Handel IL TRIONFO DEL TEMPO E DEL DISINGANNO, Cologne 01.IX.2019

HANDEL : Il Trionfo del Tempo e del Disinganno, Cologne S. Mariä Himmelfahrt 01.IX.2019 ★★★★☆

  • La Bellezza: Philipp Mathmann, countertenor ★★☆☆☆
  • Il Piacere: Ray Chenez, countertenor ★★★

(replacing Riccardo Angelo Strano)

  • Il Disinganno: Rodrigo Sosa Dal Pozzo, countertenor ★★★
  • Il Tempo : Nick Pritchard, tenor ★★★★★ (replacing Thomas Walker)

Concerto Köln ★★★★★

Dir. Gianluca Capuano ★★★★★

concept, scène, vidéo, mise-en-scène : Folkert Uhde

dramaturgie, mise-en-scène : Ilka Seifert

lumières: Jörg Bittner

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Surprising and unexpected version of Il Trionfo del Tempo e del Disinganno, the wonderful oratorio by Handel, in Cologne, taking place not at the Philharmonie, but in a church, in a semi-staged performance with a cast made of men only (3 countertenors and one tenor) ! The staging was rather sober but efficient and most of all moving, thanks to its video screen showing that consuming candle, blown at the very end by La Bellezza. The cast was of very good level, especially the tenor Nick Pritchard in the role of Il Tempo and the countertenor Rodrigo Sosa Dal Pozzo in the role of Il Disinganno, all supported by the excellent Concerto Köln Orchestra under the baton of the highly inspired Gianluca Capuano.

L'oratorio Il Trionfo del Tempo e del Disinganno possède cette faculté rare d'inspirer les spectacles les plus protéiformes, peut-être parce qu'il fait partie de ces œuvres à mi chemin entre l'oratorio et l'opéra. A Cologne, il fait l'objet d'un concert unique, interprété dans une église avec mise-en-scène partielle ! Quatre personnages allégoriques se partagent cette musique sublime de Haendel : La Beauté pense qu'elle est éternelle et ne vieillira jamais, soutenue dans ses illusions par Le Plaisir, tandis que La Désillusion et Le Temps la mettent en garde et lui livrent la triste réalité de la mort.

Une étroite estrade a été placée à la droite de l'orchestre, sur laquelle trône un tabouret pour unique objet de décors. Au bout de cette estrade, un écran géant rectangulaire diffuse tantôt de petits résumés de l'action en allemand, tantôt les chanteurs en gros plans, ou encore des images qui viennent enrichir l'interprétation en proposant une lecture sobre mais émouvante de ce comte musical. Bien entendu, les chanteurs vont et viennent sur cette estrade, ou bien chantent devant ou derrière l'orchestre. Plus étonnant encore, le personnage de La Beauté est interprété par un homme ! Un contre-ténor ou plutôt un sopraniste devrait-on dire, en la personne de Philipp Mathmann, à la voix si particulièrement haute. Nous l'avions déjà vu une première fois, avec un bilan mitigé, dans un Lucio Cornelio Silla de Haendel à Ludwigsburg en juillet 2018 dans une élégante mise-en-scène baroque. Ici encore, il étonne (par sa capacité à chanter si haut pour un homme) mais ne convainc que partiellement, la voix ayant tendance aux stridences et à perdre de sa consistance dans le medium pour s'apparenter même à une voix d'enfant. Ce qui convient finalement assez bien à son personnage d'adolescent en culottes courtes ! Dans la seconde partie il reviendra avec un pantalon, certainement pour exprimer son évolution, son gain de maturité ? Même s'il se retrouve en difficulté dans les vocalises d'airs tels que « Una schiera di piacere » ou « Un pensiero nemico di pace », son point fort est d'avoir agrémenté ses da capo de riches et audacieuses fioritures aux notes aiguës vertigineuses comme dans l'air « Fido specchio ».

C'est Riccardo Angelo Strano qui aurait dû chanter le rôle de Il Piacere (un jeune contre-ténor très prometteur pour l'avoir entendu au Concours de Chant Baroque de Froville en finale puis dans l'opéra Il Parnasso in Festa de Haendel dans une superbe mise-en-scène baroque à Fulda sous la direction de Wolfgang Katschner en avril 2018. Dommage). Mais son remplaçant Ray Chenez n'a pas démérité, le timbre est rond et plutôt agréable. Il a notamment ému dans le fameux « Lascia la spina », dont le da capo a été délicatement pris en mezza-voce. Une merveille ! Mais c'est surtout sa faculté à donner du caractère à ses airs qui marque les esprits, comme dans les très expressifs "Fosco genio" ou "Tu giurasti". Et que dire de son sensationnel "Come nembo" qui a été une folle déferlante de vocalises ? On regrette que le da capo ait été coupé !

Le troisième contre-ténor, le seul que nous ne connaissions pas de cette surprenante distribution, Rodrigo Sosa Dal Pozzo incarne un Disinganno absolument convaincant, de sa voix ronde, chaude et bien chantante. Chaque air est interprété avec cette simplicité naturelle rare, la voix s'épanouit dans un médium fort agréable et aucune de ses notes graves ne semble jamais forcée comme dans l'air "Piu non cura" dont le da capo, aux délicates fioritures, nous a charmé.

Enfin, le ténor Nick Pritchard dans le rôle du Temps (qui devait être chanté par Thomas Walker) nous a convié, lui aussi, à de très beaux moments de musique. La voix est séduisante et facile, le timbre sombre et voluptueux, idéal pour des airs graves comme "Urne voi" mais aussi dans l'impressionnant et virtuose "Folle" ! Nous l'avions préalablement découvert dans The Triumph of Time and Truth de Haendel (la version en anglais bien différente de celui-ci) au Kings Place de Londres en Octobre 2018, il avait été épatant tout comme dans le Messie à St John's Smith Square. L'un des temps forts de cette interprétation à Cologne a certainement été le duo Tempo/Disinganno « Il bel pianto » dans lequel les deux voix se sont admirablement bien mariées.

L'oratorio du Caro Sassone a été donné d'une traite, et a fait l'objet de nombreuses coupes (notamment les les parties A et B des airs, seuls les da capo sont chantés) pour une durée d'environ 1 heure et 45 minutes. Il manque quand même 40 minutes de musique. Ce concert faisait partie d'un très beau festival appelé Felix. Saluons pour finir, les excellents membres de l'ensemble Concerto Köln qui ont livré une interprétation vibrante de l'oratorio sous la direction du non moins excellent chef Gianluca Capuano, ainsi que les interventions très remarquées des excellents Shunske Sato (premier violon), Luca Quintavalle (organiste et claveciniste), Clara Blessing (hautbois), Alexander Scherf (violoncelle)... Mais aussi les créateurs de ce spectacle : Folkert Uhde (concept, mise-en-scène, vidéo), Ilka Seifert (dramaturgie et mise-en-scène) Jörg Bittner (lumières) qui nous ont offert une lecture sobre, efficace et somme toute émouvante avec cette bougie qui se consume au fil du spectacle pour être finalement soufflée par la Bellezza qui s'est retirée sur la pointe des pieds pour laisser place au seul violon, venu se positionner sur l'estrade dans une grande émotion. Nous passons, la musique elle, reste.