Handel SEMELE Berlin 29.XII.2019

BERLIN: HANDEL SEMELE

Komische Oper Berlin Sunday 29 December 2019 18h

Baroque opera in three acts [1744]

  • Cadmus, King of Thebes: Philipp Meierhöfer
  • Semele, his daughter: Sydney Mancasola
  • Ino, her sister: Karolina Gumos
  • Athamas, Prince of Bœotia: Terry Wey
  • Jupiter, king of the gods: Stuart Jackson
  • Juno, his wife: Ezgi Kutlu
  • Iris, her confidante: Georgina Melville
  • Somnus, God of sleep/Priest: Evan Hughes

Chorsolisten der Komischen Oper Berlin

Orchester der Komischen Oper Berlin

Musical direction: Konrad Junghänel

Staging: Barrie Kosky

Stage design: Natacha Le Guen de Kerneizon

Costume design: Carla Teti

Dramaturgy: Johanna Wall

Chorus: David Cavelius

Lighting: Alessandro Carletti

A production with more or less successful results : an elegant English gothic conception with strong images, but the characters lack emotion and one could have dreamt of a better cast.

Barrie Kosky est désormais un habitué des productions de Haendel. Après son sublime Saul de Glyndebourne, mais une Agrippina à l'inspiration inégale à Munich puis à Londres, on ne sait plus trop à quoi s'attendre dans cette reprise de Semele (nous n'avions pas vu la première série de représentations donnée il y a plus de deux ans) avec une distribution en grande partie renouvelée.

Dès le lever de rideau, nous sommes saisis par l'atmosphère macabre qui règne dans cette église qui a été visiblement en proie aux flammes et qui doit pourtant célébrer le mariage de Semele et d'Athamas. Des cendres encore fumantes sont les stigmates d'un feu dévastateur. Cette atmosphère fortement emprunte de l'esthétique du gothique anglais sombre et élégant prend soudainement une nouvelle tournure lorsque les cendres se soulèvent et un être vivant en sort. Il s'agit de Semele renaissant tel le phœnix, de ses cendres. On comprend alors que l'opéra commence par la fin. L'idée et l'esthétique de cette entrée en matière séduit et fascine d'emblée et l'on s'attend alors à une montée en puissance de la mise-en-scène. Mais le spectacle ne va vraiment évoluer, le décor restera unique tout du long (l'univers céleste de Jupiter par exemple restera invariablement sombre), et peu d'idées brillantes et de changements vont intervenir. Plus grave encore, la mise-en-scène ne révèle pas les liens forts entre les personnages (Jupiter et Semele s'aiment parce que le livret le dit mais rien dans la mise-en-scène ne nous fait vraiment croire en leur amour). Les personnages gesticulent, font les fous et dansent, ils crient énormément sans parler des explosions à répétition qui vous font bondir de votre siège et finissent par lasser: beaucoup de bruit pour rien dirait un certain Shakespeare. On a le sentiment que le metteur en scène cède à la facilité, peut-être par manque de temps, sans chercher à effectuer un travail psychologique de fond. Et que dire du supposé show de séduction auquel le dieu Jupiter se prête en dansant au devant de la scène alors que l'artiste, même s'il semble faire de son mieux, n'en a pas le talent ? Le ridicule n'est pas loin...

Reste heureusement quelques bonnes idées : Semele happée par la cheminée par laquelle elle disparaît pour rejoindre le Dieu Jupiter. Elle paraît derrière le miroir, telle une créature christique que l'on doit sacrifier en guise de don aux Dieux. Il y a aussi les effets de "magie", comme la bague qu'Athamas tente de mettre au doigt de Semele et qui saute comme par répulsion, contrôlée par une force surnaturelle. Quelques notes d'humour également viennent animer la soirée comme le crissement strident des ongles de Junon sur le miroir, folle de rage face à une Semele qui veut lui ravir son mari. Cette même Junon s'en prend alors injustement à Iris, son assistante et souffre-douleur. Le récitatif redistribué entre Ino et Juno est déroutant, on ne sait plus qui chante quoi (Juno est déguisée en Ino). Relevons aussi la présence forte d'images relevants de l'esthétique du gothique anglais, tels des tableaux anciens précurseurs d'une terrible fin (Semele dévorée par les flammes). Tous ces éléments, certes louables, ne viennent pourtant pas sauver un spectacle en manque d'actions et d'émotions réelles et profondes. On pense alors pouvoir se rattraper avec la distribution. Malheureusement, les chanteurs sont loin d'être rompus aux techniques baroques. Et même si ces chanteurs ne déméritent pas pour autant et assurent efficacement leur partie, ils ne brillent pas véritablement non plus. A commencer par les deux mezzo-sopranos de la distribution Ino et Juno, l'une Karolina Gumos affichant une voix homogène mais en manque de personnalité et d'expressivité; l'autre Ezgi Kutlu affiche une forte personnalité mais un timbre rêche et désagréable parfois. Le contre-ténor Terry Wey possède une vraie technique baroque lui permettant notamment de vocaliser rapidement, malheureusement son timbre de voix s'apparente davantage à celui d'un enfant capricieux.

Le seul soliste vocal sortant véritablement du lot, est le ténor Stuart Jackson dont la voix affiche une homogénéité bluffante sur toute la tessiture avec des notes aiguës faciles et d'une grande beauté. Son air "Where´er you walk" aura certainement été le highlight de la soirée. On décolle enfin de son siège ! Ce même commentaire s'applique à l'air "Come to my arms" dont on aura apprécié la prodigieuse cadence ! Les trois rôles secondaires ont tous fait un travail honnête et convaincant: la pétillante Georgina Melville en Iris, l'efficace Philipp Meierhöfer en Cadmus mais surtout l'excellent Evan Hughes interprétant un Somnus en rut avec ses graves d'outre-tombe. Reste le cas de Semele incarnée par la soprano Sydney Mancasola à la voix radieuse, claire et juvénile. Elle convient assez bien à ce rôle de jeune insouciante, qui souhaite connaître le frisson de l'amour (elle délaisse un mortel car un dieu la désire). La voix est bien projetée et la soprano essaye de donner du caractère à son personnage en forçant les graves notamment. Malheureusement elle ne fera pas le poids face au redoutable "No, no I'll take no less" avec ses vocalises quelque peu savonnées ainsi que dans l'autre air virtuose: "Myself I shall adore" dont le da capo a été malheureusement supprimé. A noter que les petits miroirs aimantés au mur n'apportent pas grand chose dans cette scène assez terne. D'autres mise-en-scènes ont démontré qu'il était possible de faire de grands effets dans cette scène très attendue par le public. De plus, elle rate son entrée dans l'air "Endless pleasure" et devient excessive dans l'air "Thus let my thanks be paid". La fraîcheur et la brillance qu'elle apporte au rôle sont louables mais le spectateur qui aurait été en droit d'attendre une voix plus mûre et dramatique passera son chemin.

Le chœur, quant à lui, s'est révélé globalement assez bon. Enfin, le chef Konrad Junghänel, pourtant spécialiste de cette musique, se montre certes efficace mais semble éviter les contrastes et effets de surprise. Finalement il s'inscrit dans cette unité générale dans laquelle rien ne démérite ni n'excelle, un entre-deux tiède. Reste la musique sublime d'Haendel que l'on pourra très bientôt redécouvrir au disque puisque John Elliot Gardiner a enregistré il y a quelques mois, après une première version qui date de presque 40 ans. Baroque News a assisté à son concert parisien le 8 avril 2019 avec l'excellente Louise Alder.

Une autre Semele en concert a dernièrement marqué les esprits, celle du Barbican de Londres sous la direction de Harry Bicket avec notamment une Junon phénoménale en la personne de l'américaine Elizabeth DeShong, sorte de mix entre Marilyn Horne et Ewa Podles ! Attention talent à suivre !