HANDEL ALCINA Schaffhausen 26.XI.2019

SCHAFFHAUSEN:

HANDEL ALCINA

Stadttheater 26 November 2019 19h30

  • Myrsini Margariti (Alcina)
  • Nicholas Tamagna (Ruggiero)
  • Hanna Herfurtner (Morgana)
  • Julia Böhme (Bradamante)
  • Andreas Post (Oronte)
  • Elias Benito Arranz (Melisso)
  • Johanna Knauth (Oberto)

Ballet Baroque Berlin

Lautten Compagney Berlin

Dir. Wolfgang Katschner

Staging, costumes & choregraphy: Niels Badenhop

PRODUKTION: Lautten Compagney Berlin, Händel-Festspiele Halle

This Alcina offered to the audience a baroque fireworks, with gorgeous baroque costumes, staging and gesture. Conductor and specialist Wolfgang Katschner was much inspired and directed a cast of high quality. A real treat.

Après quelques représentations au festival Haendel de Halle en juin dernier, cette production hautement baroque d'Alcina trouve une nouvelle et unique date au théâtre suisse de la ville de Schaffhausen déjà parée de la brillance de Noël. Niels Badenhop, le concepteur du spectacle, de la chorégraphie et des costumes nous plonge dans une féerie baroque à laquelle ce public n'est certainement pas familier en lui faisant revivre ce qui se pratiquait en matière de spectacle au XVIII° siècle, une occasion unique d'entendre et de voir tous les ballets de cet opéra de Haendel, des ballets quasiment toujours tronqués. Les costumes sont superbes et les coiffes de plumes impressionnantes, tout comme les ballets et les décors. Pourtant, après avoir bénéficié des spectacles de Sigrid T'Hooft (Radamisto, Merope, Il Parnosso in Festa...), la spécialiste des mise-en-scènes baroques (danses, gestuelle, costumes et décors), on réalise qu'ici tout paraît un brin moins soigné et abouti. Pour autant, on ne boude pas son plaisir, car cette aventure baroque reste spectaculaire pour celui qui n'en a jamais fait l'expérience. La gestuelle baroque convainc et donne force aux personnages tout comme les costumes qui leur confèrent grandeur et noblesse. A commencer par celui d'Alcina, personnage qui se transforme au fur et à mesure du spectacle, passant de douce et noble reine amoureuse à sorcière menaçante, passant de couleurs pastel et douces au rouge feu à l'image de cette gigantesque cheminée aux flammes dévorantes dans la seconde partie du spectacle. Myrsini Margariti incarne une Alcina quelque peu inégale, ses capacités et qualités vocales impressionnent mais semblent utilisées avec parcimonie, son chant plutôt lisse est en manque d'expressivité. En revanche, la Morgana d'Hanna Herfurtner possède la brillance (voix fraîche, limpide et facile) nécessaire pour offrir à son personnage l'insouciance et la spontanéité d'une jeune fille amoureuse de Ricciardo (en fait il s'agit de Bradamante, amante de Ruggiero, qui cache son identité sous les traits de son frère). L'air "Tornami a vagheggiar", pris à une vitesse vertigineuse, nous a bluffé par son éclatante virtuosité à l'égale des meilleurs interprètes dans le rôle. Mais la palme revient au contre-ténor Nicholas Tamagna, impressionnant dans le rôle de Ruggiero, avec notamment un brillantissime "Sta nel Ircana" mais surtout des récitatifs d'une admirable expressivité. Tout récemment Baroque News l'a entendu dans Samson de Haendel à Heidelberg, et quelle ne fut pas notre surprise de constater avec bonheur les progrès considérables accomplis depuis la toute première fois où nous l'avions entendu sur scène au théâtre de Karlsruhe il y a 4 ans environ dans un second rôle de l'opéra Riccardo Primo. Il confirme désormais sa place parmi les tous meilleurs contre-ténors du moment alors qu'il demeure peu connu encore ! La partie centrale de la voix, riche et séduisante, s'accompagne d'une émotion toute naturelle. Seul son air "Mi lusinga" manquait d'une petite touche supplémentaire de poésie et de douceur. Cet artiste est promis, à coups sûrs, aux grands rôles Haendéliens. Julia Böhme s'impose elle aussi dans le rôle de Bradamante, avec son timbre chaud et solide couplé à une voix souple et pleine de caractère, à la technique rompue aux exigences baroques, lui permettant d'affronter tous les airs, même les plus virtuoses avec une certaine tranquillité mais le souffle est court et l'interprète est contrainte de couper la ligne des vocalises pour reprendre son souffle. La voix du ténor Andreas Post dans le rôle d'Oronte déconcerte, avec cette émission à la fois virile et puissante alternée à une voix fragile de tête et quelque peu nasillarde (mi-ange, mi-démon). Les deux rôles secondaires n'ont pas démérité, surtout la soprano Johanna Knauth dans le rôle du jeune Oberto à la recherche de son père, qui dans ses deux airs a donné pleinement satisfaction. Quant à Elias Benito Arranz en Melisso, même s'il s'est montré efficace, le baryton a eu tendance à détimbrer dans son unique air "Pensa a chi geme".

Nous avons souvent eu l'occasion d'entendre l'orchestre Lautten Compagney Berlin et leur chef Wolfgang Katschner, et cette fois encore ils ont fait preuve de cette vitalité si nécessaire à faire revivre un opéra tel qu'Alcina. Comme à son habitude, ils agrémentent la partition d'ajouts personnels, tantôt convaincants (comme le tambourin) tantôt intrusifs (les coups de castagnettes). Relevons aussi quelques coupures dont les traditionnels da capo, et quelques bizarreries inédites comme l'air de Morgana "Credete al mio dolore" (sans da capo) directement enchainé à celui d'Oronte "Un momento di contento" ou bien encore l'air d'Alcina "Ma quando tornerai" qui débute par un court extrait de l'air "Mi restano le lagrime" (air qui ne sera pas joué par la suite) et que dire du chœur final remplacé par des récitatifs parlés ? Malgré cela, ce spectacle a suscité une standing ovation bien méritée !