Göttingen, Haendel Il Trionfo del Tempo e del Disinganno, 09.V.2024

Haendel Festival de Göttingen
Göttingen Stadthalle 09.V.2024 à 19h 


Bellezza: Anna DENNIS, soprano

Piacere: Emőke BARATH, soprano

Disinganno: Xavier SABATA. contre-ténor

Tempo: Emanuel TOMLJENOVIC, ténor


FestspielOrchester Göttingen. 

Direction musicale : George PETROU

Mise en scène : Ilka SEIFERT. 

Triomphal Trionfo del Tempo

          Titre, certes facile mais tellement réaliste : un concert de haut vol par sa distribution mais surtout par sa direction. En effet, George Petrou sait souffler le chaud et le froid comme personne. Un tremblement de terre voire un tsunami semble vous submerger par moments. Les instruments solos sont de toute beauté en plus d’être touchants comme la partie d’orgue exécutée avec jubilation et maestria par Fernando Aguado ou le violon si sensible d’Elizabeth Blumenstock qui a terminé l’oratorio seule, perchée sur un tabouret au bout d’une plateforme devant un parterre de spectateurs en larmes. 

          Après avoir chanté il y a quelques mois le rôle de Piacere à Londres, voilà qu’Anna Dennis, une habituée du festival de Göttingen, passe au rôle de Bellezza. Avec une grâce et une noblesse naturelles (vocales et physiques), l’artiste campe une Bellezza de bonne facture. La voix sonne claire et bien sonore avec des harmoniques qui viennent vous chatouiller l’oreille. Nous retiendrons surtout son magnifique duo avec il Piacere : des vocalises infinies et parfaitement bien synchronisées qui filaient à toute vitesse. Mais aussi son air redoutable ‘Un pensiero nemico di pace’ qu’elle a su plutôt bien gérer. Mais par dessus tout, son air bouleversant ‘Tu del ciel’ qui clôture cette merveille d’oratorio. 

          Souvent interprété par des mezzo-sopranos, ô surprise, le rôle de Piacere était confié à la soprano Emöke Barath pour l’occasion. Cette dernière nous a gratifié de son timbre velouté et étonnamment sombre. Mention spéciale pour son air ‘Tu giurasti di mai non lasciarmi’, absolument cinglant. Ou bien son air ‘Come nembo’ à la virtuosité vertigineuse qui a enthousiasmé le public. Mais avant tout, son très attendu ‘Lascia la spina’ : un bijou et une interprétation vibrante d’émotions. 

          Côté messieurs, Xavier Sabata, annoncé souffrant, s’est montré pourtant convaincant dans le rôle de Disinganno. Même si la voix pâtissait d’un léger effet nasillard, son contralto velouté a touché le public, notamment dans les airs ‘Crede l’uomo’ ou ‘Piu non cura’. Des moments de pure magie. 

          Enfin le jeune ténor Emanuel Tomljenovic, que nous découvrions, est venu compléter une distribution de haut vol. Chacune de ses interventions a été marquante. Avec sa voix souple, uniforme et particulièrement séduisante, le public a pu véritablement savourer ce rôle de Tempo et notamment vibrer au rythme infernal de l’air ‘Folle’, pour ne citer que celui-ci.

           Quelques coupures sont à déplorer notamment le da capo du quatuor « Voglio tempo », fort dommageable.

          Depuis sa première tentative de mise en scène à Cologne il y a cinq ans, dans une église avec uniquement des messieurs dans la distribution (voir notre compte rendu), Folkert Uhde a fait évoluer son spectacle. Il s’est étoffé de vidéos supplémentaires, de déplacements plus importants (adaptés à cette salle de spectacles). La vidéo de la bougie qui se meurt à la fin a été conservée et l’effet a été toujours aussi dévastateur. Quelle bonne idée de filmer en gros plan certains instrumentistes. 

          Le public est ressorti ressourcé mais profondément bouleversé par ce récit si simple et si touchant qui nous rappelle notre condition bien éphémère.

                                         Ruggero Meli

Quelques photos du spectacle

​© A​l​c​i​r​o Th​e​o​d​o​r​o​ D​a​ S​i​l​v​a