Karlsruhe, Badisches Staatstheater, Grosses Haus, samedi 20 février 2026, 19h30
Concert de Gala avec Maayan Licht
Maayan Licht, sopraniste
Deutsche Händel-Solisten
Attilio Cremonesi, direction
Programme
Première partie
Benjamin Britten (1913–1976)
Simple Symphony, op. 4
I. Boisterous Bourrée. Allegro ritmico
II. Playful Pizzicato. Presto possibile
Georg Friedrich Händel (1685–1759)
« Brilla nell’alma » – Alessandro
Antonio Vivaldi (1678–1741)
« Gelido in ogni vena » – Farnace
Benjamin Britten
Simple Symphony, op. 4
III. Sentimental Sarabande. Poco lento e pesante
IV. Frolicsome Finale. Prestissimo con fuoco
Geminiano Giacomelli (1692–1740)
« Sposa, non mi conosci » – Merope
Arvo Pärt (*1935)
Fratres pour orchestre à cordes et percussions
Antonio Vivaldi
« Gelosia, tu già rendi » – Ottone in villa
— Pause —
Deuxième partie
Riccardo Broschi (ca. 1698–1756)
« Son qual nave ch’agitata » – Artaserse
Nicola Antonio Porpora (1686–1768)
« Nel già bramoso petto » – Ifigenia in Aulide
Ralph Vaughan Williams (1872–1958)
Fantasia on a Theme by Thomas Tallis
Antonio Vivaldi
« Vedrò con mio diletto » – Il Giustino
Georg Friedrich Händel
« Un pensiero nemico di pace » – Il trionfo del Tempo e del Disinganno
Bis
Antonio Vivaldi – « Vedrò con mio diletto » (Il Giustino)
Georg Friedrich Händel – « Lascia ch’io pianga » (Rinaldo)
Georg Friedrich Händel – « Da tempeste il legno infranto » (Giulio Cesare in Egitto)
Virtuosité et théâtralité : Maayan Licht en état de grâce à Karlsruhe
Au cœur du Festival Haendel de Karlsruhe, le sopraniste Maayan Licht a offert hier soir un récital à son image : incandescent, théâtral, imprévisible. Une proposition qui n’a laissé personne indifférent, et qui confirme l’émergence d’un artiste pour qui la scène n’est pas un simple lieu d’exécution, mais un terrain de jeu.
Un rossignol né pour les planches
Voix légère, souple, d’une fluidité presque insolente : Maayan Licht possède cette facilité naturelle qui donne l’illusion que la virtuosité ne lui coûte rien. Les vocalises débridées voltigent avec une précision d’orfèvre et les trilles qui fleurissent çà et là, évoquent ces prouesses attribuées à Farinelli ; les soufflets tendent à suspendre le souffle de la salle. Rompu à une technique baroque d’une admirable solidité, il façonne les da capo avec une inventivité jamais gratuite, toujours pensée dans l’élan dramatique.
Car Maayan Licht est un acteur-né. Il brûle les planches, habite chaque air, improvise ses présentations avec un humour irrésistible, instaurant d’emblée un contact direct avec le public. Ses facéties, ses pitreries même, pourraient agacer les puristes ; elles désarment pourtant par leur sincérité et finissent par emporter l’adhésion. Le dernier bis en fut l’illustration la plus inattendue : « Da tempeste », extrait de Giulio Cesare, siffloté avec une virtuosité stupéfiante, dans une légèreté confondante de maîtrise.
À l’opposé de ces éclats, les airs lents ont révélé une sincérité désarmante. On atteint même le sublime – ce frisson rare qui suspend le temps – dans « Sposa, son disprezzata » de Geminiano Giacomelli, où la ligne, filée jusqu’à l’extrême fragilité, semble se consumer dans la plainte. Mais c’est sans doute dans « Nel già bramoso petto » de Nicola Porpora que la grâce opère avec le plus d’évidence : souffle suspendu, demi-teintes infiniment nuancées, intensité intériorisée – l’émotion, ici, ne relève plus de l’effet mais d’une vérité presque douloureuse.
Un programme audacieux, entre ombre et lumière
Pour un festival dédié à Georg Friedrich Haendel, le programme surprenait. Aux pages baroques répondaient des interludes orchestraux de Benjamin Britten, Ralph Vaughan Williams ou Arvo Pärt : musiques plus sombres, plus denses, presque méditatives. Ce contrepoint contemporain venait tempérer la flamboyance des passions baroques – princesses éplorées, rois triomphants, affects outrés et revendiqués sans pudeur – et dessinait un arc dramatique plus vaste qu’un simple florilège virtuose.
En fond de scène, un immense paysage londonien de William Turner, embrasé par un soleil naissant ou couchant, enveloppait la soirée d’une lumière dramatique en parfaite résonance avec cet éclectisme assumé.
Entre éclat et limites
L’orchestre, fourni (près de quarante musiciens) jouaient sur instruments modernes sous la direction souriante et attentive du chef Attilio Cremonesi. Si l’ensemble se montra en grande forme, on put regretter çà et là un manque d’expressivité – frustrant notamment dans « Gelido in ogni vena » de Antonio Vivaldi, dont on attendait des cordes une amertume plus mordante.
Côté vocal, quelques réserves subsistent : un volume parfois limité, des graves parfois peu audibles, et dans « Un nemico di pace » de Haendel, une virtuosité certes éblouissante mais qui aurait gagné en épaisseur et en consistance dramatique.
Cette légèreté assumée, ce goût du show, peuvent dérouter ceux qui cherchent dans le baroque une austérité plus hiératique.
Un triomphe public
Mais la salle, archicomble, ne s’y est pas trompée. Trois bis sont venus couronner la soirée, dont l’inévitable « Lascia ch’io pianga » de Rinaldo : air rebattu s’il en est, que Maayan Licht a su pourtant réinventer par de subtiles inflexions et des ornements d’une fraîcheur inattendue.
Ce sopraniste ne cherche pas la neutralité : il assume le panache, le risque, l’excès même. Dans ce mélange de feu et de fragilité, de cabotinage et de grâce, il impose une personnalité rare – celle d’un artiste qui, plus que chanter Haendel et ses contemporains, le vit et le théâtralise avec une ardeur communicative.
Ruggero Meli
Maayan Licht, sopraniste
Deutsche Händel-Solisten
Attilio Cremonesi, direction
Samedi 15 novembre 2025, Teatro Alighieri 20h
Georg Friedrich Händel (1685-1759) : Alcina, drama per musica en trois actes, inspiré du livret de l'opéra L’isola di Alcina d'Antonio Fanzaglia (première exécution : Londres, Covent Garden, 16 avril 1735). Edition Bärenreiter.
Alcina : Giuseppina Bridelli
Ruggiero : Elmar Hauser
Bradamante : Delphine Galou
Morgana : Martina Licari
Oronte : Žiga Čopi
Melisso : Christian Senn
Amore : Giacomo Decol
Accademia Bizantina
Ottavio Dantone, direction
Pier Luigi Pizzi, mise en scène, décors et costumes
Oscar Frosio, lumières
Réalisé par le théâtre Alighieri en collaboration avec le festival de Ravenna. Nouvelle production
Dimanche 16 novembre 2025, Teatro Alighieri 17h
Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Messiah, oratorio en trois parties pour solistes, choeur et orchestre sur un texte de Charles Jennens (première exécution : Dublin, New Music Hall, 13 avril 1742). Edition Bärenreiter.
Alysia Hanshaw soprano
Delphine Galou contralto
Žiga Čopi ténor
Christian Senn basse
Accademia Bizantina
Coro della Cattedrale di Siena “Guido Chigi Saracini” (choirmaster Lorenzo Donati)
Ottavio Dantone direction