Handel RINALDO, Glyndebourne 13.VIII.2019

GLYNDEBOURNE 13 August 2019

Handel RINALDO ★★★★★

  • Rinaldo: Jakub Józef Orliński, countertenor ★★★★☆ (replacing Elizabeth DeShong)
  • Almirena: Giulia Semenzato, soprano ★★★☆☆
  • Argante: Brandon Cedel, bass-baritone ★★★★★
  • Armida: Kristina Mkhitaryan, soprano ★★★★☆
  • Goffredo: Tim Mead, countertenor ★★★☆☆
  • Eustazio: Patrick Terry, countertenor ★★☆☆☆ (replacing Jakub Józef Orliński)
  • A Christian Magician: James Hall, countertenor ★★★★★
  • Herald: Frederick Jones
  • Woman: Sofia Larsson
  • Siren 1: Madison Nonoa-Horsefield
  • Siren 2: Emma Kerr
  • Performers: Lucy Burns, Anne Corday, Megan Frances, Hazel Gold, Andrew Hayler, Keiko Hewitt-Teale, Nathaniel James, Anthony Kurt Gabel, Colm Seery, Charlotte Sutherland

Orchestra of the Age of Enlightenment

Conductor: Maxim Emelyanychev

Director: Robert Carsen

Revival Director: Bruno Ravella

Designer: Gideon Davey

Movement Director: Philippe Giraudeau

Lighting Designers: Robert Carsen and Peter Van Praet

Leader Kati Debretzeni

Harpsichord continuo Bernard Robertson

Cello continuo Jonathan Manson

Double bass continuo David Sinclair

Theorbo continuo Eligio Quinteiro

The Glyndebourne Chorus

Chorus Master Aidan Oliver

Rinaldo (Jakub Józef Orliński) with Siren 2 (Emma Kerr), Woman (Sofia Larsson) and Siren 1 (Madison Nonoa-Horsefield) © Robbie Jack
Armida (Kristina Mkhitaryan) and Argante (Brandon Cedel) © Robbie Jack
Goffredo (Tim Mead) © Robbie Jack
Almirena (Giulia Semenzato) © Robbie Jack
Eustazio (Patrick Terry) and Almirena (Giulia Semenzato) © Robbie Jack

Il y a des spectacles qui d'emblée emportent l'adhésion du public et vous donnent la quasi certitude que vous allez passer un bon sinon mémorable moment. C'est le cas de cette reprise de l'opéra Rinaldo de Haendel à Glyndebourne (disponible en DVD) dont la quasi totalité de la distribution a été renouvelée. L'américaine Elisabeth DeShong devait succéder à l'italienne Sonia Prina, mais a dû déclarer forfait pour des raisons personnelles. Difficile de cacher notre déception après son coup de maître il y a quelques mois dans le rôle spectaculaire de Junon dans l'oratorio Semele de Haendel au Barbican Hall de Londres avec une voix et des qualités à mi-chemin entre celles de Marilyn Horne et d'Ewa Podles ! Mais c'est le contre-ténor Jakub Orlinski qui a finalement accepté d'endosser le rôle alors qu'il était prévu dans celui d'Eustazio. Le jeu musical de la chaise libre a permis au contre-ténor Patrick Terry de rejoindre cette distribution et d'endosser le rôle d'Eustazio laissé libre. La distribution étant stabilisée, le spectacle peut commencer. Le metteur-en-scène Robert Carsen nous plonge dans le monde de l'enfance et plus particulièrement dans celui scolaire. Rinaldo, harcelé par ses camarades, rêve d'être le héros qui va pouvoir sauver sa belle Almirena et braver les terribles épreuves qui l'attendent: la redoutable Armida, véritable furie super sexy, toute de latex et un brin SM, accompagnée par son acolyte, le dangereux Argante, ou les sirènes ensorceleuses ou encore la terrible armée des écolières japonaises... Le tout fonctionne admirablement bien ! On s'amuse, on rit de bon coeur, on tremble, on vibre d'émotion, on sursaute aux explosions du professeurs fou de chimie (Mago)... C'est même spectaculaire, en totale adéquation avec les machineries de l'opéra baroque du XVIII° siècle, lorsque Rinaldo s'envole à bicyclette et passe devant la lune (référence à E.T. bien entendu), quand le tableau noir de la classe s'anime soudainement ou encore lorsqu'il s'ouvre sur le monde maléfique des sirènes... Pourtant la liete fine attendue sera bien différente avec un retour à la triste réalité de Rinaldo: ce n'était qu'un doux rêve !

Nous avions déjà vu Jakub Orlinski dans ce rôle de Rinaldo à deux reprises lors de deux saisons différentes à Francfort. Sa voix, au timbre si séduisant, sied parfaitement au rôle de cette production, qui requiert finalement une voix pas si héroïque puisqu'elle est supposée appartenir à celle d'un adolescent. Face aux trois autres contre-ténors de la distribution, la voix du polonais paraît bien plus crémeuse, facile, naturelle et masculine notamment dans les airs "Ogn' indugio" avec ses notes longues qui laissent le temps à la voix de s'épanouir ou bien le très contrasté et touchant "Cor ingato".

Giulia Semenzato, avec sa voix ronde et séduisante, incarne une Almirena ingénue et amoureuse. Il est surprenant que son air "Combatti da forte" lui ait été confisqué alors qu'il aurait certainement permis d'apporter un peu de personnalité à un personnage en manque de couleurs. Bien entendu, son "Lascia ch'io pianga" était très attendu et personne n'a été déçu par l'interprétation sobre mais efficace de la soprano italienne.

Tim Mead, rescapé de la création du spectacle, présente un acolyte solide à Rinaldo. Passés certaines stridences et des vocalises parfois savonnées, le contre-ténor britannique s'impose en Goffredo notamment dans le très rassérénant "Sorge nel petto" dont le da capo a été une leçon d'intelligence et d'émotion.

Le petit rôle du Mago (un magicien, ici un professeur Einstein fou) a été admirablement incarné par le contre-ténor James Hall que l'on avait déjà entendu avec grand intérêt dans le rôle d'Adalberto dans l'opéra Ottone de Haendel à Beaune en juillet 2017.

Quant à Patrick Terry, son interprétation du rôle d'Eustazio n'a malheureusement pas complètement convaincue, le timbre manquait clairement de séduction surtout dans les vocalises.

Reste le couple infernal Armida / Argante. La soprano Kristina Mkhitaryan à la voix âpre et percutante a fait sensation dans ce rôle de cruelle amoureuse tandis que ses stratèges et autres perfidies ont fait le régal d'un public bluffé par tant d'aplomb ! Mais c'est la voix du baryton-basse Brandon Cedel, dans le rôle d'Argante, qui a le plus convaincu en cette matinée du 13 août 2019 ! Son entrée en matière "Sibillar gli angui d'Aletto" s'est apparentée à un véritable boulet de canon venu percuter les oreilles des auditeurs. Grâce à une technique rompue aux exigences du style baroque, une voix flexible et une expressivité toute de subtilité avec notamment un "Vieni o cara" d'anthologie tant la mezza-voce du baryton-basse nous a séduit, chacune de ses interventions donne le sentiment d'une grande aisance et d'un chant naturel et facile.

Pourtant ce spectacle n'aurait pas été une totale réussite sans la prestation attentive et alerte du jeune chef Maxim Emelyanychev et de l'excellent Orchestra of the Age of Enlightenment. Mais il faut surtout saluer l'inventivité et les trouvailles géniales d'un Robert Carsen fort inspiré ! Pour ceux qui souhaiteraient (re)voir ce spectacle, il sera prochainement repris pour 3 dates à Glyndebourne puis partira en tournée pour 5 dates dans tout le pays en Novembre-Décembre avec une distribution renouvelée (Jake Arditti, Anna Devin...).

Rinaldo (Jakub Józef Orliński) © Robbie Jack
Argante (Brandon Cedel) © Robbie Jack
Armida (Kristina Mkhitaryan) with furies © Robbie Jack
Rinaldo (Jakub Józef Orliński) © Robbie Jack
A Christian Magician (James Hall) © Robbie Jack
Right to left: Almirena (Giulia Semenzato), Rinaldo (Jakub Józef Orliński), Eustazio (Patrick Terry) and performers © Robbie Jack