Georg Friedrich HANDEL: Siroe, Re di Persia (HWV 24). Opera in 3 Acts.| Libretto by Pietro Metastasio. First performance: London, Haymarket Theater, 17. February 1728. Donau Festwochen (7., 8., 13., 14.) 15. August 2021, 7pm Rittersaal Schloss Greinburg, Grein/Donau

  • Corsoe: Matthias Helm, baritone

  • Siroe: Clint van der Linde, countertenor

  • Medarse: Nicholas Hariades, countertenor

  • Laodice: Amelie Müller, soprano

  • Emira: Annastina Malm, mezzo-soprano

  • Arasse: Philipp Kranjc, bass

L’Orfeo Barockorchester

Conductor: Erich Traxler

Staging, video: Kobie van Rensburg

coproduction with the Handel Halle Festival 2022.

ALL PICTURES: Reinhard Winkler
Emira & Siroe
Siroe & Laodice
Siroe & Corsoe
Corsoe, Arasse & Laodice
Review translated from French. Sorry for the non perfect English.

The main challenge for the artists and especially for the stage director Kobie van Rensburg was to fit an opera lasting more than 3 hours into 1h30 (due to the sanitary restrictions)! Some choices and sacrifices had to be made. Surprisingly, the amount of recitatives was still very important and could certainly have been cut in order to give space to more arias. However, one soon realizes that without these recitatives, so necessary to understand the drama and which provide so much intensity to the story, it would have been only a series of arias with no links and no dramatic tension. It would have reduced the rich libretto (full of family and political conflicts, tyranny, love affairs, misunderstandings, slander, unfair situations, reconciliation and happy ending) by Metastasio into an uninteresting story.

Well, with such an impossible challenge, frustrations were inevitable: we missed some important arias such as the stormy one by Laodice “Torrente cresciuto” or Emira’s famous and exquisite “Ch’io mai vi possa”.

The so special video technique used by Mr Rensburg, consisting in filming the characters in front of a blue background and projecting different situations on them (to make it simple) proves to be amazing and so entertaining. The audience is invited to a kind of fairy tale (semi film-cartoon), to a mix of Indian and oriental setting, the world of Aladin, with its flying carpets, its typical architecture, its sand colour costumes and turbans, etc. and can enjoy incredible technical effects like explosions or travelling on an elephant… that would be much more difficult or impossible to do with a “traditional” staging. Well, a very modern way to make a tribute and remain faithful to the baroque opera staging of the XVIIIth century with its machineries and incredible settings. Moreover, one can see the face expressions so close that one gets the impression he or she can even see inside the characters’ soul and heart. Characters and their intimacy have never been so close to the audience.

However, this technique has also its drawbacks: the orchestra plays at the very front while the singers are not only behind but also on each end side of the stage, which makes it sometimes difficult to clearly hear them. Moreover, the sound on the video is slightly slower to come and does not exactly match the mouth movements, which may create a lack of credibility.

The audience could also enjoyed (or not) some little touches of humour throughout the performance (cell phone ringing, reading a flying phone text, Laodice raising her middle finger, Medarse putting his finger into the puppet's bottom, etc...).

Siroe is certainly not the best opera Handel composed, but it has its musical gems and the cast was able to reveal them. Indeed, the title role is sung by the excellent countertenor Clint van der Linde, with its clear, velvety, warm and masculine timbre that is so comfortable to listen to, especially in this non heroic role of pacific lover. Last year in London, he proved to be also an excellent conqueror as Cesare, a more heroic role, see our review.

Soprano Amelie Müller as Laodice turned out to be the revelation of the evening. She sang her part with so many sparkling, brilliant notes (amazing stratospheric high notes in the cadenza “O placido”) but also with so much delicacy and emotion in, what may have certainly been the highlight of the evening, the aria “Mi laniero tacendo” caressed by her soft, high mezza voce notes like inner cries of sighing and suffering.

The tyrant Corsoe, sung by bass-baritone Matthias Helm was much impressive. He could cover the wide range required for the role. His 3 arias, all different, were admirable. His paternal love and authority in the first. His uncontrolling wrath in the second, which reminds so much of Saul’s, being close to madness. But the best came from his last aria “Gelido in ogni vena”, when Corsoe thinks he is responsible for the death of his son Siroe. His torment literally freezes every single part of his body but also us! With a simple but brilliant idea of a close-up filming, his whole face seems to be eaten up by devouring hands.

Siroe’s brother, sung by countertenor Nicholas Hariades in such a nicely hateful way (aria “Fra l’orror della t’empesta”) and Emira, sung by soprano Annastina Malm, mostly in a trousers’ role (exquisite “Non vi piacque”) were both of interest. Finally, even without any arias, bass-baritone Philipp Kranjc was remarkable.

The whole cast were supported by the excellent L’Orfeo Barockorchester (who celebrate their 25th anniversary this year) under the baton of baroque specialist Erich Traxler.

The castle of Grein was such a charming and peaceful place to attend the opera but if you want to see the full opera, you will have to go to Halle in June 2022.

Le principal défi pour les artistes et le metteur-en-scène Kobie van Rensburg en particulier, aura été de faire entrer plus de 3h de musique dans une durée limitée à 1h30, restrictions sanitaires obligent ! Forcément, des choix et des sacrifices ont dû être opérés. Étonnamment, la masse de récitatifs était conséquente alors que des coupes auraient pu être envisagées afin d'offrir plus d'espace aux airs. Cependant, il devient très vite évident que sans ces récitatifs, qui donnent tant de consistance et de théâtralité à l’œuvre, l'opéra n'aurait été qu'une suite d'airs sans liens, réduisant à néant l'excellent livret de Métastase (truffé de conflits familiaux et politiques, de passions amoureuses, de quiproquos, de calomnie, d'injustice, de réconciliation et de happy ending). Challenge impossible et frustrations inévitables. Comment ne pas regretter l'air tempétueux de Laodice "Torrente cresciuto" ou le délicieux et fameux air d'Emira “Ch’io mai vi possa” ?

Le travail vidéo si particulier de Kobie van Rensburg consistant, pour faire simple, à filmer les personnages sur fond bleu et les propulser dans tous les univers possibles et imaginables grâce à un travail vidéo préalable, s'avère payant et passionnant. Ici, le public est invité à une sorte de comte de fée (moitié film, moitié dessin-animé) dans un décor oriental et indien, le monde d'Aladin, avec ses tapis volants, son architecture ajourée et ses coupoles, ses costumes et turbans couleur sable, etc... et peut assister à d'incroyables effets spéciaux (explosions en tout genre, déambulation à dos d'éléphant ou sur un tapis volant) qu'une mise-en-scène "traditionnelle" pourrait difficilement réaliser. Une belle façon de rendre hommage et de rester fidèle à l'opéra du XVIII° siècle et ses fameux décors et machineries. De plus, il est possible de voir les expressions des visages en très gros plan, au point d'avoir l'impression de sonder le cœur ou l'âme des personnages. Jamais les personnages et leur intimité n'auront été si près du public.

Cette technique comporte cependant quelques défauts: il est parfois difficile d'entendre clairement les chanteurs, placé non seulement derrière l'orchestre mais aussi de chaque côté extrême de la scène. De plus, le son mettant plus de temps que l'image à arriver, des décalages se créent et mettent en péril la crédibilité du spectacle.

A noter que le public aura pu apprécier (ou pas selon les goûts) de petites touches d'humour tout au long de l'opéra (la sonnerie du téléphone portable, un texto volant, Laodice faisant un doigt d'honneur, Medarse enfonçant son doigt dans le popotin de la poupée représentant Siroe, etc...).

Siroe n'est certainement pas le meilleur opéra que Haendel ait composé mais il possède des qualités non négligeables, que la distribution a su mettre en exergue.

En effet, le rôle-titre, interprété par l'excellent contre-ténor Clint van der Linde, de son timbre chaux, velouté, clair et masculin, si agréable à écouter, a su révéler toute la poésie et la tendresse du personnage, un rôle clairement de pacific lover. L'an dernier, il chantait à merveille le rôle plus héroïque de Giulio Cesare à Londres, dont il est possible de lire le compte-rendu.

La soprano Amelie Müller dans le rôle de Laodice a été la révélation de la soirée. La brillance et les étincelles apportées à son interprétation ont fait mouche auprès du public (incroyable cadence de suraigus faciles dans l'air "O placido"). Un public qui aura pu apprécier également la délicatesse et l'émotion apportés à, ce qui aura été certainement le moment le plus fort de la soirée, l'air "Mi laniero tacendo" caressé par de délicates notes aiguës en mezza voce telles des cris intériorisés de douleur.

Dans le rôle du roi et géniteur Corsoe, le baryton-basse Matthias Helm s'est montré particulièrement admirable dans chacun de ses 3 airs: son autorité mêlée à son amour paternel dans le premier, ses accès de colère proches de ceux de Saül et sa folie dans le second. Mais c'est dans son dernier air "Gelido in ogni vena" qu'il s'est révélé le plus expressif. Un air qui non seulement glace chaque membre de son corps, rongé par la culpabilité d'être responsable de la mort supposée de son fils, mais qui glace également un public au souffle coupé. Il faut dire qu'il est aidé dans cette démarche par un procédé simple mais génial de la mise-en-scène qui consiste à filmer son visage en très gros plan, un visage qui semble être dévoré par des mains destructrices.

Le frère de Siroe, interprété par le contre-ténor Nicholas Hariades, d'une manière délicieusement détestable (air "Fra l’orror della t’empesta”) et Emira, chantée par la soprano Annastina Malm, déguisée en homme (délicieux "Non vi piacque"), sans être au niveau de leur collègues, n'ont pas démérités pour autant. Enfin, Philipp Kranjc, malheureusement cantonné à quelques récitatifs, n'a pas été dénué d'intérêt.

L'ensemble de la distribution était brillamment soutenu par l'excellent L'Orfeo Barockorchester (qui célèbre cette année ses 25 ans) sous la direction attentive du spécialiste Erich Traxler.

Le château de Grein en Autriche s'est révélé être un écrin particulièrement paisible et plein de charmes pour accueillir un festival de musque baroque mais il faudra se rendre à Halle en juin 2022 si l'on veut assister à l’œuvre complète.