Claus Guth ausculte une dynastie au bord de la folie
À l’Opéra de Francfort, Mitridate, re di Ponto de Mozart quitte l’Antiquité pour s’installer dans une riche famille des années 1960, dirigée d’une main de fer par un patriarche tout-puissant, homme d’affaires plus souvent penché sur ses journaux que présent auprès des siens. Claus Guth signe une lecture psychologique et sombre, fidèle à son esthétique, où le drame familial prime sur la fresque historique.
Mitridate, annoncé mort, revient brusquement au foyer. Il découvre alors que son pouvoir vacille et que sa bien-aimée Aspasia attise les convoitises de ses deux fils. La famille, qui s’était déjà réorganisée sans lui, doit feindre la joie de retrouvailles que personne ne souhaite vraiment. Son retour bouleverse un équilibre fragile : ici, la paix n’était qu’illusion. En l’absence du père, les fils s’abandonnaient à une liberté débridée — rails de coke, alcool, sexe, musique, nonchalance ostentatoire. Farnace, surtout, exprime une révolte viscérale contre ce père absent, toujours aux affaires. Une scène saisissante le montre rejouer son traumatisme en envoyant tout valser, sous l’œil omniprésent du majordome — personnage ajouté par Claus Guth.