Haendel ALCINA, Florence 24.X.2022


Georg Friedrich Haendel ALCINA, opéra en trois actes HWV 31

Livret anonyme adapté de celui de l'opéra L'Isola d'Alcina composé par Riccardo Broschi, d'après le texte de l'Orlando Furioso de Ludovico Ariosto. Première représentation en avril 1735 au Covent Garden de Londres.

Opéra donné en version scénique le lundi 24 octobre 2022 19h à Florence, au Théâtre du Mai Musical Florentin, salle Zubin Mehta (avec une durée approximative de 4h dont deux entractes).

FESTIVAL D'AUTUNNO DEL MAGGIO MUSICALE FIORENTINO DEDICATO A GIUSEPPE VERDI

Stagione Lirica 2022/2023 Sala Zubin Mehta 18, 20, 24, 26 octobre 2022 à 19h et 18h le 22 octobre

  • Alcina : Cecilia Bartoli, soprano

  • Ruggiero : Carlo Vistoli, contre-ténor

  • Morgana : Lucía Martín-Cartón, soprano

  • Bradamante : Kristina Hammarström, mezzo-soprano

  • Oronte : Petr Nekoranec, ténor

  • Melisso : Riccardo Novaro, baryton-basse

  • Oberto : Solistes du Wilten Boys' Choir/Innsbruck préparés par Johannes Stecher

  • Les Musiciens du Prince-Monaco

  • Direction : Gianluca Capuano

  • Metteur en scène : Damiano Michieletto

Regia : Paolo Pantin

Costumes : Agostino Cavalca

Lumières: Alessandro Carletti

Coreografia : Thomas Wilhelm

Vidéo : Rocafilm / Roland Horvath

Peut-être la plus belle Alcina jamais mise en scène !

Alcina est l’opéra de Haendel auquel BAROQUENEWS a certainement le plus assisté (presque 40 productions différentes) alors dire que nous tenons là, très certainement la meilleure production jamais réalisée en dit long. Un réel bonheur de la revoir après Salzbourg en juin 2019.

Le décor unique d’un hôtel cossu, nous plonge dans une atmosphère sombre, presque fantastique. Des images vidéos oniriques enveloppent des êtres en apesanteurs, aux mouvements ralentis : ce sont les anciens amants de la maléfique Alcina, qui après les avoir « consommés », les a délaissés et transformés en arbre, pierre, ou animal… Derrière une parois de verre, tantôt transparente, tantôt opaque, ils crient leur souffrance et leur détention dans un silence assourdissant. Toutes ces mains plaquées contre la vitre et ces corps dénudés concourent à la beauté esthétique d’un spectacle extrêmement funeste mais toujours d'une grande élégance. Les costumes contemporains côtoient les costumes XVIIIème. En effet, les personnages vivent à notre époque mais les « prisonniers » enfermés depuis des siècles arborent les costumes du passé. Alcina, gérante de cet hôtel, attire les voyageurs et potentiellement ses futurs amants. A son service, œuvrent Morgana en femme de chambre et Oronte en groom de service. Tous deux installent les nouveaux arrivants. Cette atmosphère glaçante digne d'un film d’épouvante qui ira jusqu’à une allusion au film Shining avec une Alcina poussée et possédée par la folie, manipulant avec adresse une hache tranchante accompagnée d’un sourire sadique. Mention spéciale à Cecilia Bartoli et ses vocalises dans l’air « Ma quando tornerai » réalisées la bouche grande ouverte tout en agitant frénétiquement la langue telle une malade mentale vindicative.
Les effets de magie présents tout au long du spectacle concourent à renforcer cette atmosphère oppressante : Alcina d’un seul geste déclenche une tempête (rétrospective de sa rencontre avec Ruggiero), ouvre et referme un miroir qui mène vers un passage secret, etc…

Mais la force de ce spectacle tient surtout du fait que l´orchestre soit totalement au service de la mise en scène et inversement. Rarement aura-t-on vu une telle cohésion. Certains airs dont le sens premier a été altéré par le metteur en scène se voient octroyé d'un traitement musical en conséquence. La partition s'en trouve chamboulée. Prenons, par exemple, le tout premier air de l’opéra, celui de Morgana « O s'apre al riso », un air pétillant dans lequel la soprano déclare sa flamme à celui qu’elle croit être Ricciardo (il s’agit de Bradamante déguisée en homme, une ruse pour pouvoir observer et tenter de sauver son Ruggiero ensorcelé par Alcina). A la vue de son amant Oberto qu’elle délaisse, l’air prend subitement une autre tournure pour se charger de colère. Morgana s'adresse non plus à Ricciardo/Bradamante mais à Oronte auquel elle semble dire : « je ne t’aime plus, fiche moi la paix ». Des airs caméléons donc, aux sens et aux tempi multiples sous l´ingénieuse direction d’un Gianluca Capuano extrêmement inspiré, audacieux et inventif, qui risque bien de faire hurler les puristes tant certains airs semblent réécrits. Un parti pris assumé qui fonctionne avec une force dramatique décuplée. Ainsi, le principe des da capo utilisé par les chanteurs pour exhiber leur talent ou leur variations etc..., est mis à profit également par le chef qui l’applique à la partition. Jamais aucun dirigeant n'était allé aussi loin. Ceci est complètement novateur (même René Jacobs ou Wolfgang Katschner, souvent décriés pour dénaturer les partitions, semblent bien timides en comparaison). Chaque da capo offre son lot de surprises. Les exemples sont nombreux et pour n’en citer que certains autres, mentionnons le chœur initial de l’opéra : « Questo è il cielo de’ contenti, Questo è il centro, del goder ; Qui è l’Eliso de viventi… » (C’est ici le ciel des bienheureux, c’est le foyer des jouissances…). Dans ce spectacle, le texte est totalement contredit par la mise en scène : ce chœur qui devrait être jubilatoire s'avère triste à mourir voire funeste. Citons encore l’air d’Alcina « Di cor mio » : un air débordant d’amour à l’intention de Ruggiero qui se mute en doute voire en effroi lorsque le personnage voit son visage vieilli sur grand écran (la propre maman de Cecilia). L’orchestre ralentit, change alors de tempo et l'on perçoit certains instruments inhabituels, censés ne pas être présents à ces moments de la partition. Une réécriture de la partition dont la force réside dans une subtile adéquation de toutes les parties : mise en scène, interprétation vocale, jeu de scène et direction d’orchestre au service de la seule théâtralité. Notons aussi que cette superbe mise en scène de Damiano Michieletto, énigmatique parfois, ne se laisse pas appréhender si facilement. En effet, le petit Oberto retrouve le costume de son père, en le dépliant, des feuilles vertes en tombent : un indice du sort qui a été réservé à son père (ce dernier a été transformé en arbre) puis l´immense tronc d’arbre qui se met à saigner pendant l’air de Ruggiero 'Sta nell’Ircana' : n'est-ce pas là le père d’Oberto qui agonise et se meurt ? Ruggiero pendant cet air martial se retrouve couvert de sang : certainement le signe de sa criante culpabilité pour avoir abandonné et indirectement mis à mort Alcina. Là encore, le sens premier de l’air a été altéré : de guerrier l'air passe à un tourment mêlé à un dégoût de soi.

Côté distribution, Cecilia Bartoli, souffrante mais chantante à la première a dû déclarer forfait lors des deux représentations suivantes (remplacée au pied levé par la non moins excellente soprano Marie Lys) pour reprendre le rôle ce lundi 24 octobre. A plus de cinquante ans, nous restons frappé par la fraîcheur de la soprano italienne, son expressivité, son plein engagement, sa voix quasi intacte qui allie un mezzo consistant voire rocailleux à un soprano pure et limpide qui lui permet d’être si crédible dans ce rôle d’ensorceleuse racée qui inspire le respect. A fleur de peau, son interprétation fait frissonner et nous émeut à en mourir. La fin de l’opéra notamment, bouleverse à plus d'un titre. Ruggero brise le miroir, Alcina, subitement affaiblie, s’effondre avant de perdre complètement ses cheveux par touffes pendant son air déchirant 'Mi restano le lagrime'. Même Ruggero et Bradamante sont effondrés, émus par la mort de cette grande dame. Cette scène finale est à classer parmi les moments d’anthologie de l´opéra avec son décor d’éclats de verre suspendus au-dessus de la scène, à la fois funeste et d’une beauté esthétique incommensurable et ce après que Ruggiero ait détruit le miroir dans un grand fracas, mettant ainsi à mort Alcina. Un moment poignant d’une force émotionnelle destructrice. Les silences, longs, dérangeants jouent un rôle prépondérant en terme d'émotion dans ce spectacle, toute la salle retient son souffle, et personne ne bouge. Déjà dans la reprise, au tempo ralenti, de l'air du premier acte 'Si son quella' on entend une détresse infinie dans la mezza voce de Cecilia Bartoli qui se sent déjà esseulée, rejetée, laide et vieille.

Même dans les opéras baroques, nous sommes habitués à entendre des sopranos qui affichent des cadences et autres fioritures dans les suraigus (ce qui n'était pas le cas à l'époque de Haendel), au point de le déplorer lorsque l’on en est privé. C’est le cas avec Cecilia Bartoli, dont la voix centrale est dépourvue de ces notes, tout comme Karina Gauvin que l'on a entendu dans ce même rôle le lendemain de cette performance à Nantes (voir notre compte-rendu). Timbre rocailleux disions-nous, presque nécessaire dans ce rôle d’ensorceleuse manipulatrice qui va se retourner contre elle (ce qui n'est pas sans rappeler ce que dit Poppea à Agrippina « Che, qui cerca inganare, resta ingannato » = "Qui cherche à tromper, sera trompé")................................

A ses côtés, disons-le d'emblée certainement l'un des meilleurs Ruggiero jamais entendus et peut-être LE meilleur contre-ténors de sa génération : Carlo Vistoli. Un Ruggiero d’exception qui vole presque la vedette à Cecilia Bartoli tant il excelle. Physique enjôleur et voix de velours couplés à une expressivité percutante. On se régale du crémeux d’un timbre attachant dont on apprécie l'épaisseur insolite pour un contre-ténor. L'éclat de ses notes aigues, des moyens hors-norme au service d'un texte qui pend vit avec force. Des da capo audacieux et virtuoses. L'aplomb de son Di te mi rido avec la partie centrale si sensible et qui déjà montre que le personnage doute et perd de son assurance.

La bocca vaga air déplacé au deuxième acte, on reste frappé par la fulgurance de l'orchestre qui répond aux moindres inflexions de la voix en s'adaptant

Mio bel tesoro plateau divisé en deux partie d'un côté Bradamante de l'autre Alcina, comme si son coeur balançait toujours entre les deux, d'ailleurs reprend avec une pulsation inattendue comme pour souligner le doute du personnage et le da capo reprend à l'orgue ! Alcina le caresse contre la parois de verre, alors que Bradamante se trouve juste de l'autre côté et souffre le martyre

Verdi prati l'un des plus beaux qu'il nous ait été donné à entendre. La encore l'intention de l'air est en partie détournée : il se prend à consoler Morgana. Et quand il fait preuve de tendresse auprès de Bradamante celle-ci le repousse comme pour lui montrer combien elle a été blessée de son infidélité

Opera quasi complet / Rousset

un opera qui nous parle aussi de cette peur de vieillir et de mourir

L'orchestre est LE GRAND GAGNANT spontaneité et surtout répond aux chanteurs reactif

Mi lusingha avec la caresse de ses vocalises mais en m^me temps un orchestre qui martelle par moments pour exprimer son tourments ne serait ce pas encore un enchantement de la maléfique Alcina ou bien est ce reellmemet sa Bradamante ? Il se rend compte aussi avec effroi du sort d'Astolfo, le père de Oberto qui a fini transformé en arbre Un air qui est une déclaration d'amour

La psychologie des personnages est également exprimée par l'orchestre qui reravaille constamment la partition pour coller au plus près des personnages

Plateau tournant

sta nell'ircana se transforme en air de folie, un délirium dans lequel il est accusé de meurtre par la fragile Alcina qui parait en enfant pour montrer sa vulnérabilité



L'importance de la video Qual tormento mi ripiaga : avec cet oeil immense en arrière plan qui fait exploser toutes ses croyances pour le ramener à la réalité , déclamation d'une immense puissance expressive


A Florence, le public nous a surpris par ses applaudissements intenses, d'une longueur démesurée. Qui a dit que le public italien n’aimait pas l’opéra baroque ? Quand il est bien fait et bien chanté, il frappe dans le mille même en italie où seuls Puccini, Bellini, Verdi, etc... sont plébiscités.


role souvent coupé Oberto filet de voix minuscule mais tellement touchante. Le meilleur Oberto jamais entendu est récent et baroquenews a pu en apprécier la forte prestation à deux reprises: ……….


La voix de Carton dans le rôle de Morgana en revanche n’a pas donné pleine satisfaction. Soprano loin d’être mauvaise mais la légèreté de la voix et le manque de virtuosité ne lui ont pas permis de briller aux côtés de partenaires. A ce niveau d’exigence on est en droit d’attendre encore mieux dans le rôle. Hasard du calendrier, le lendemain de cette Alcina Florentine, BAROQUENEWS assistait à une autre Alcina à Nantes avec Elsa Benoît (qui remplaçait au pied levé Rachel Redmond souffrante) en Morgana et en donnait une dimension nettement plus virtuose et brillante.


flutes dans l'air Tra speme e timore


Un plaisir de retrouver le ténor Petr …… que l’on avait découvert dans l’opéra Carlo il Calvo. Sa prestation engagée et sincère s’est révélée fort touchante. Quel dommage que son aide deuxième acte ait été coupé. Comme à son habitude, et même dans ce rôle court (un seul air),

Tenor, que l'on avait découvert dans l'opéra Carlo il Calvo, n'avait que deux airs celui du 1er et du 3em acte. Il s'en est acquitté avec engagement et sincérité. Quelle bonne idée pour rendre Ruggiero jaloux et lui instiller le doute, d'avoir caché le bonnet rouge de Ricciardo/Bradamante dans le lit d'Alcina. Beau moment de consolation que celui de son air "Un momento di contento".

Le velouté du timbre de Cristina Hammarström est toujours aussi séduisant. L'agilité de ses vocalises est impeccable mais la projection limitée ne lui permet pas de donner du relief à la voix Vorrei vendicarmi. Son 'trousers role' est extremement crédible et l'expressivité de sa prestation sont louables


Riccardo Novaro, avec cette voix de roc, facile et souple, fait du rôle de Melisso un personnage prégnant. Finalement, le triomphe ne revient il pas à Capuano et aux Musiciens du Prince ? Jamais l’interprétation d’Alcina n’aura atteint un tel niveau d’interprétation musicale. Il règne une force interpretative phénoménale ( le da capo de Di te mi rido est quasi réécrit )


Un hotel hanté par des fantomes

Un monde parallèle, réalité / monde fantastique constitué de créatures de toute sorte, avec même une Alcina tres âgée comme une menace en épée de Damoclès. Si tu tombes amoureuse, cette faiblesse te seras fatale…le théâtre dans le théâtre, une mise en abîme « Si son quella » des airs annonciateur prémonitoires (le visage de sa vraie maman en grand écran)


E gelosia : accélération de l'orchestre à la fin de l'air comme une colère, agacement...


Excellente prestation de la part de Riccardo Novaro, avec son seul air, il parvient à imposer son personnage.