Paris, salle Gaveau, dimanche 25 janvier 2026 à 17h
Vivaldi Lirico
Juliette Mey, mezzo-soprano
Orchestre de l’Opéra Royal
Direction : Théotime Langlois de Swarte
Antonio Vivaldi (1678-1741) :
« D’un bel viso » (L’incoronazione di Dario)
« Misero spirto mio » (Ottone in villa)
sinfonia (Orlando furioso)
« Sol da te, mio dolce amore » (Orlando furioso)
« Agitata da due venti » (Griselda)
L’Été des Quatre Saisons
***
« Parli in te, parli il cor mio ( La Candice)*
« De torrente in via bibet » (Dixit Dominus)
« Io son quel gelsomino » (Arsilda, regina di Ponto)
sinfonia (Giustino)
« Sento in seno » (Giustino)
« Armate face et anguibus » (Juditha triumphans)
« Al balenar del brando (L'Inganno trionfante in amore)*
Bis 1 : « D’un bel viso » (L’incoronazione di Dario)
Bis 2 : « Armate face et anguibus » (Juditha triumphans)
*air inédit
PS: programme entièrement reconstitué de mémoire et à l'aide de celui disponible sur le site de l'Opéra de Versailles (incomplet voire différent).
Après l’avoir remarquée à la Cité de la musique dans des airs de cour, puis admirée dans ses incarnations haendéliennes (Alcina et Agrippina), BAROQUENEWS ne pouvait manquer le récital Vivaldi de Juliette Mey, donné ce jour à la salle Gaveau. La mezzo-soprano y affrontait un programme aussi ambitieux qu’exigeant, dont elle sort globalement victorieuse, non sans quelques zones de fragilité.
Pour l’occasion, la chanteuse était entourée des musiciens de l’Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles, menés avec une énergie communicative par le violoniste et chef Théotime Langlois de Swarte. Son geste, nerveux et incisif, irradie l’ensemble : l’Été des Quatre Saisons, livré avec une autorité souveraine — fruit d’une longue fréquentation de l’œuvre en tournée —, en constitue l’un des sommets instrumentaux.
Le concert s’ouvre presque à pas feutrés : le chef-violoniste entre seul, l’archet à peine posé, donnant l’illusion d’un simple accord. Peu à peu, l’orchestre se joint à lui, puis la voix s’élève dans Un bel viso (L’incoronazione di Dario), air d’une tendre séduction, irrésistible de douceur suspendue. Une entrée en matière raffinée, comme une version ralentie et intériorisée de l’exubérant Agitata da due venti qui surviendra plus tard au programme.
Une recherche constante de légèreté, de mezza voce et d'un son suspendu dans les airs lents trouve cependant ses limites. À force de vouloir éthérer le discours, certains moments paraissent légèrement désincarnés, et le beau timbre de mezzo-soprano — naturellement chaleureux et coloré — s’en trouve parfois voilé. On perçoit également, çà et là, une forme de tension, voire de fébrilité : dans Sol da te (Orlando Furioso), un instant de flottement trahit une concentration mise à l’épreuve par la difficulté du programme.
C’est en revanche dans les airs rapides et virtuoses que Juliette Mey affirme avec éclat sa personnalité musicale. Armate face et anguibus (Juditha triumphans) ou Misero spirto mio (Ottone in villa) révèlent une artiste à l’aise dans l’urgence rythmique, l’agilité et l’éclat dramatique. Mais la réussite la plus accomplie reste sans doute Io son quel gelsomino (Arsilda), d’une fraîcheur jubilatoire, porté par une joie communicative et un sens du théâtre irrésistible.
Le programme officiel se referme sur l’un des deux airs inédits annoncés Al balenar del brando (L'Inganno trionfante in amore) : une véritable miniature de virtuosité, ciselée avec panache, qui achève de conquérir une salle Gaveau manifestement enthousiaste. Les bis confirment l’impression d’ensemble : un Armate face et anguibus fulgurant, mettant en lumière un tempérament vocal volcanique, puis un retour apaisé à l’air d’ouverture, comme un geste de circularité rassérénant.
En consacrant Juliette Mey, les Victoires de la musique ne s’y sont pas trompées. Si certains ajustements restent à opérer — notamment dans la gestion des airs lents —, ce récital affirme une artiste en pleine ascension. Nul doute que ce programme, repris dès le lendemain à Versailles et destiné à l’enregistrement, gagnera encore en cohérence et en profondeur.
On regrettera enfin qu’aucun programme, pas même dématérialisé, n’ait été proposé au public, laissant le spectateur sans repères dans un concert pourtant dense et exigeant.
Ruggero Meli
Théotime Langlois de Swarte