Elviro, ils se sont montrés efficaces dans le peu qu´ils ont eu à chanter. 


          Bref, même si l’essai n’était pas totalement concluant, saluons cette envie de s’ouvrir à d’autres répertoires, en l’occurrence celui baroque.

                                       Ruggero Meli

Quelques photos de la production

© Jan-Pieter Fuhr