Innsbruck Ancient Music Festival 2022

GRAUN: SILLA 9.VIII.2022

Tiroler Landestheater, Großes Haus, Tuesday 9 August 2022 6.30pm

Carl Heinrich Graun: «Silla» (Opera in three acts)

Libretto by Friedrich II. (iItalian verses by Giovanni Pietro Tagliazucchi)

First performance: Berlin, Hofoper unter den Linden, 27. März 1753

Performance in italian with German surtitles based on the practical original-text edition by Roland Steinfeld

A Co-Production with Osterfestspiele Schloss Rheinsberg

aproximately 4h30 including 2 intermissions

  • Silla: Bejun Mehta, countertenor

  • Metello: Valer Sabadus, countertenor

  • Ottavia: Eleonora Bellocci, soprano

  • Fulvia: Roberta Invernizzi, Soprano

  • Lentulo: Hagen Matzeit, countertenor

  • Postumio: Samuel Mariño, countertenor

  • Crisogono: Mert Süngü, tenor

Coro Maghini (Claudio Chiavazza)

Innsbrucker Festwochenorchester

Alessandro De Marchi Musical Direction

Georg Quander Stage Direction

Julia Dietrich Set & Costumes

Un Silla de Graun qui réserve bien des surprises musicales

Comme à son habitude, le Festival de Musique Ancienne d'Innsbruck nous a déniché une petite perle avec cet opéra Silla de Graun. Un spectacle hautement baroque avec des costumes et des décors somptueux signés Julia Dietrich. Ainsi on a pu admirer la cotte de maille argentée de Metello, l'élégant costume de velours rouge de Silla accompagné de sa majestueuse cape, la séduisante tenue de Page de Postumio, le palais avec ses intérieurs cossus, l'impressionnant escalier à double révolution, l'immense toile imprimée du palais avec ses colonnes et son dôme qui donne une profondeur incroyable à la scène grâce à sa perspective typiquement baroque. D'ailleurs la toile avait tendance à onduler et donnait l'impression spectaculaire que toute la structure du palais avançait vers le public. Sur scène, les usuels thèmes des livrets "indigents" du XVIII° siècle : pouvoir politique entremêlé de conflits amoureux. Silla convoite Ottavia mais cette dernière est déjà engagée auprès de Postumio... On peut comprendre alors que peu d'actions ont lieu sur scène, ce qui laissera certainement perplexe une partie du public, incapable de comprendre clairement les tenants et les aboutissants du drame. Heureusement la distribution réunie pour l'occasion permet de se concentrer sur les qualités musicales, plutôt intéressantes dans la première partie, pour s'intensifier dans la seconde en révélant de petits bijoux d'airs et ensembles. On asiste notamment à un exquis duo aux rythmes contrastés entre Ottavia et Postumio ou encore un insolite trio de contre-ténors, etc. Signalons aussi des récitatifs accompagnés d'un grande force dramatique, notamment celui d'un Silla rongé par le tourment ou d'un Metello ulcéré.

Bejun Mehta est royal dans le rôle de l'empereur, sa forte présence scénique et la solidité d'une voix rompue aux techniques baroques les plus complexes en imposent. Avec son arrivée, après 30mn de spectacle environ, l'opéra prend subitement une dimension dramatique forte et suscite un intérêt plus aiguisé. Son air "Vago adorato ogetto" qui clôt le premier acte, d'une ineffable douceur a mis la salle à genoux.

Les autres contre-ténors ne déméritent pas pour autant face à lui. Même si tous appartiennent à la même tessiture, chacun possède une voix absolument distincte et typée. Valer Sabadus dans le rôle de Metello sait sortir de la réserve quand il le faut en parvenant à désinhiber son jeu d'acteur comme sa voix quand, courroucé, il tend sa poitrine pointée d'une épée au tyran Silla pour qu'il l'achève. Hagen Matzeit n'est pas en reste et déploie des capacités vocales surprenantes avec sa voix longue et solide de contralto qui manque parfois d'homogénéité. Le rôle du jeune page amoureux et fragile Postumio sied à la perfection au quatrième contre-ténor de cette distribution assez insolite. En effet, Samuel Marino, dans le rôle de Postumio, avec sa voix parfois fluette, délicate et faussement fragile, fait des merveilles dans tous ses airs notamment le tout premier "Caro bell'idol mio" avec des trilles à se pâmer, et d'exquises roucoulades baroques. Son divin duo avec Ottavia qui débute le deuxième acte ainsi que son époustouflant air virtuose et révolté "No, di Libia fra le arene" auront fait partie, sans nul doute, des highlights de la soirée.

Du côté de ces dames : deux sopranos. La première, la soprano Eleonora Bellocci, à la voix radieuse, juvénile, fragile et forte à la fois, s'est révélée parfaite dans le rôle d'Ottavia, cette jeune fille innocente et tant convoitée, délicate mais déterminée à ne pas céder. Ses deux duos, extrêmement contrastés : l'un avec Silla, (Ottavia rejetant avec véhémence les tendres suppliques de l'empereur, l'autre enflammé avec Postumio) ont été remarquables. On notera également sa facilité à faire virevolter ses vocalises dans l'air "Sol nel caro amabil volto". Enfin, son air "Parmi...ah no!... purtroppo oh Dio", dans lequel elle croit voir son bellâtre exsangue, est accompagné d'un saisissant décor rouge sang. La seconde, Roberta Invernizzi, dont la voix plus mature et ses rugosités donnent de la personnalité à la mère d'Ottavia, Fulvia. Une matrone plus encline à monter socialement qu'à se soucier du bonheur de sa fille qu'elle pousse, malgré elle, vers l'empereur Silla, au travers notamment de l'aria d'imitazione "Se l'augellin si vede". Enfin, le ténor Mert Süngü, dans le rôle du conseiller du tyran Silla, fait preuve d'une brutalité vocale qui sied finalement bien au rôle.

Une fois de plus, Alessandro De Marchi a été remarquable à la tête de l'enthousiaste et impliqué Innsbrucker Festwochenorchester. Quel bonheur de les regarder jouer ensemble. Cette partition méritait de sortir de l'ombre : elle nous a réservé d'heureuses surprises tout du long. Elle fera l'objet, nous dit-on, d'une parution cd.

Signalons, pour tous les amateurs qui voudraient explorer la musique de Graun, le récent récital de la soprano Julia Lezhneva consacré à ce compositeur et dont le seul air "Mi paventi il figlio indegno" (tiré de l'opéra Britannico) en dit long sur ses capacités et qualités musicales. Un air à classer dans le top 10 des meilleurs airs baroques. Mais surtout l'immense opéra Cesare e Cleopatra, que René Jacobs a dirigé et enregistré en 1996. Un must d'opéra baroque à connaître absolument.

pictures © Birgit Gufler

MONTEVERDI: ORFEO 2.O 11.VIII.2022

Tiroler Landestheater, Großes Haus, Thursday 11 August 2022, 20h

MONTEVERDI ORFEO 2.0, arranged for 7 singers, baroque ensemble & rock band by Massimiliano Toni

  • Orfeo: Enea Sorini, tenor

  • Euridice / La Musica / Speranza: Vittoria Magnarello, soprano

  • La Messaggiera / Proserpina / Ninfa: Francesca Lombardi Mazzulli, soprano

  • Caronte / Plutone: Federico Sacchi, bass

  • Pastore / Spirito: Jorge Juan Morata, tenor

  • Pastore / Spirito: Oskar Verhaar, countertenor

  • Ufuk Aslan, baritone

l'arte del mondo Barockorchester, Werner Ehrhardt Musical Direction

La Terza Prattica Band, Massimiliano Toni Concept, Arrangement & Musical Direction

Jean-Paul Carradori, light concept

Oscar Mapelli, sound

pictures © Felix Pirker

Orfeo rock n'roll

Orfeo 2.0, une drôle d'idée qui a traversé l'esprit de deux chefs et deux ensembles. En fusionnant leur musique et leur talent, ils font souffler un vent de modernité à une œuvre qui en était déjà empreinte à vrai dire, mais en lui donnant une dimension spectaculaire. Respectivement le chef Werner Ehrhardt à la tête du fameux ensemble baroque l'Arte del Mondo (que BAROQUENEWS connaît et apprécie pour les avoir souvent entendus à Leverkusen notamment, ville où ils sont basés (oeuvres de Handel ou Salieri) et le chef Massimiliano Toni à la tête de son ensemble La Terza Pratica. Ce dernier, spécialiste de musique ancienne, nous conviait donc à la rencontre de la musique BAROQUE et du ROCK pour certainement tenter de faire d'Orfeo une œuvre universelle, capable de traverser les âges et de nous emmener vers un futur inconnu, peut être la musique de demain, à l'image de ce Zarathoustra de Strauss qui illuminait d'un éclat aveuglant le mythique film futuriste de Kubrik 2001, Odyssée de l'espace et qui clôturera ce spectacle d'Orfeo 2.0.

La scène divisée en 3 espaces accueillait l'ensemble baroque sur la partie gauche, alors que la partie droite accueillait le rockband. Massimiliano Toni dirigeait debout les deux ensembles du clavecin ou du clavier. La partie centrale était réservée aux solistes vocaux dans une version semi-scénique de l'œuvre. Tous, instruments et voix, étaient sonorisés. un son surdimensionné peu usuel dans un théâtre classique.

Cette expérience folle a donné lieu à une première partie quelque peu tonitruante. Un brouhaha assourdissant qui couvrait parfois les voix, créant des déséquilibres sonores. On aura pu relever également certains décalages et synchronisations malaisées suite à des changements brusques de rythmes. La musique de Monteverdi décousue, n'a pas le temps de s'exprimer, interrompue régulièrement par des assauts jazzy ou rock n'roll. Une première partie qui nous laisse perplexe et peu convaincu. Pourtant, bien nous a pris de rester pour la seconde partie qui va se révéler un bijou d'ingéniosité et de réussite musicale jusqu'à magnifier la musique de Monteverdi. Enfin, cette musique peut respirer et s'épanouir. Il faut dire que l'arrivée de Caron y est aussi pour beaucoup. En effet, le personnage, diabolique, à la voix caverneuse a irradié la scène de sa noirceur. Federico Sacchi, colosse menaçant à la présence charismatique, fait monter subitement la qualité et l'intérêt du spectacle d'un cran. Sa présence matche parfaitement avec cette musique psychédélique, tandis que la sonorisation prenait toute sa place et sa justification en décuplant l'effet d'une voix venue des ténèbres. Son jeu de scène avec la très aguicheuse Proserpina, la soprano Francesca Lombardi Mazzulli, a fait mouche dans un duo sensuel voire même sexuel des plus torrides.

Mais la part belle est revenue à l'excellent Enea Sorini en Orfeo qui, de sa voix et de sa lyre, a eu raison même de Caron / Pluton. Une voix au timbre enjôleur de ténor baroque qui frisait même avec le haute-contre parfois. Tout à fait à l'aise dans son jeu de castagnettes, l'interprète a su séduire le public. Une prestation admirable, dans un italien limpide et une expressivité à fleur de peau. Les autres solistes n'ont pas démérités en contribuant avec talent à la réussite d'un spectacle qui était loin d'être gagné au départ mais qui a finit par enthousiasmer.

Roberta MAMELI - Lamento mirabile 12.VIII.2022

Hofburg Innsbruck, Riesensaal, Friday 12 August 2022, 20h

LAMENTO MIRABILE

Reinhard KEISER:

  • suite from "Die Verbindung des grossen Hercules"

Carl Heinrich GRAUN:

  • cantata "Apollo amante di Dafne"

Georg Friedrich HANDEL:

  • Suite from Terpsichore

  • aria 'Verso gia l'alma' (Aci, Galatea e Polifemo)

***

Pietro LOCATELLI:

  • Concerto Grosso op. 1 n° 11

Giovanni Battista FERRANDINI:

  • cantata 'Il Pianto di Maria'

  • Encore: aria 'Lascia la spina' (Il Trionfo del Tempo e del Disinganno) by HANDEL


Roberta MAMELI, soprano

Akademie fuer Alte Musik Berlin

Georg Kallweit, concertmaster

Kerstin Erben, Barbara Halfter, Catherine Aglibut (Violin I)

Edi Kotlyar, Thomas Graewe, Lorena Padron Ortiz (Violin II)

Clemens-Maria Nuszbaumer, Semion Gurevich (Viola)

Lea Rahel Bader (Violoncello)

Walter Rumer (Double bass)

Michael Freimuth (Lute)

Raphael Alpermann (Harpsichord & Organ)

Roberta MAMELI, miraculeuse. Un cadeau du ciel !

Miraculeuse, car la voix de Roberta Mameli semble descendre tout droit des Dieux. Une voix qui a irradié la Riesensaal du Hofburg à Innsbruck et son public, en cette soirée du vendredi 12 août 2022. Non, il n'est pas exagéré de l'affirmer lorsque l'on a la chance d'assister à un récital de la soprano Roberta Mameli. Au delà d'une technique des plus accomplie, de prouesses vocales en tout genre, le vrai talent de cette artiste réside dans son art du pianissimo: des notes en mezza voce, ces délicates notes filées qui vous traversent tout le corps en le faisant frissonner. Une voix qui plane et virevolte dans les airs en procurant la sensation de décoller de son siège. C'est là l'effet Roberta Mameli.

Dotée d'une voix extrêmement longue, homogène, qui laisse entendre clairement toutes les notes même les plus extrêmes, et c'est surtout sa brillance dans les notes aiguës qui constitue sa beauté. Une brillance d'autant plus mise en valeur quand la voix descend et contraste soudain avec un timbre clair-obscur aux couleurs variées et aux nuances infinies. Le tout au service d'une interprétation à fleur de peau qui procure le frisson.

Ce récital était consacré, dans une première partie, à la méconnue cantate de Graun: 'Apollo amante di Dafne'. Decidément, après son Silla il y a quelques jours, le festival d'Innsbruck poursuit la mise à l'honneur de ce compositeur qui gagne à être connu. L'écoute de la cantate révèle deux airs d'une grande qualité musicale, avec notamment d'étonnantes notes piquées dans le premier air 'Tu sarai mio caro alloro' et une mélodie qui ne vous quitte plus dans le second 'Di si bella illustre pianta' avec ses délicates vocalises répétées en échos.

La seconde partie était consacrée à la cantate 'Il Pianto di Maria' (longtemps attribuée par erreur à Handel) de Ferrandini. Son interprétation déchirante des arias et ses récitatifs d'une violence fulgurante ont eu raison du public saisi par l'émotion C'est l'extrême douleur de la mère qui voit son enfant transpercé d'épines et de clous.

Pourtant, ce seront bien les deux airs de Haendel qui finiront de mettre la salle à genoux, particulièrement l'air d'Aci (cantate Aci, Galatea e Polifemo) 'Verso gia l'alma col sangue' d'une fragilité telle, que tout mouvement était exclu de peur de briser une ligne vocale qui n'avait plus rien d'humaine, évanescente et flottant au dessus d'un public médusé.

L'autre air de Haendel, donné cette fois en bis, n'était autre que l'incontournable et sublime 'Lascia la spina' : une prière d'une ineffable douceur magnifiée par l'interprétation sobre et touchante de Roberta Mameli. Un moment magique et tellement éphémère.

Cette voix, un cadeau du ciel, ne pouvait que s'accompagner d'une standing ovation pour cette énorme performance ici à Innsbruck.

Elle était soutenue pour l'occasion par le très sensible ensemble Akademie für Alte Musik Berlin et son non moins sensible konzertmeister et premier violon Georg Kallweit qui nous ont fait profiter d'un beau son, bien uniforme et absolument séduisant. Des interprètes qui mettaient davantage en exergue le liant des notes et la rondeur du son que du percutant ou de la virtuosité gratuite.

Signalons que les amateurs pourront retrouver ce concert à la radio autrichienne Oe1 le 22 août 2022 à 14h05 (réécoutable pendant une semaine). Concert à ne manquer sous aucun prétexte !

HANDEL il Messia 14.VIII.2022

Haus der Musik Innsbruck, Großer Saal, Sunday 14 August 8pm

HANDEL IL MESSIA (in Italian)

The Handel House Foundation in Halle was able to acquire a previously unknown score of the Italian-language version of Handel's Messiah, which was first performed in Florence in 1768.


  • Eleonora Bellocci, soprano (replacing the indisposed Arianna Venditelli)

  • Margherita Maria Sala, contralto

  • Jeffrey Francis, tenor

  • Luigi De Donato, bass

Maghini Choir

Innsbrucker Festwochenorchester

Alessandro De Marchi, musical Direction

Une version inédite du Messie, en italien !

Œuvre monumentale devant l'éternité, le Messie de Georg Friedrich Haendel, n'a pas fini de livrer ses secrets. Voilà que le festival d'Innsbruck en coopération avec le festival Haendel de Halle nous a déniché une partition posthume (ca. 1768-1770) de l'oratorio avec la particularité d'être en langue italienne et d'avoir une durée réduite de moitié par rapport à la version "traditionnelle" ( 1h16 de musique environ). D'aucuns diront qu'il ne reste plus grand chose de l'oratorio de Haendel quand d'autres parleront d'une version plus concentrée et allant à l'essentiel. C'est finalement un peu des deux car l'œuvre semble plus équilibrée avec ses deux parties d'une durée équivalente (deux fois 38mn) et niché en son centre, le célèbre Alléluia qui culmine et clôt la première partie. Mais elle laisse aussi son lot de frustrations car nombre d'airs manquent à l'appel tel que le fameux 'Rejoice greatly'. Des frustrations d'autant plus grandes lorsque l'on perçoit un récitatif privé de son air comme celui accompagné déclamé par Luigi De Donato 'Eccomi a decifrarvi alto mistero' (l'équivalent de 'Behold, I tell you a mistery') directement suivi du choeur final alors que l'on espérait entendre l'air à la trompette ('The trumpet shall sound').

Les toutes premières notes ont provoqué un certain étonnement voire une incrédulité palpable dans le public. En effet, on ne reconnaît qu'à peine la partition de Haendel dans le premier mouvement de l'ouverture, qui laisse place à des variations déroutantes du premier violon. Le second mouvement va rassurer les plus sceptiques, on retrouve la musique du Messie. Alors que l'on s'attendait à l'entrée en matière du ténor, c'est la soprano qui va interpréter 'Confortati o Sion...Ogni vale' ('Comfort ye...Ev'ry valley'). Elle raflera également le récitatif et arioso 'L'acerba tua censura...Deh dimmi' ('Behold and see') laissant le ténor dépourvu de musique. Il ne chantera guère que dans l'irrésistible quatuor avec chœur 'For unto us a child is born' ('Ecco già nato un pargoletto'): une pièce à la joie communicative qui sera reprise en bis. Même si ce quatuor est une surprise, ce n'est pas une nouveauté car il est déjà possible d'entendre ce quatuor de solistes avec chœur dans la version Mozart du Messie (en allemand).

Au delà de l'intérêt d'entendre une nouvelle version de cette pièce intemporelle, on pourra se demander ce qu'elle lui apporte: une certaine fraîcheur et légèreté et peut être une plus grande théâtralité par le biais de la langue italienne comme l'air 'He was despised' qui est traduit par 'Tormento atroce, disprezzo e croce dovra soffrir' avec des mots encore plus incisifs. Finalement, cette version nous rapproche davantage du profane que du sacré.

Les solistes réunis pour l'occasion frisaient tout bonnement la perfection même avec des interventions limitées. A commencer par l'hyper talentueux Luigi De Donato : une voix de basse miraculeuse, solide et noire comme le jais. Il surprend par le délié et la flexibilité de ses vocalises, la clarté du texte en prime ! Son interprétation passionne par ses variations de couleurs et les atmosphères qu'il dépeint lorsqu'il raconte notamment avec intensité que la terre se recouvrira d'un voile ténébreux 'Coprira il mondo un tenebroso velo'. On retiendra également son aplomb dans l'air virtuose 'Perche con fremito' ('Why do the nations') accompagné d'un audacieux da capo ainsi que d'une vertigineuse cadence (un air habituellement court, prolongé par une intervention chorale).

Margherita Maria Sala (gagnante du concours Cesti 2020) aux interventions limitées, a pu tout de même se distinguer grâce à un seul air mais un air immense 'Tormento atroce' ('He was despised') que sa voix chaude et pénétrante de véritable contralto a magnifié (avec une partie centrale éminemment théâtrale).

Eleonora Bellocci, certes brillante et percutante mais parfois trop piquante, n'a pas totalement convaincu, notamment dans son entrée en matière qui aurait certainement gagné en émotion avec davantage d'épanchement et de réconfort.

Toujours est-il que l'intérêt majeur de cette distribution résidait dans le choix de quatre voix extrêmement distinctes et fortement contrastées.

La réussite de ce Messie n'aurait pas été possible sans les interventions remarquées du choeur Maghini, somptueux d'uniformité, de souplesse et de générosité sonore ainsi que de l'orchestre et de son chef Alessandro De Marhi, dynamiques et percutants. Ensemble, ils ont su sublimer le chef-d'œuvre de Haendel avec notamment les deux grands chœurs, l'Alleluia et le final 'Degna e la vittima' absolument éclatants.

Signalons que les amateurs pourront retrouver cette version en cd puisque le concert était capté live. Et pour ceux qui voudraient explorer les nombreuses versions alternatives du Messie, l'enregistrement de Nicholas McGegan est une mine d'information et offre de nombreux appendices.

Enfin il sera possible de réentendre cette version au festival Haendel de Halle l'an prochain avec ces mêmes interprètes.

photos: 1) Luigi De Donato, 2) Margherita Maria Sala, 3) Eleonora Bellocci, 4) Alessandro De Marchi

Sophie RENNERT, Amici cari 16.VIII.2022

Hofburg Innsbruck, Riesensaal Tuesday 16 August 2022, 7pm

Amici cari

Music by Georg Friedrich Händel Giuseppe Sammartini Pietro Castrucci Francesco Barsanti

Sophie Rennert, mezzo-soprano

Le Musiche Nove

Claudio Osele, musical direction

Alessandro Ciccolini (Solo Violin & Concertmaster); Patrizio Focardi, Joanna Dobrowolska (Violin I); Domenico Scicchitano, Marco Kerschbaumer, Davide Medas (Violin II); Luca Rocco (Viola); Giuseppe Mulè (Violoncello); Francesco Tomei (Kontrabass); Giuseppe Falciglia (Oboe); Anna Maria Barbaglia (Basoon); Franco Pavan (Theorbo); Andrea Perugi (Harpsichord)

Une voix qui ne cesse de nous épater !

Le public ne s'était pas trompé en 2016 lors de la finale du Concours de chant Cesti en desservant le prix du public à la mezzo-soprano Sophie Rennert (elle était arrivée deuxième au concours). Elle confirme aisément avec ce récital donné dans la merveilleuse (pour ses portraits anciens, ses chandeliers, etc.) Riesensaal du Hofburg d'Innsbruck (une salle peu adaptée aux concerts et où les bonnes places sont limitées. Les deux tiers se trouvent sur les cotés de la scène), combien elle est talentueuse. Nous avons affaire désormais à une grande parmi les grandes. On reste bluffé par cette voix si longue, caméléon, inclassable, tantôt mezzo voire contralto, tantôt soprano tout en restant totalement uniforme, ce qui lui permet de colorer sa musique et de faire des cadences spectaculaires à volonté. Le crémeux de son timbre accompagné de divines trilles ainsi que cette capacité à faire planer le son de ses suraigus nous a littéralement achevé ! Des techniques mises au service de la musique de Sammartini dans la première partie puis de Haendel dans la seconde.

Sa prestation a débuté avec une cantate d'un compositeur absolument méconnu Giuseppe Sammartini et dont le premier air, très agité par les vents et marées, a permis à l'artiste lyrique de faire preuve de virtuosité et de colorer une partition qui passait de la noirceur des fonds marins jusqu'à l'éclat des éclairs. Un clair-obscur vocal absolument saisissant. Mais alors qu'elle chantait les mots "il sol non luce" (le soleil ne brille pas), toutes les lumières de la Riesensaal se sont éteintes comme si elles avaient obéit à la chanteuse laissant tout le monde dans une obscurité inquiétante. Après un récitatif fort expressif, s'en est suivi un second air, plus apaisé et délicat, donné avec une sensibilité infinie. Sophie Rennert sait admirablement procurer cette atmosphère de bien-être grâce à son phrasé enjôleur en faisant couler tout le crémeux d'une voix qui culmine brillamment dans des pianissimi suraigus à se pâmer.

Alors que la première partie faisait davantage ressortir la tessiture de mezzo-soprano de l'artiste, le programme affichait deux airs de Handel pour soprano dans la seconde dont un très haut celui de Gismondo de Arminio (rôle masculin pour sopraniste). Un challenge peu aisé sur le papier mais finalement relevé facilement et avec brio par l'interprète. Comment résister au touchant et hyper sensible air d'Alceste 'Son qual stanco pellegrino' (tiré d'Arianna in Creta) accompagné du violoncelle envoutant de Giuseppe Mulè ? Sophie Rennert en fait presque une prière qui nous pousse à fermer les yeux tout en retenant son souffle. Quant à l'ai brillant et bondissant de Gismondo, qui flirte avec la partie solo du hautbois virtuose de Giuseppe Falciglia, la chanteuse fait preuve d'une virtuosité vertigineuse avec une facilité et un aplomb déconcertants. Son da capo fourmille d'audacieux ajouts, ses vocalises sont faciles et impétueuses quand ses cadences vont de la terre au ciel. Un tour de force à saluer bien bas.

Un programme vocal un peu court rehaussé de deux bis dont l'irrésistible da capo de l'air de Gismondo d'Arminio de Haendel ainsi que d'une surprise de Leonardo Vinci intitulé "Mancheran le stelle al ciel", un air d'une ineffable douceur. Elle était accompagnée pour l'occasion par l'ensemble Le Musiche Nove, dont on saluera les interventions remarquées et remarquables du premier violon Alessandro Ciccolini. Un ensemble qui manquait parfois d'un supplément de délicatesse.

Un concert à retrouver à la radio autrichienne Oe1 le 14 septembre à 19h30.

PALLAVICINO L’amazzone corsara 18.VIII.2022

Haus der Musik Innsbruck, Kammerspiele, Thursday 18 August 2022 7pm (premiere)

Carlo Pallavicino: «L’amazzone corsara, ovvero L’Alvilda regina de’ Goti»

Opera in three acts. Libretto by Giulio Cesare Corradi

First performance: Venice, Teatro SS Giovanni e Paolo, after 1st of February 1686

Performance in Italian with German surtitles

  • Alvida: Helena Schuback, soprano

  • Olmiro: Shira Patchornik, soprano

  • Gilde: Hannah De Priest, soprano

  • La Fama / Irena: Marie Theoleyre, soprano

  • Delio: Rémy Brès-Feuillet, countertenor

  • Ernando: Rocco Lia, bass

  • Alfo: Julian Rohde, tenor

Barockorchester:Jung

Luca Quintavalle, musical direction

Alberto Allegrezza, stage direction, Set & Costumes

Oscar Frosio, lights

Shira Patchornik (Olmiro)
Hannah De Priest (Gilde) & Statisten
Julian Rohde (Alfo) & Rocco Lia (Ernando)
Helena Schuback (Alvilda)
photos © Birgit Gufler

Un petit bijou de production

On ne connaît que peu de choses à propos du compositeur Carlo Pallavicino (1630 - 1688). Il a vécu et composé essentiellement à Venise et à Dresde et parmi sa vingtaine d’opéras, deux opéras portent quasi le même titre. Coïncidence des calendriers, tout récemment Christophe Rousset a donné en concert son opéra Le Amazoni nell’isole fortunate (1679) à Beaune (qui sera repris à Potsdam), tandis qu’ici à Innsbruck l’on donnait L’Amazone corsara ovvero L’Alvida regina de’ Goti (1686). Les amazones, ces supposées femmes guerrières et dangereuses, un thème qui fascinait les romanciers du XVIem siècle (alors que la découverte géographique du monde s’intensifiait) et qui était repris dans les livrets du XVIIem siècle. Ce thème est d’autant plus fort ici que le personnage qui se refuse avec véhémence au roi n’est autre qu’une amazone doublée d’une corsaire qui revêt une tenue aux couleurs suédoises et norvégiennes. Tout n’est que faux semblants dans cet opéra. En effet pour arriver à leurs fins, tous feignent, jouent la comédie, et veulent connaître les vraies intentions des autres personnages (nombreuses sont les situations d’écoutes furtives), le but étant de ne pas souffrir car aimer fait souffrir, c’est ce que répètent les trois couples qui tentent de se former. Pour se faire le metteur en scène a favorisé une gestuelle baroque intense, proche des signes des malentendants. Des gestes suggestifs et très expressifs qui permettent de clarifier ou d’appuyer tous les sentiments et propos des personnages. Des codes baroques que le spectateur assimile rapidement finalement car ils sont redondants. Lorsque la beauté est évoquée, le personnage fait tourner son doigt autour du visage, quand il dit qu’il est déterminé il déplace d’un coup d’un seul ses mains du haut vers le bas de façon parallèle, ou bien il lève les poings au ciel quand il parle de “quel crudel” etc. On reste effaré par la quantité de gestes que les solistes ont dû mémoriser alors que leur jeu paraissait naturel et crédible. Ils ont certainement bénéficié de nombreuses répétitions et d’un metteur en scène déterminé dans son projet, Alberto Allegrezza en l’occurrence, qui a pris soin de les diriger au cordeau. Pour accompagner ce travail minutieux autour de la gestuelle au service d’une constante clarification du propos, le spectateur a pu bénéficier de décors, certes peu nombreux mais astucieux par le biais de 3 colonnes amovibles qui tantôt formaient une bibliothèque, tantôt des jardins ou des portes d’intérieur ou bien des donjons avec fenêtres etc., ainsi que de splendides costumes aux couleurs flamboyantes et de style moyenâgeux. De plus, les personnages possédaient cette touche de comedia dell’arte avec leurs joues à pommettes rouges. Bref une mise en scène réussie qui aidait la compréhension d’un livret alambiqué tout en favorisant le divertissement, la légèreté et l’humour.

Il ne manquait donc plus qu’une bonne distribution pour compléter ce tableau gagnant. C’était le cas hier soir pour la première de cet opéra dans la petite salle de la Haus der Musik en ce 18 août 2022. Difficile de singulariser l’un ou l’autre de ces jeunes et talentueux chanteurs car on a bien senti qu’il s’agissait avant tout d’un travail d’équipe et que toute individualité était exclue. Tous étaient d’excellents interprètes et chacun a pu briller à tour de rôle grâce à la musique colorée et vivifiante de Pallavicino.

Shira Patchornik fabuleuse d’expressivité et absolument crédible dans son rôle masculin de mousquetaire, Olmiro, nous a régalé avec sa voix radieuse et brillante. Son jeu déborde d’énergie et sa voix pétille. Quelle artiste ! Elle. beneficiait certainement des plus belles pages de cet opéra. Rappelons qu'elle avait gagné le concours Cesti l'an dernier et avait obtenu le prix du public.

Hannah De Priest dans le rôle de Gilde, en poupée manipulatrice et aux boucles anglaises irrésistibles, fait preuve d’un aplomb vocal étonnant et détonnant. Elle avait atteint la deuxième place au concours Cesti en 2021.

Même chose concernant le rôle de La Fama et Irena interprétée par Marie Théoleyre qui n’avait pas autant à chanter que les deux autres sopranos mais qui s’est distinguée par quelques belles interventions vocales notamment au tout début de l’opéra dans le tout premier air, dans lequel son imitation de la trompette a fait sensation “A nuova vittoria riserbo la tromba” (peut-être l’air le plus brillant de la partition).

Helena Schuback, Alvilda, avec un timbre un peu rêche, qui convient finalement assez bien au rôle de l’amazone corsaire intransigeante et revêche a su s’imposer avec un aplomb vocal surprenant.

Côté messieurs, la maturité vocale du ténor et du baryton-basse, respectivement Julian Rohde dans le rôle du roi Alfo et Rocco Lia dans celui de Ernando nous a agréablement surpris. Tous deux bénéficient de timbres séduisants et possèdent des moyens vocaux déjà impressionnants pour de si jeunes artistes lyriques.

Enfin le contre-ténor Rémy Brès-Feuillet au jeu très affecté en adéquation avec le personnage, a fait preuve d’une belle prestation avec un timbre intéressant. Une voix certainement encore en devenir, et donc à suivre. Il avait obtenu le prix des jeunes artistes au concours Cesti l'an dernier.

Entre marivaudage et comedia dell’arte, cette Amazone corsara est une aventure légère qui fait du bien avec sa distribution et sa mie en scène fraîches et vivifiantes, on s’y amuse follement.

BONONCINI Astarto 27.VIII.2022

Tiroler Landestheater, Großes Haus Saturday 27 August 2022 7pm

Giovanni BONONCINI Astarto, opera in three acts

Libretto by Paolo Rolli, after Apostolo Zeno & Pietro Pariati (london edition, 1720)

First performance: London, King’s Theatre Haymarket, 19. November 1720

Performance in italian with German surtitles. Based on the critical edition by Giovanni Andrea Sechi


  • Clearco: Francesca Ascioti, alto

  • Elisa: Dara Savinova, mezzo-soprano

  • Agenore: Ana Maria Labin, soprano

  • Nio: Paola Valentina Molinari, soprano

  • Sidonia: Theodora Raftis, soprano

  • Fenicio: Luigi De Donato, bass

Enea Barock Orchestra Orchestra

Stefano Montanari, musical direction

Silvia Paoli, stage direction

Alessio Rosati, costumes

Eleonora De Leo, set

Fiammetta Baldisseri, lighting

Astarto de Bononcini: un spectacle décalé voire déjanté

Il aura fallu l’annonce de la mort du roi Astarto pour mettre une pagaille monumentale à l’opéra de Bononcini et insuffler un vent de folie à cette deuxième représentation scénique au Landestheater d’Innsbruck. D'emblée, tout part en vrille, la reine fait des essayages de couronnes qu'elle rejette rageusement, les costumes sont des plus inattendus : à la fois élégants et farfelus, mi modernes mi baroques (le costume militaire à paniers de la reine complètement improbable). Les personnages semblent sortis tout droit d’une bande dessinée ou d’un Tex Avery. A commencer par les deux molosses engoncés par des tonnes de muscles et dont on distingue à peine la tête. Jamais des figurants n’auront été aussi omniprésents et passionnants à suivre car à eux seuls ils ont fait de ce spectacle un irrésistible show burlesque. Tantôt gardes du corps, hommes de main, tantôt gardiens de prison, etc… ils se révèleront de véritables poules mouillées et à la surprise générale, s’émerveilleront des cadeaux qu’ils recevront : pour l’un un gigantesque boa à plumes rouges, pour l’autre des talons aiguilles ! Absolument hilarant. Les autres personnages sont de la même veine. A commencer par la soprano Theodora Raftis dans le rôle de Sidonia, sorte de pin-up à la Marilyn Monroe, starlette jusqu’au bout des ongles avec une voix et un jeu de scène explosifs. On en redemande.

Ana Maria Labin, dans le rôle d’Agenore, absolument méconnaissable en rustre macho à la carrure double, s’est montrée remarquable d’aisance vocale et de jeu.

La reine Elisa, interprétée par Dara Savinova, vaut également son pesant d’or en reine capricieuse et autoritaire. Elle fait un show vocal avec un ambitus qui semble aller du contralto au soprano colorature.
Nino, interprété par la soprano
Paola Valentina Molinari, ridicule demi-portion et transie d’amour de Sidonia suscite compassion et fous rires ! Sa voix brillante était du plus bel effet.

Enfin, Luigi De Donato, Fenicio, le père de Clearco, finit de compléter une série de portraits décapants et désopilants. Son personnage de gay excentrique à la fois hyper féminin et hyper masculin, aux tenues vestimentaires extravagantes, syndicaliste révolutionnaire militant pour la libéré et les droits LGBT, fait preuve, s’il en était encore besoin, d’un talent fou, avec sa voix solide comme le roc et pourtant idéale de souplesse dans les vocalises et les cadences vertigineuses. Il bénéficiait certainement des plus beaux airs de la partition mais également des plus redoutables.

On en oublierait presque le personnage de Clearco, interprété par Francesca Asciotti, le seul a revêtir un costume contemporain conventionnel, quoique sa tenue de prisonnier valait le détour. Voix de contralto, chaude et attachante, idéale dans ce 'trousers role', mais qui s'est révélée laborieuse dans certains passages aigus avec des vocalises qui se gorgeaient d’air.
La dérision touche tout le monde et même le chef d’orchestre qui trône sur un des tableaux qui ornent le décor. Il participe à
la folie du spectacle comme s’il était sur scène en rattrapant par exemple, une balle de ping pong tombée de la scène. Certaines scènes relèvent des films de Pedro Almodovar, comme celle qui se déroule dans l’appartement de Sidonia où tout le monde se rejoint, ce qui donne lieu à un imbroglio et une pagaille sans nom. Les décors sixties psychédéliques finissent de compléter un spectacle déroutant, percutant qui risque de laisser plus d’un spectateur perplexe voire mécontent car tout est volontairement et profondément ridicule, parfois lourd et peu subtil avec de grosses ficelles prévisibles. Ça passe (bien) ou ça casse. D’ailleurs une petite partie du public a hué la première, nous dit-on. Quoi qu’il en soit, même si cet opera seria n’a pas été traité “sérieusement”, le metteur en scène a su conserver cet esprit baroque du spectaculaire servi par une distribution irréprochable au service d’une musique de bonne qualité mais qui ne peut égaler celle d’un Haendel. Difficile alors de concevoir que ce Bononcini était le rival musical de Haendel.

Lecteur, tu pourras en juger par toi-même : il sera possible de retrouver cet opéra sur cd d’ici quelque temps.

Paola Valentina Molinari (Nino), Theodora Raftis (Sidonia), Francesca Ascioti (Clearco), Ana Maria Labin (Agenore), Dara Savinova (Elisa) & Statisten © Birgit Gufler
Francesca Ascioti (Clearco) & Ana Maria Labin (Agenore) © Birgit Gufler
Luigi De Donato (Fenicio) & Ana Maria Labin (Agenore) © Birgit Gufler

Final Concert of the 13th Cesti Singing Competition 28.VIII.2022

Haus der Musik Innsbruck, Großer Saal, Sunday 28 August 2022 7pm

Final Round of the 13th Cesti Singing Competition

Each contestant sings 2 arias from Antonio Vivaldi «La fida ninfa» (1732) and other baroque operas

  • Nicolò Balducci, countertenor (ITA) 23

  • Maud Bessard-Morandas, soprano (FRA) 30

  • Carlotta Colombo, soprano (ITA) 30

  • Christina Jonsi, mezzo-soprano (NOR) 31

  • Laurence Kilsby, tenor (CBR) 24

  • Martina Licari, soprano (ITA) 28

  • Jaia Nurit Niborski-Bolatti, soprano (ARG/POL) 31

  • Tom Scott-Cowell, countertenor (GBR) 29

  • Kieran White, tenor (GBR) 32

  • Chelsea Marilyn Zurflüh, soprano (CHE) 26

Barockorchester:Jung

Dir. Chiara Cattani, harpsichord

The jury, chaired by Sebastian Schwarz (Artistic Director of the Teatro Regio Torino & the Festival della Valle d'Itria), was composed of other professionals from the opera and concert world: Alessandro De Marchi (Artistic Director of the Innsbruck Festival of Early Music), Nora Schmid (Executive Artistic Director of the Oper Graz and designated Artistic Director of the Semperoper Dresden), Vivica Genaux (opera singer), Eitan Sorek (Founder and Managing Director of Sorek Artists Management), Valérie Chevalier (General Director of the Opéra National de Montpellier), André Comploi (Artistic Coordinator ofthe Teatro alla Scala di Milano), Hein Mulders (Intendant of the Oper Köln) and Lucas Christ (Musical Assistant to the Artistic Director of the Teatro La Fenice Venezia).

2022

1. Prize: Laurence Kilsby (GBR)

2. Prize: Chelsea Marilyn Zurflüh (CH)

3. Prize: Nicolò Balducci (ITA)

Audience Award: Chelsea Marilyn Zurflüh (CH)

Young Artist Award: Nicolò Balducci (ITA)

tenor Laurence Kilsby

Une étoile est née au concours Cesti : le ténor Laurence Kilsby

C’est la seconde fois que BAROQUENEWS assiste au concours de chant baroque Cesti d’Innsbruck et contrairement à la fois dernière (2019), nous pouvons affirmer que le cru 2022 est tout bonnement excellent. Le match était vraiment serré entre les finalistes sauf pour le premier prix qui était au-dessus du lot. A seulement 24 ans (notre humble expérience des concours nous montre que ce sont souvent les plus jeunes qui remportent les concours de chant), le ténor britannique Laurence Kilsby décroche la première place. Dès son premier air, sa voix nous a totalement conquis et il nous a semblé une évidence qu’il serait le grand gagnant. Avec un air virtuose dans la première partie et un air poignant dans la seconde, il a conquis le cœur du jury et le nôtre, en instillant une chose essentielle, et que l’on n’a malheureusement pas vraiment ressenti chez les autres candidats: l’émotion. Son chant tantôt percutant et virtuose, tantôt délicat et sensible nous a touché en plein cœur. Il ne restait plus qu'à désigner la deuxième et troisième place, tâche bien ardue car tous avaient une chance d’accéder au palmarès. Alors que le contre-ténor italien Nicolò Balducci fait une prestation mitigée voire peu convaincante en première partie, il s'est révélé époustouflant dans la seconde avec l’air de Sesto (Giulio Cesare) de Haendel “Svegliatevi nel core”. A seulement 23 ans, il décroche la troisième place ainsi que le prix des jeunes talents. Bien mérités ! La surprise est venue de la soprano suisse Chelsea Marilyn Zurflüh qui a raflé pas moins de quatre prix dont la seconde place ainsi que le prix du public, alors même que sa performance n’avait pas été impeccable et qu'elle avait plutôt donné l’impression de posséder une voix certes intéressante (une soprano avec des couleurs de mezzo-soprano) mais encore en devenir. Le jury a certainement valorisé ce potentiel et il a surtout eu l’avantage, non négligeable, de pouvoir suivi les éliminatoires et surtout les demi-finales, des éléments d’évaluation absolument nécessaires pour donner une idée plus consistante des artistes. Déception par contre pour la voix uniforme, franche et ronde de la soprano italienne Carlotta Colombo qui repart les mains vides ainsi que sa compatriote Martina Licari, qui n’avait pas forcément un médium très intéressant mais était en possession de notes aiguës absolument sensationnelles qui la prédestinent davantage au répertoire belcantiste. Quant à la francaise Maud Bessard-Morandas, elle nous a fait une seconde partie de concours absolument bluffante avec notamment un irrésistible jeu de comédienne en complicité étroite avec l'orchestre et un brillant jeu vocal. Malheureusement son premier air, très court ne lui a pas laissé l’occasion de montrer ses moyens. Erreur de stratégie (on ne gagne pas un concours avec un tel air) ? Un prestigieux jury dont la merveilleuse Vivica Genaux a eu la lourde tâche de sélectionner ces 10 finalistes à la suite de plus de 170 candidatures issues de 37 pays différents. Une fois de plus le concours Cesti a révélé d’incroyables talents et nous avons hâte de les retrouver l'an prochain dans une nouvelle production de La Fida Ninfa d'Antonio Vivaldi.

Voyez plutôt le prestigieux palmarès depuis sa création.