HANDEL TAMERLANO Francfort 16.XI.2019

FRANCFORT: HANDEL TAMERLANO

Bockenheimer Depot, Saturday 16 November 2019 7.30pm

Dramma per musica in drei Akten / UA 1724

Text von Nicola Francesco Haym nach Libretti von Agostino Piovene und Ippolito Zanelli basierend auf Jacques Pradon.

In italienischer Sprache mit deutschen Übertiteln

Frankfurter Opern- und Museumsorchester

Musikalische Leitung: Karsten Januschke

Inszenierung: R.B. Schlather

Bühnenbild: Paul Steinberg

Kostüme: Doey Lüthi

Licht: Marcel Heyde

Dramaturgie: Mareike Wink

Lawrence Zazzo as Tamerlano
Elizabeth Reiter as Asteria
Brennan Hall as Andronico

The opera starts before the beginning with an unexpected and disturbing staging which keeps questioning the audience shown into the heart of an American prison (the orchestra is kept in an iron cage) in which each singer embodies a typical character of the American culture (a cowboy, a cheerleader, an football player, etc... This scenario may have lead to boredom if the cast hadn't been so strong, especially thanks to the American counter-tenor Lawrence Zazzo in the role of Tamerlano who made an amazing and memorable show !

Drôle de Tamerlano ! Déroutant au possible ! Tout semble avoir été fait pour brouiller nos habitudes et nous déstabiliser. Le spectacle démarre, alors qu'on ne s'y attend pas. Un cowboy parade sur scène et fait entrer l'orchestre pour l'enfermer dans une cage ! L'ouverture surprend par son exécution presque violente. Les premiers récitatifs ne sont pas chantés mais parlés. Les personnages sont affublés de vêtements modernes sur lesquels des numéros sont collés, ils vont et viennent parmi le public, etc... Le spectacle nous plonge au cœur d'une prison américaine, type Guantanamo, tandis que chacun des personnages incarne une figure forte de la culture américaine: Tamerlano n'est autre qu'un cowboy, un brin ringard et sadique, Andronico un joueur de football américain, Irene une pom-pom girl, Bajazet un condamné à mort à la combinaison orange, Asteria une jeune rebelle des banlieues... On s'en amuse, on ne s'ennuie pas le moins du monde, mais il est vrai que passées les premières surprises, le spectacle ne semble plus vraiment avancer ni se renouveler et cette transposition finit par nous laisser quelque peu perplexe.

Côté solistes, le rôle-titre est admirablement joué et chanté par un Lawrence Zazzo volcanique, provocant, faisant le show de bout en bout notamment dans son air "Vo dar pace" dans lequel il manie le lasso et les effets vocaux comme personne. Ce contre-ténor ne cesse de nous surprendre par sa progression qui semble désormais sans limite et toujours plus bluffante. Il faut pourtant apporter un bémol à tout cela: les vocalises le mettent sérieusement en difficulté et un air tel que "A dispetto" n'atteint pas l'excellence attendue, l'interprète étant contraint d'alléger considérablement le volume de sa voix pour réaliser les coloratures infernales de la partition. Son rival Bajazet, incarné par le ténor Yves Saelens, peu habitué à ce répertoire, mais il est vrai que ce rôle est tellement atypique qu'il est nécessaire de dégoter un "bariténor" dramatique capable de s'adapter au style baroque. Ce choix s'avère judicieux, car même si les vocalises ne semblent pas naturelles chez cet interprète, la voix navigue aisément entre le ténor et le baryton et possède suffisamment de souplesse pour aborder des airs pris à des tempi rapides tels que "Ciel e terra" ou "Empio per farti guerra", le tout couplé à une belle projection. Sa scène de la mort fait frissonner, la simplicité de son "Figlia mia" touche les âmes, et son sens du drame dans les récitatifs accompagnés donne force et consistance à son personnage. Nous sommes plus partagé concernant le contre-ténor Brennan Hall, à la voix tremblotante et aux graves peu audibles. Le haut de la voix convainc davantage et l'interprète parvient à offrir sensibilité et émotion dans des airs tels que "Cerco in vano" ou "Benche mi sprezzi". En revanche, il est surprenant qu'un air tel que "Piu d'una tigre" lui ait été retiré. La mezzo-soprano Cecelia Hall, souffrante, n'a pas pu chanter ses airs en cette soirée du 16 novembre 2019, seuls les récitatifs et un arioso ont pu être assurés. Enfin le baryton Liviu Holender a assuré sa partie sans démériter. Le spectacle fait abstraction de la fin de la partition, et se concentre sur la mort de Bajazet directement suivi par un chœur final plein de douleur et quasi murmuré tandis que l'orchestre cesse de jouer avant la fin, laissant les voix mourir seules ! Du plus bel effet !