NEWS 2023 et +

NEWS

➡️ HEIDELBERG     09.XII.2023   Graun fête la nativité avec le Bachchor

         Les concerts du Bachchor de Heidelberg sont de véritables petits trésors. En effet, chaque année, le théâtre de Heidelberg organise une série de concerts baroques dans le cadre de sa saison. Ils se tiennent généralement à la Peterskirche. Ce sont des concerts d’une grande qualité artistique qui permettent au chœur de Heidelberg de se distinguer dans des œuvres chorales complexes. Souvent dirigés par leur chef Christian Kabitz (cette fois uniquement chef de chœur), ils ont aussi la particularité de mobiliser de talentueux solistes vocaux. 

          Après avoir assisté à Belshazzar, Samson et Jephtha de Haendel, BAROQUENEWS a pu assister à une rareté, ce samedi 9 décembre 2023 : un oratorio de Noël de Carl Heinrich Graun (1704 - 1759) intitulé "Oratorium in festum nativitatis Christi". Une célébration de la naissance du Christ d'une durée d'une heure et trente minutes environ.

         De l'ouverture jusqu'au chœur final, le maestro Jörg Halubek est parvenu à faire de l'œuvre une véritable fête. Deux moments grandioses qui ont fait retentir notamment timbales, trompettes et mis tout un orchestre en effervescence. A noter qu’au centre de l’œuvre nous avons été surpris d’entendre un choral de Bach, tiré de sa Passion selon St Jean, ici interprété par le Bachchor avec une douceur et une ferveur tout en émotion. Saluons également le travail du chef Jörg Halubek auprès de l'excellent Orchestre Philharmonique de Heidelberg.

Enfin, les solistes lyriques réunis pour l'occasion n'ont pas déçu : globalement de bons solistes, dotés de grandes voix. A commencer par la mezzo-soprano, ou plutôt contralto, Zlata Khershberg-Reith, impressionnante de profondeur, de rondeur de timbre et de son généreux. Un chant franc et direct qui manquait peut-être de relief et d'une dose de délicatesse. Des remarques qui pourraient également s'appliquer au baryton-basse Lars Conrad (excellent et impressionnant air 'Abgrund krache') mais aussi au ténor Christian Pohlers dont le timbre était plutôt séduisant mais dont la voix manquait de stabilité. Enfin le contre-ténor sopraniste Philipp Mathmann qui, de sa voix angélique et suraiguë, a conféré une dimension sacrée à l'œuvre,  a créé la surprise en atteignant des notes à la hauteur vertigineuse mais dont le son, trop souvent strident, aura pu irriter une partie du public. On retiendra, notamment, son très joli duo en compagnie de la mezzo-soprano. 

La réussite de la distribution relève, outre les qualités de chacun, du choix de quatre voix extrêmement bien distinctes, qui contrastaient idéalement. 

          Un concert festif et de qualité, salué par un public enthousiaste et nombreux qui a pu découvrir une œuvre rare de Graun qui, une fois n'est pas coutume, nous change du traditionnel Oratorio de Noël de Jean Sébastien Bach.
                                                                          Ruggero Meli 

Bachchor Heidelberg
Jörg Halubek
Ensemble Musica Gloria

➡️ GAND          26.XI.2023 :   Concert champêtre matinal

          Le jeune ensemble Musica Gloria proposait une heure de détente musicale en ce dimanche 26 novembre 2023. Un concert qui invitait le public à une balade pastorale au travers des musiques et airs de Purcell, Haendel, Telemann ou Bach, dans une approche fraîche et enthousiasmante. En effet, les quatre jeunes artistes ont su créer la surprise en favorisant les déplacements et apparitions inattendus. Avec un enthousiasme et une passion palpables, ils ont fait de ce programme un moment de pur bonheur. 

Les airs de Purcell, Haendel et Bach étaient interprétés avec beaucoup de naturel et de simplicité par le contre-ténor Pieter De Praetere. Même si quelques notes extrêmes ont pu faire défaut ça et là, le médium de la voix, rond et plutôt masculin, était bien agréable à écouter. Le point d’extase ayant été atteint à la fin du sublime ‘O solitude’ de Henry Purcell, pris avec une mezza voce de toute beauté. 

Chapeau bas aux trois solistes instrumentaux, la flûtiste et hautboïste Nele Vertommen d’une déconcertante aisance, l’excellent Evan Buttar au violoncelle et viole de gambe et enfin le très virtuose Beniamino Paganini au clavecin. Avec une facilité et un talent hors pair, ce dernier a notamment fait de variations haendéliennes, un véritable feu d'artifice. 

Musica Gloria, un ensemble talentueux à suivre.
                                              Ruggero Meli 

➡️ POTSDAM SANSSOUCI      20.XI.2023 :   Deux contes que tout oppose mais qui finissent par fusionner dans une mise en scène captivante  : WEIR Blond Eckbart et HAENDEL Acis und Galatea

          Une atmosphère pesante, une musique oppressante par ses fortes dissonances qui claquent sous l’effet des cuivres (clarinette et trompette extrêmement sollicitées) mais aussi des percussions. 

Blond Eckbert est un conte fantastique qui relate l’histoire de Berthe, la femme d’Eckbert : suite à une enfance malheureuse et des parents désargentés, elle décide de partir et finit par rencontrer une vieille dame qui possède un chien et un oiseau magique qui délivre des pierres précieuses. Un jour elle décide de s’enfuir et emporte avec elle l’oiseau et les pierres. Prise de culpabilité, elle relâche l’oiseau. Elle et Eckbert racontent l’histoire à un inconnu nommé Walther. Ce dernier, mystérieux voire maléfique, donne le nom du chien alors que Berthe ne s’en souvenait plus ! Le couple est mortifié par cette menace…

La mise en scène de Joe Austin, s’attache à montrer des personnages piégés dans leur vie, leur vécu. Le symbole de l’enfermement, omniprésent, se matérialise notamment au travers d’une boule de verre qui semble recouvrir le monde, de la cage et de l’oiseau prisonnier ainsi que d’une vitrine centrale dont l’espace réduit, au centre de la scène, voit se jouer tout le drame. A l’extérieur de cet espace, le personnage de l’oiseau raconte et commente les événements qui se jouent dans la vitrine: une mise en abîme du théâtre dans le théâtre. Une prison qui se décline à l’infini par le biais de miroirs à l’arrière de la vitrine. De plus, des personnages ailés, qui s’apparentent à des anges ou des religieux, contribuent également à cette atmosphère pesante en venant culpabiliser Eckbart. 

BLOND ECKBERT - Dominik Köninger © Stefan Gloede 

ACIS UND GALATEA © Stefan Gloede 

Ana Maria Labin

➡️ BERLIN        18.XI.2023 :   Mitridate survolté

          Une mise en scène étincelante de dorures dans laquelle le Japon est mis à l’honneur. Une splendeur d’antan, dont les traditions sont rendues avec une élégance, un raffinement et une délicatesse qui côtoient quasi en permanence une violence sous-jacente, presqu’impalpable, qui jamais ne perd son élégance et reste très esthétique tel l’aigle représenté par une série de panneaux, qui, soudain, se met à tournoyer pour fondre sur leur proie. Car le pouvoir et l’amour sont au cœur de ce drame. Un pouvoir convoité dont l’ascension ou la chute sont représentées par deux escaliers latéraux étroits qui renferment en leur centre un immense escalier matérialisé par quatre paliers. 

Un ensemble entièrement pensé au travers de l'imagerie japonaise traditionnelle qui va varier au fil du spectacle. 

➡️ PARIS          17.XI.2023 :   Soirée napolitaine à la salle Gaveau

          Ophélie Gaillard et son ensemble proposaient un programme festif à la salle Gaveau ce vendredi 17 novembre 2023 en partie rôdé précédemment notamment à Ambronay. Les fans de Christophe Dumaux qui y avaient pleuré son absence ont pu se rattraper ce soir. En duo avec l´infatigable et toujours pétillante Sandrine Piau, ils proposaient le tube de Pergolesi : le Stabat Mater. Une interprétation plutôt théâtrale que religieuse que les solistes et l’ensemble Pulcinella ont porté avec ferveur et émotion. Joli cocktail que celui d'une Sandrine Piau toujours fraîche et impeccable et un Christophe Dumaux tout en intensité.

Christophe Dumaux

➡️ PARIS     16.XI.2023 :   Feu d'artifice vocal à l'Auditorium du Louvre

        Belle et grande découverte musicale ce jeudi 16 novembre 2023 à l’Auditorium du Louvre. Une rareté du non moins rare Alessandro Scarlatti : l’opéra Mitridate Eusupatore.

Thibaut Noally et son ensemble Les Accents en avaient donné une version de concert il y a quelques années lors de la 23e édition du festival de Beaune en 2020. Une performance qui avait été captée par France Musique. Pour cette nouvelle occasion, la distribution est montée d’un cran et le public a pu assister à une véritable fête lyrique. Pas moins de cinq voix exceptionnelles pour servir une œuvre qui nous a livré de petites gemmes d’arias. Tous investis et survoltés, ils nous ont fait vibrer au gré de récitatifs éminemment théâtraux et d'arias tantôt virtuoses tantôt élégiaques. Roi, reine, filiation, amour, pouvoir, menaces, intimidations : tous les ingrédients étaient réunis pour faire bouilloner cet opéra baroque.

➡️ VIENNE       27.X.2023 :   Theodora sauvée par les décors

         Alors que par définition l’oratorio, en l'occurrence Theodora de Georg Friedrich Haendel, n’est pas destiné à la mise en scène, il semble pourtant inspirer, ou plutôt intéresser, les salles de spectacles et les metteurs en scène (et ce, depuis le coup de maître de Peter Sellars à Glyndebourne en 1996). Une œuvre pourtant pas vraiment simple à valoriser, de part son livret. L'action se déroule à l'époque de la persécution des chrétiens sous Dioclétien. Théodora et Didyme, deux chrétiens chastement aimants, vont tout droit à la mort parce qu'ils ne veulent pas renoncer à leur foi face au tyrannique gouverneur romain Valens.

Après le récent naufrage au Covent Garden de Londres, voilà que le Theater an der Wien propose sa version de Theodora dans un spectacle imaginé par le metteur en scène Stefan Herheim. Dès le lever de rideau, le public tombe en pâmoisons devant le décor luxueux d’un salon de thé viennois. Il s’agit de la réplique bluffante du célèbre Café Central de Vienne avec ses lustres art déco, ses piliers qui soutiennent les somptueuses voûtes d’église, célèbres pour leur panaché de couleurs vives. Le public en prend plein les mirettes. De plus, en arrière plan, au travers de larges vitres, l’on peut distinguer la rue et ses bâtiments protéiformes, ainsi qu’une météo variable, le ciel et ses oiseaux de passage. Un spectacle en soi dont on ne se lassera pas durant 3h (sans l’entracte) et couronné par une surprise de taille, en toute fin de spectacle : le plafond s’affaisse subitement pour laisser paraître un ange aux ailes blanches immenses et dont les mains vont prendre subitement feu. . 

Theodora à Vienne
Aci, Galatea e Polifemo à l"Auditori de Barcelone

➡️ BARCELONE     26.X.2023 :   Brillant Aci, Galatea e Polifemo

          Le talentueux ensemble Vespres d’Arnadi sous la direction du claveciniste virtuose Dani Espasa nous a offert ce jeudi 26 octobre 2023 une version flamboyante de la sublime cantate du jeune Georg Friedrich Haendel : Aci, Galatea e Polifemo. Une œuvre magique par son sujet simple et éminemment émouvant et sa musique qui relève du génie : un concentré d’opera d’une rare perfection d’une durée d’une heure trente environ. Cette naïve pastorale met en scène les amours du berger Aci et de la bergère Galatea. Mais cette dernière est convoitée par le cyclope Polifemo qui finira par commettre l’irréparable en écrasant Aci sous un jet de rocher.   

➡️ ROME      20-21.X.2023 :   Gala des 3 contre-ténors & Giulio Cesare

      Un vent nouveau semble souffler sur l’Italie. En effet, la bella Italia montre des signes d’ouverture, certes encore et toujours timides, à la musique baroque. Les grandes maisons d’opéra programment sporadiquement des œuvres baroques : La Fenice a son cycle Vivaldi, La Scala avait débuté un cycle Haendel, l’an passé l’opéra de Florence accueillait Alcina… Aujourd’hui c’est l’opéra de Rome qui tente l’expérience en programmant le tube de Haendel : Giulio Cesare. Cinq représentations scéniques avec au sein de sa distribution : trois contre-ténors. Une vraie gageure dans un pays où cette voix a été longtemps ignorée pour ne pas dire exécrée. Alors proposer un récital des trois contre-ténors semblait presque relever de la provocation. En tous cas, le public était au rendez-vous et s’est montré enthousiaste. 

Les 3 contre-ténors à Rome: Aryeh Nussbaum Cohen, Raffaele Pe & Carlo Vistoli
Giulio Cesare : Raffaele Pe 
Nardus Williams, soprano

➡️ LONDRES      12.X.2023 :   exquise découverte, la soprano Nardus Williams

          Fabio Biondi et son ensemble Europa Galante, proposaient ce jeudi 12 octobre 2023, dans la salle de concert Milton Court (une annexe du Barbican Center de Londres) un programme consacré aux quatre saisons de Vivaldi, entrecoupé d’airs et de musiques de Henry Purcell et de Georg Friedrich Haendel. 

Fabio Biondi revenait ainsi à ses premières amours. Après les avoir gravées et jouées aux quatre coins du monde, puis 'délaissées', voilà qu'il nous fait la surprise de les reprendre lors de ce concert unique. L'oeuvre semble n'avoir plus aucun secret pour le violoniste italien qui n'a rien perdu de sa fougue ni de son panache. Maîtrisées au cordeau, il en donne une version vibrante et hyper virtuose. Il sait, comme personne, créer les ambiances et suggérer les variations météorologiques tout en révélant les nombreuses subtilités d'une partition intemporelle. Son raffinement n’aura d’égal que sa fougue, auxquels son orchestre répondra avec les mêmes qualités. Ensemble, ils cultivent les contrastes les plus saisissants et font de ces saisons une fête. On ne peut alors que saluer LA performance. 

➡️ PONTOISE FESTIVAL      08.X.2023 :   la soprano Appoline Raï-Westphal, jolie découverte

        Le festival baroque de Pontoise a toujours eu à cœur de valoriser les jeunes artistes soutenus par des artistes confirmés voire prestigieux. C’est le cas en ce concert haendélien lors duquel le public a pu découvrir la jeune soprano Apolline Raï-Westphal en compagnie de quelques membres du fameux ensemble Les Talens Lyriques, dirigés par leur chef et claveciniste Christophe Rousset

          Des artistes que nous avions pu apprécier trois jours plus tôt au festival d’Echternach, devant une salle désespérément vide, alors qu’ils proposaient un programme baroque passionnant autour des figures de Purcell et Haendel en compagnie de l’excellent ténor Ian Bostridge. A Pontoise, le public était nombreux en la cathédrale Saint-Maclou...  

La soprano Appoline Raï-Westphal au festival de Pontoise

➡️ PARIS        02.X.2023 :   William Christie et son équipe donnent un coup de jeune à Ariodante

          Interprétation fraîche et touchante de l'opéra Ariodante de G. F. Haendel, dans une version semi scénique à la philharmonie de Paris ce lundi 2 octobre 2023. Une mise en espace claire et efficace qui favorisait les déplacements autour de l’orchestre et permettait une grande liberté d’expression aux chanteurs, mais avec des pertes de son dommageables pour l’auditeur, selon le placement.

          Léa Desandre incarne un Ariodante enthousiaste, plein de peps, avec ses pas de danse qui font swinguer les vocalises. Des pas de danse repris avec humour par William Christie lui même. Une interprétation vibrante d’émotion 'Scherza infida' et à la virtuosité impressionnante 'Coll’ali di costanza' (dont le da capo a été malheureusement coupé) et surtout l'air 'Dopo notte' en guise de feu d’artifice final.  

Ariodante à la Philharmonie de Paris
Amadigi de Haendel à Saint Martin-in-the-Fields

➡️ LONDRES       21.IX.2023 :   Amadigi enflamme Saint Martin-in-the-Fields

         Mais quelle mouche a piqué cet Amadigi ? Tous les interprètes semblaient avoir bu une même potion énergisante. Des solistes survoltés, habités d’une fiévreuse rage théâtrale et un orchestre déchaîné sous l’impulsion d’un chef que l’on n’attendait pas à la tête des English Consort : Christian Bezuidenhout, lui aussi survitaminé. En effet, le chef titulaire Harry Bicket, dont la direction est généralement plus sage, pour des raisons de calendrier (à cheval entre un pastiche de Henry Purcell et un spectacle d’Acis and Galatea) n’a pas pu prendre en charge cet Amadigi mais était présent dans la salle en tant que spectateur.  

➡️ HAMBOURG       14.IX.2023 :   Saul mitigé

          Bilan mitigé pour l'oratorio Saul de Haendel à la Laeiszhalle de Hambourg, tant la performance sonnait amatrice à certains égards. En effet, l'orchestre et le chœur frôlaient l'amateurisme parfois (certainement par manque de répétition) mais deux délicieuses sopranos ont su booster le concert. A elles seules, elles justifiaient, l’importance de cette version de concert en magnifiant la partion du Caro Sassone. Nous connaissions déjà la sémillante Robin Johannsen qui chantait ici le rôle de Merab alors qu’on l’attendait en Michael (le programme de salle indiquait d'ailleurs le contraire). Mais il est vrai que le rôle de Merab, certes plus bas, possède plus de relief et de personnalité que la blanche colombe Michael et recèle un bijou d’air : le très émouvant ‘Author of peace’. De plus, deux autres airs importants lui ont été dévolus : l’air isolé d’entrée souvent chanté par une choriste ‘An infant rais’d’, et surtout le sublime ‘In sweetest Harmony’, absolument déchirant.  

Robin Johannsen
Festival Bayreuth Baroque 2023

➡️ BAYREUTH BAROQUE FESTIVAL - weekend n°1      08-10.IX.2023 :   3 récitals et un opéra étincelants !

➡️ FÉNÉTRANGE :      Un Stabat Mater de Pergolèse frais et touchant le 16 septembre 2023 à la collégiale Saint Rémi

         Le festival de Fénétrange accueillait, pour sa quarantième édition, une soprano rare et talentueuse : la divine Amel Brahim-Djeloul. Une artiste que BAROQUENEWS a pu apprécier à diverses reprises, notamment dans le rôle d’Oriana dans l’opéra Amadigi de Haendel au Théâtre de l’Athénée à Paris en janvier 2019. A cette occasion, elle avait bénéficié du soutien des forces de l’ensemble Les Paladins et leur chef Jérôme Corréas, des partenaires qu’elle retrouvait lors de ce concert en l’église Saint Rémi.

          Ensemble, ils proposaient un programme court mais intense avec en première partie un motet virtuose du Prete Rosso : ‘In furore’. Une œuvre dans laquelle la soprano a créé la surprise en apportant audace et tempérament conférés au da capo du premier air notamment. 

Voix fraîche, facile et expressive, il est difficile de comprendre le manque de notoriété de cette artiste talentueuse.

Amel Brahim-Djeloul, soprano
Capella Augustina, Andreas Spering
Andreas Wolf, basse

➡️ COLOGNE        03.IX.2023 :   Un Acis and Galatea au cordeau.

          Le Forum Alte Musik Köln fêtait, ce dimanche 3 septembre 2023, les 25 ans des concerts du dimanche. Pour cette occasion, ils proposaient le petit bijou de Haendel : Acis and Galatea. Une œuvre resserrée, absolument délicieuse par sa simplicité, son côté bucolique et sa réussite musicale. Le chef Andreas Spering et son orchestre Capella Augustina sont entrés dans ‘l’arène’ comme des lions en interprétant une ouverture foudroyante de part sa rapidité. Rien n’a été laissé au hasard pour ce concert : orchestre et solistes semblaient avoir suivi d’intenses répétitions. Une pratique devenue tellement rare depuis des années de disette où Lyon propose au public, en guise de concert, des répétitions (générales au mieux) par manque de temps et d’argent… Des solistes remontés à bloc donc, avec en tête un Andreas Wolf qui n’a fait qu’une bouchée du rôle du cyclope Polifemo, notamment en faisant véritablement swinger l’air ‘Cease to beauty’.

Charmante Galatea de la soprano Berit Norbakken et vaillant Acis du ténor Hugo Hymas. Excellent Damon de Joshua Ellicott que l’on ne présente plus tant il est sollicité pour les rôles haendeliens (nous le retrouverons très bientôt dans l’oratorio Samson à Stuttgart). Des solistes rejoint par un soutien de qualité, en guise de ripieno comme disent les italiens, le ténor Jonas Boy

A écouter ce dimanche 17 septembre 2023 sur la radio WDR3.

                                                 Ruggero Meli     

➡️ COLOGNE        20.VIII.2023 :   Dame Emma Kirkby, des retrouvailles émouvantes.

          Chaque année, le festival Felix de Cologne réserve son lot de surprises. Cet été, un concert tout à fait discret s'est tenu, en matinée, au musée Wallraf-Richartz. Il accueillait la venue exceptionnelle de la Reine du Baroque: la soprano Emma Kirkby. Les fans et les connaisseurs étaient au rendez-vous, portés par une affection toute particulière pour une artiste avec laquelle ils ont le sentiment d'avoir grandi, tout du moins grandi avec ses nombreux enregistrements de musique baroque. Une discographie foisonnante et une artiste qui a eu la chance d’enregistrer à tour de bras à une époque florissante du disque. Nous tous possédons un LP ou un cd que nous chérissons tout particulièrement de la divine Emma Kirkby. Alors, retrouver cette ‘petite’ dame, de 77 ans, en toute simplicité, toute jolie avec sa chevelure frisée au carré, s'est révélé être un moment particulièrement fort en émotion. Certes la voix s’apparente, désormais, davantage au language parlé qu’au chant, mais les airs, soigneusement sélectionnés, s’y prêtaient. Des songs de Haydn et de Purcell à l’atmosphère funèbre que la soprano a su rendre mystérieux et captivants. 

Elle alternait, pour l’occasion, avec la voix quelque peu stridente du contre-ténor Philipp Mattmann qui a su, cependant, trouver l’émotion nécessaire pour rendre justice à des airs tel que ‘Alto Giove’ ou ‘Verdi prati’. 

Après une standing ovation, les deux interprètes ont offert au public le fragile et céleste duo ‘De torrente’ tiré du motet Dixit Dominus de Haendel. Un moment de grâce.

Ils étaient accompagnés par le vaillant ensemble Ārt House 17 sous la direction du fascinant Michael Hell, dont la performance à la flûte dans le concerto de Sammartini nous a totalement bluffé.

                                                    Ruggero Meli

Emma Kirkby
Philipp Mattmann
Semele (Joélle Harvey) and Jove (Stuart Jackson). Photo : Richard Hubert Smith

➡️ GLYNDEBOURNE        26.VII.2023 :   Semele, la baba cool

          Hasard du calendrier, BAROQUENEWS assiste à sa troisième production de Semele de suite. Après Göttingen et Munich, voici que le festival de Glyndebourne propose sa version dans une mise en scène de Adele Thomas. Une vision d’abord froide, manichéenne, austère (teintes noires et blanches), au sein d’une communauté marmonne. Une référence, vraisemblablement, au film The wicker man de 1973. Semele se rebiffe et souhaite se libérer du carcan imposé par les siens. Nous sommes dans les années 60 - 70, propices à la libération de la femme et à la libération de l’amour voire sexuelle. Les couleurs deviennent subitement éclatantes. Notre Semele incarne une ‘baba cool’ qui souhaite s’émanciper, choisir qui elle veut aimer, faire fi des us et coutumes. La femme ose et s’affiche en grand, désinhibée : un lit floral gigantesque descend du ciel et flotte dans les airs à la verticale. Du plus bel effet. Semele et Jupiter sont enlacés tandis qu’elle chante son air libérateur ‘Endless pleasure’. Une version peace and love donc qui tend à montrer un affranchissement face au poids de la société et du joug masculin. Cependant, le danger de la censure et de la punition guette en permanence par le biais de Junon qui veille et redresse les torts. Dans le troisième acte, le magnifique parterre de fleur sera littéralement saccagé. La communauté condamnera l’écart : un bûcher sera érigé et Semele sera brûlée vive.

➡️ MUNICH        23.VII.2023 :   Démente Semele à Munich

          La folie, décidément un thème qui inspire bien des metteurs en scène. Après la folie d’Orlando et récemment la folie de Rinaldo à Halle, voici que Claus Guth nous propose celle de Semele. Et disons le d’emblée, le spectacle est tout bonnement formidable ! Dans ce spectacle, Semele imagine toute cette histoire ce qui va donner lieu à un tas de péripéties invraisemblables. Cependant, l’idée de l’affabulation totale de Semele, tend à annihiler cette délicieuse histoire qu’un Dieu tombe follement amoureux d’une mortelle. On ne nous dit pas non plus comment et pourquoi Semele est arrivée dans cet état de démence. Une explication en lien avec le livret aurait certainement renforcé le propos et surtout lui aurait donné davantage de crédibilité.  Mais laissez nous plutôt vous relater le travail de mise en scène.

Semele : Brenda Rae © Monika Rittershaus
Deianira : Miriam Kutrowatz, soprano

➡️ COLOGNE        17.VIII.2023 :   Steffani  La Lotta di Ercole

Une rareté à la Philharmonie de Cologne : une oeuvre d'Agostino Steffani, devant une salle désespérément vide. Un compositeur, dont le grand Haendel s´est largement inspiré. D'ailleurs nous avons été frappé par les similitudes de l'ouverture avec celle d'Orlando. Une oeuvre à l'inspiration variable qui a réservé quelques très jolis airs et un divin duo mais qui a suscité un certain ennui aussi. Certainement la faute au placement des solistes, mal audibles, qui chantaient derrière l'orchestre : une initiative peu heureuse. Côté solistes, nous ne retiendrons guère que le lumineux soprano de Miriam Kutrowatz mais aussi le crémeux du contralto de Xavier Sabata.  

➡️ SALZBOURG        09.VIII.2023 :   Orfeo à fleur de peau 

           Spectacle émouvant par sa grande sobriété mais aussi par ses contrastes marqués. Un décor unique : un intérieur dépouillé de tout élément. Seules des boiseries murales, rehaussées d’appliques luminaires, viennent habiller la pièce. Au centre, un escalier en bois mène à une paroi, blanche immaculée. Une paroi qui s’avérera amovible.

            Une symbolique manichéenne qui tranche le blanc du sombre, les cieux des enfers, la vie de la mort. Un Orfeo revêtu d’un costume noir mais une Eurydice en robe blanche.

poursuivre la lecture ici

© Monika Rittershaus

                                                                      Ruggero Meli 

➡️ LUXEUIL LES BAINS       23.VII.2023 :   Émotion au festival Musique et Mémoire

          Pour ses 30 ans, le festival a mis les petits plats dans les grands, en programmant, notamment, une œuvre rare et tellement émouvante : la pastorale Venus & Adonis de John Blow. Contemporaine du célèbre Didon et Enée de Henry Purcell, ce chef d’œuvre en revêt des similitudes troublantes. Il semblerait que Purcell se soit largement inspiré de l’œuvre de John Blow pour composer son opéra. Ironie du sort, l’œuvre de Blow est restée dans l’ombre tandis que celle de Purcell continue de briller sur les scènes internationales. Une injustice réparée par le festival Musique et Mémoire en cette soirée du 23 juillet 2033.
poursuivez la lecture ici

Ensemble Masques, Olivirer Fortin.  
Sophie Junker, soprano

➡️ NAMUR       06.VII.2023 :   Une Theodora à écouter agenouillé 

         Récemment BAROQUENEWS avait l’immense privilège d’assister à l’oratorio Theodora de Haendel à Anvers : une restitution empreinte de piété que l’on aurait pu écouter les yeux fermés (voir notre compte rendu). Le Grand Manège de Namur proposait cette même œuvre en ce jeudi 6 juillet 2023. Cette fois, l´oratorio aurait pu s’écouter à genoux ! En effet, le chef d’orchestre Leonardo Garcia Alarcon qui poursuit son cycle des grands oratorios de Haendel (après Saul, Samson, Semele, Solomon), frappe de nouveau très fort en s’attaquant à cette Theodora. Il réuni une distribution éblouissante, avec en tête de file une Sophie Junker vibrante d’émotion dans le rôle titre, un chœur de Namur éminemment brillant et un orchestre des plus séduisants. Une interprétation à fleur de peau, délicate mais à la force émotionnelle dévastatrice. Tous très inspirés, la distribution frise la perfection.

                                                                Ruggero Meli

➡️ FROVILLE          Festival du 03.VI au 09.VII.2023         

Quatre récitals de grande qualité : Marie Lys, Max Emanuel Cencic, Blandine De Sensal et Valer Sabadus.

         Le festival de Froville, réputé pour ses récitals baroques et notamment ses prestations de contre-ténors, n’a pas dérogé à la règle en cette vingt-sixième édition. En effet, une soprano, une mezzo-soprano et deux contre-ténors se sont particulièrement distingués.  A commencer par l’inattendue et talentueuse Marie Lys, qui remplaçait au pied levé Jeanine De Bique, initialement prévue. Accompagnée par le brillant ensemble Concerto Köln, la soprano a offert un florilège d’airs de Haendel. Un compositeur qu’elle affectionne particulièrement puisque BAROQUENEWS a pu notamment l’entendre dans des œuvres tel que Lotario, Giulio Cesare, Alcina, Il Trionfo del Tempo, etc… Impressionnante d’expressivité et de virtuosité, elle aura particulièrement marqué les esprits dans le récitatif et air d’Alcina « Ah Ruggiero…Ombre pallide ». Une fulgurance de réalisme et d’émotion.            

          Max Emanuel Cencic, quant à lui, a prouvé, si besoin en était, qu’il est au zénith de sa voix : impressionnantes cadences, graves veloutés, aigus brillants et virtuosité échevelée font son apanage. Malheureusement le programme proposé, certes intéressant du point de vue de la redécouverte de pieces rares de Bononcini (un rival de Haendel à Londres au début du XVIII° siècle), n’a suscité que peu d’enthousiasme voire provoqué un ennui profond. Des cantates, au nombre de quatre, à l’inspiration musicale limitée, chantées le nez dans la partition. Heureusement, l’interprète a pu sauver son concert grâce à trois bis tirés de l’opéra Griselda du même Bononcini.            

          Après Haendel puis Bononcini, le troisième récital mettait à l’honneur les tubes de Vivaldi, en compagnie de la gagnante du concours de chant baroque de Froville 2022 : Blandine De Sensal. Avec un mezzo de toute beauté, chaud et flexible, cette dernière a su magnifier ces airs en y apportant notamment une touche tout à fait personnelle dans des da capo élaborés et audacieux qui montraient l’étendue d’une star en devenir.

           Enfin, le contre-ténor Valer Sabadus refermait la marche de cette série de récitals avec panache et brio, dans un programme dédié aux airs du castrat Farinelli. Un programme qui rassemblait les plus grands compositeurs baroques tel que Gabrieli, Porpora, Vivaldi ou Haendel. Des airs enchanteurs et tellement touchants dans la bouche de cet interprète. Comment résister au délicat ‘Aure voi de’ miei sospiri’ (San Sigismondo) de Gabrieli, de ne pas être anéanti par l’ineffable ‘Alto Giove’ (Polifemo) de Porpora, ou fondre en entendant l’air de Vivaldi ‘Sento in seno’ (Il Giustino) ? Des airs éthérés violemment contrastés par des airs virtuoses tel que ‘L’angue offeso’ (Giulio Cesare) de Haendel mais surtout le fameux ‘Armatae face et anguibus’ (Juditha Triumphans) de Vivaldi dans lequel l’artiste est véritablement sorti de sa zone de comfort pour une interprétation fiévreusement virtuose et débridé notamment dans un da capo pyrotechnique exceptionnel. Un récital généreux et passionné qui a finit d’achever un public comblé par tant d’émotions.   

                                                                Ruggero Meli

Marie Lys, Max Emanuel Cencic, Blandine De Sensal & Valer Sabadus
Trio Musica Humana
Jonathan Cohen à la tête de l'ensemble Arcangelo

➡️ HARDELOT          Midsummer Festival 24-25.VI.2023         

Une expérience unique 

         Chaque année, fin juin, le château d'Hardelot célèbre l'arrivée de l'été au son de la musique baroque. Ce festival au nom poétique inspiré par Shakespeare et sa pièce AMidsummer Night's Dream explore les liens musicaux qui unissent la France et la Grande-Bretagne. Il se déroule au sein du magnifique théâtre élisabethain en bois édifié aux pieds des murailles du château et accueille les plus brillants artistes de la scène baroque actuelle dans une ambiance conviviale. Dans ce cadre idyllique et enchanteur, le public a la possibilité de profiter, en plus des concerts, des somptueux jardins attenants au château, ou de promenades autour du lac pour y admirer la faune et la flore de la région, du passionnant musée dédié à l'histoire du château, ou des expositions temporaires comme celle, fascinante, des portraits élisabéthains placés sous le signe du comte de fée au travers de l’imaginaire fantasque de Benjamin Lacombe (à voir absolument).                                                           

➡️ HALLE Festival Haendel - weekend n°1      26-29.V.2023 :   7 concerts d'exception !

Semele & Jupiter: Marie Lys, Jeremy Ovenden. © Alciro Theodoro da Silva

➡️ GÖTTINGEN        19.V.2023 :   Une Semele bien légère 

          Après l’excellent Hercules la veille de cette première de Semele, l’attente était grande et la pression s’est portée sur la nouvelle production de Georg Petrou qui s’était distingué (surtout musicalement) l’an dernier avec son Giulio Cesare. Cette fois, il nous propose un spectacle plus léger, avec des pointes d’humour (la relation presque sado-maso entre Junon et Iris) et quelques scènes loufoques (la vie nocturne voire de débauche face à une Junon de la haute société). On tremble face à la colère de Junon et et on se délecte de ses stratèges pour anéantir l’insouciante Semele. On s’émeut de la triangulaire amoureuse d'Ino, Athamas et Semele. Certes, l’ennui ne se fait pas ressentir mais le spectacle ne passionne pas pour autant. On attend, en vain, les trouvailles sensationnelles qui feraient réellement décoller le spectacle. On reste même surpris de revoir des scènes connues tirées d’autres mises en scène tel le coup de la carte tendue à Iris et que Junon remet à l’endroit pour souligner le caractère sot du personnage. Heureusement, un élément vient bousculer cette légèreté au travers du symbole fort de la femme présentée dans une cage à oiseau, à la disposition de l’homme. Un symbole fort en ces temps chaotiques dans lesquels certaines sociérés tentent de réduire voire priver les femmes de liberté.

                                                                Ruggero Meli

➡️ GÖTTINGEN       18.V.2023 :   Hercules ouvre le festival de toutes ses forces  

             L’oratorio Hercules, pourtant rarement donné, semble avoir le vent en poupe ces derniers temps. Après la production de Karlsruhe (février 2023) puis celle de Francfort (avril 2023), voici que l’œuvre est exécutée en version de concert en guise d’ouverture flamboyante du festival Haendel de Göttingen. Flamboyant à plus d’un titre : le chef George Petrou, à la tête du choeur NDR Vokalensemble et de l'orchestre du Festival de Göttingen a réalisé un travail remarquable de cohésion et de précision mais surtout insufflé un dynamisme et une ferveur qui magnifient l’œuvre. Peut-être aurait-il pu aller encore plus loin dans sa lecture (si le temps le lui avait permis) comme il l’avait brillament fait l’an dernier avec son Giulio Cesare (voir notre compte-rendu). Flamboyant aussi par la plateau vocal réuni pour l’occasion. A commencer par la très attendue Vivica Genaux dans le rôle de Dejanira. A côté de pages élégiaques, fragiles et toutes de délicatesses, telles que 'There in myrtle' ou 'Cease, ruler of the day', la mezzo-soprano sait aussi, comme personne, sublimer et dynamiser des airs tels que 'Resign thy club' avec une dextérité confondante, ou  la scène de folie 'Where shall I fly'. Une scène de folie transcendée par le savant contraste de la noirceur du timbre à la brillance des notes hautes. Une scène dont les toutes dernières paroles, assenées quasiment en voix parlée, finit par vous glacer le sang. On aurait peut-être aimé davantage de prise de risque. Récemment, Paula Murrihy allait plus loin encore dans cette scène à Francfort mais à contrario, elle ne possédait pas les notes graves de Vivica Genaux qui vous prennent aux tripes. 

        Ruggero Meli

Dejanira : Vivica Genaux© Christian Steiner
Jephtha: Andrew Staples, tenor
Iphis : Lexi Hutton, soprano © Adam Hills

➡️ BERLIN       07.V.2023 :   Jephtha tronqué

             Le maestro Christian Curnyn a eu bien du fil à retordre pour parvenir à rassembler les forces et la cohésion du chœur de l'orchestre de l'opéra Comique de Berlin. Peu disciplinés, ils frisaient l’amateurisme parfois. Cependant, après un début quelque peu chaotique, ils ont su trouver un certain équilibre et donner, heureusement, une certaine intensité à l’œuvre. Bizarrement, le choix a été fait de tronquer la plupart des récitatifs, d’où la durée restreinte de cette interprétation. La surprise est venue d’un jeune garçon de 12 ans environ qui, avec un aplomb déconcertant, s'est mis à raconter, sans aucunes notes, la trame de l’histoire. 

          Le plateau vocal réuni pour cette unique occasion s’est révélé de bonne facture. A commencer par le rôle titre, interprété par le ténor Andrew Staples qui conciliait savamment une voix virile et solide à celle d'une voix délicate et légère. Le point culminant a été l’air ‘Waft her angels’ : véritable prière, dans laquelle la voix s’est véritablement envolée avec une sidérante facilité (notamment dans la partie centrale) mais surtout avec une infinie sensibilité. Un moment élégiaque qui nous a donné le frisson. La voix, sur le fil du rasoir, fragile, prêt à basculer en voix de tête de contre-ténor, jamais n'a cédé à cette facilité. De mémoire, jamais cet air n’a été aussi divinement chanté. 

          A croire que cet air était contagieux, Lexi Hutton en Iphis, a enchainé un air du même acabit. En effet, l'interprète qui possédait la fraîcheur et la légèreté idéales du rôle d'Iphis, la fille de Jephtha vouée au sacrifice, nous a tiré les larmes dans son air d'adieu ‘Farewell’. La pureté de sa voix alliée à la sincérité de son interprétation ont eu raison d'un public tombé sous le charme de sa fragilité. 

          Belle surprise que celle du contre-ténor Key'mon Murrah dont le timbre chaud et la voix souple ont fait grand effet auprès d’un public, certes conquis mais frustré : il avait si peu à chanter. Pourtant le potentiel de ce chanteur semble énorme (la cadence spectaculaire de 'On me') avec ses accents à la Marilyn Horne. 

          Ezgi Kutlu, dans le rôle de Storge a fait preuve de bien d'efficacité avec cette voix un peu déstabilisante et aux registres peu homogènes. Elle s'en sert habilement pour conférer force et caractère à un personnage rongé par le tourment et ainsi porter  le drame à bout de voix. D'ailleurs le quatuor, remarquable de tension dramatique, a été sans conteste le paroxysme de l'oratorio. 

         Reste le cas du baryton basse Raimund Nolte, approximatif et peu en rythme, il n’avait heureusement qu’un seul air à chanter au tout début de l'œuvre. 

          Malgré un certain nombre d’écueils lors de cette interprétation, l’émotion, heureusement, était au rendez-vous d'un concert qui s'est achevé dans un ravissement bien inattendu avec l’arrivée en Deus ex machina d’un ange. En effet, un jeune garçon soprano (dont le nom ne figurait même pas sur le programme) nous a illuminé de sa touchante sincérité. Et avec toute son innocence, il nous a chanté son air jubilatoire 'Happy Iphis', dans lequel il annonce que cette dernière vivra heureuse. 

        Ruggero Meli

➡️ WINTERTHUR      14.V.2023 : Serse, complètement psychédélique 

              Deux blocs d'appartements qui se meuvent au gré des pièces occupées. L'un cossu, habité par le très élégant et fortuné Serse, l'autre plus chaotique, occupé par son frère et rival Arsamene, au look rock n'roll 'destroy', qui vit apparemment en cohabitation avec des acolytes plus extravagants encore. L'imbroglio amoureux peut alors commencer avec son lot de quiproquos et ses situations burlesques. Le tout réglé sur un rythme infernal sans jamais que le spectacle ne s'essouffle. La légèreté et le spectaculaire (une fête de mariage complètement loufoque voire déjantée) côtoient l'intimisme du désespoir ou de la rageuse jalousie des personnages. Un mélange savamment dosé par la metteuse en scène Nina Russi qui nous fait passer du rire aux larmes. 

De plus, le plateau vocal réuni pour l'occasion s'est révélé payant. Le Serse de Siena Licht Miller possède une certaine classe, pas mal d'aplomb et suffisamment de mordant pour rendre son personnage crédible. Elle nous a rappelé, dans une moindre mesure, au bon souvenir des superbes prestations de Malena Ernman. Son 'Ombra mai fu', délicat et poétique a convaincu,  tout comme les airs de bravoures tel que 'Crude furie' sans toutefois susciter d'enthousiasme particulier.

Serse : Siena Licht Miller © Herwig PrammerArsamene & Romilda : Simone McIntosh & Yewon Han
Raffaele Pe (Giulio Cesare) © Karl & Monika Forster

➡️ COLOGNE     6.V.2023 : Fantasque Giulio Cesare 

              Savant mélange de beauté esthétique (des paysages à couper le souffle), d’humour et de dérision (clowns, Tolomeo nu comme un vers, des éclats de rire communicatifs…) de costumes invraissemblables, de réelles émotions (certaines scènes sont bouleversantes). Voilà ce qu’a imaginé le metteur en scène Vincent Broussard pour valoriser l’opéra Giulio Cesare de Haendel à l’opéra de Cologne.            

           Extrêmement bien préparés en cette première d’une série de 8 représentations, tous les interprètes n’ont rien laissé à l’approximation. L’orchestre, principalement constitué d’instruments modernes, a révélé un tempérament fougueux et revitalisant sous la direction tonique du spécialiste baroque Ruben Dubrovsky, tandis que les chanteurs ont proposé des arias sophistiquées, émaillées de fioritures audacieuses et maîtrisées.

➡️ LYON     5.V.2023 : Fascinant Trionfo à l´auditorium de Lyon 

Jolie surprise que ce Trionfo del Tempo e del Disinganno à Lyon. Un concert unique largement plébiscité par un public totalement sous le charme de la musique du Caro Sassone et qui a obtenu un bis inattendu : le superbe quatuor ‘Voglio tempo’. Le chef Sébastien D´Hérin et son ensemble Les Nouveaux Caractères (excellents violoncelliste et premier violon entre autres), des habitués de Haendel, en ont donné une version à la tension dramatique serrée grâce à une distribution soigneusement choisie et particulièrement impliquée.  

Trois solistes d’exception dans les rôles de Disinganno, Tempo et Piacere, respectivement interprétés par Xavier Sabata, Kresimir Spicer et Luciana Mancini.  

Luciana Mancini chante Le Plaisir
Dejanira : Paula Murrihy © Monika Rittershaus

➡️ FRANCFORT      30.IV.2023 : Hercules minimaliste et avare 

Du point de vue du décor : quatre planches (faites de panneaux de bois à l'état brut, marron clair) encadrent la scène et assis sur un canapé, la statue d’Hercules trône sur le côté droit de la scène. Dans la deuxième partie, un panneau, qui a été retiré, laisse entrevoir un morceau de ciel, le canapé a disparu et une nouvelle statue d’Hercules se tient debout, toujours sur le côté droit de la scène. Un rideau couleur crème recouvre toute la surface du panneau de fond de scène. Les costumes sont quelconques, voire laids pour certains. 

➡️ LONDRES     24.IV.2023 : Emily D'Angelo flamboyante 

Quelques jours après la première d’Ariodante à Paris en version de concert forcée, nous retrouvons les principaux protagonistes de cette production en récital au Wigmore Hall de Londres. Un programme qui reprenait les highlights de l’opéra Ariodante, que se sont partagés la soprano Olga Kulchynska et la mezzo-soprano Emily D’Angelo. Toutes deux accompagnées, comme à Paris, par l’ensemble The English Concert et leur chef Harry Bicket. 

Deux concertos sont également venus agrémenter ce concert tout Haendel, l’un divinement interprété par Oliver Wass à la harpe et l'autre par le très  virtuose Tom Foster à l’orgue. Deux moments de grâce.  

Est-ce l’effet de la salle (intimiste) ou bien le fait que les interprètes soient en terre anglaise, ils nous ont parus bien plus toniques et enthousiastes qu’à paris. Bien sûr le programme était resserré et les pièces choisies bichonnées.  

La soprano Olga Kulchynska, divine Ginevra, s’est révélée bien plus en forme qu’à Paris, avec notamment des vocalises plus assurées. Malgré de beaux efforts de style et de technique, on sent bien que ce n’est pas une voix coutumière de ce répertoire. Reste que cette grande voix possède charme et prestance. 

Emily D’Angelo, en revanche, survole le rôle d’Ariodante et les qualificatifs laudatifs déferlent : aisance, panache, facilités, virtuosité, variété des couleurs, qualité du timbre. Bref, les capacités vocales sont immenses et elle nous en fait profiter largement notamment dans ses deux airs virtuosissimes ‘Col l’ali di costanza’ & ‘Dopo notte’. Très abouti également, son air déchirant ‘Scherza Infida’, dont elle pourrait encore pousser l’interprétation vers davantage d’intensité et de profondeur.  

Un concert qui a enflammé le Wigmore Hall de Londres, et fait briller le grand Haendel.  

Olga Kulchynska
Emily D'Angelo
Tolomeo : Jakub Orlinski
Francesco Corti dirige Tolomeo de Haendel

➡️ MADRID     23.IV.2023 : Divin Tolomeo 

Alors que l’opéra Tolomeo s’est toujours fait très rare, voilà qu’il trouve grâce auprès des organisateurs de concerts ces derniers temps : une production à Lübeck en 2020, une autre production à Karlsruhe en 2020 et 2022 (voir notre compte rendu), enfin, une tournée de cet opéra est prévue la saison prochaine avec notamment Christophe Dumaux.   

L’ensemble Il Pomo d’Oro, en tournée, proposait son interprétation de l’œuvre lors d’une halte au Teatro Real de Madrid. Œuvre à l’inspiration déséquilibrée, l’ennui y côtoyant le meilleur de Haendel. Le livret de Tolomeo, plutôt chiche, traite  essentiellement d’amour et de pouvoir.  

Une version de concert améliorée, notamment grâce à Jakub Orlinski, riche de son expérience scénique de Karlsruhe. Très à l’aise, à la différence des autres, il favorisait les déplacements sur scène, loin  sa partition. Avec son timbre de velours, il a livré une interprétation rageuse, vibrante et tendre à la fois du rôle. La scène de son empoisonnement a été particulièrement émouvante. Une voix limitée cependant dans son ambitus. On aurait pu espérer des cadences et autres fioritures hautes, en vain. 

➡️ PARIS     20.IV.2023 : Ariodante réduit au concert

Grosse frustration en cette première d’Ariodante au Palais Garnier. Alors que l’on se réjouissait de découvrir la nouvelle production imaginée par Robert Carsen, c’est à une version de concert que le public a été convié. Un mouvement de grève au sein du personnel du théâtre a eu raison du spectacle. Les artistes ne se sont pas démobilisés pour autant et ont donné le meilleur d’eux même en costumes de ville et en jouant leur personnage en bordure de scène devant l’immense panneau d’acier coupe-feu.  

La jeune Emily d’Angelo enchaîne les rôles haendéliens avec succès. Après Ruggiero (Alcina) à Londres, Serse à Pampelune, elle incarne avec panache le rôle d’Ariodante. Le timbre sombre et rageur côtoie des cadences hautes et vertigineuses, tandis que les vocalises sonnent faciles et fluides : les moyens sont immenses. Il ne manquerait plus qu’un peu plus d'investissement scénique. Après les prestations de Joyce DiDonato (phénoménale à Baden Baden) Emily Fons (grandiose à Göttingen), de Mariana Crebassa (somptueuse à Bordeaux), difficile de choisir. 

Ariodante : Emily D'Angelo
Polinesso : Christophe Dumaux © Pierre Touret
Cecilia Bartoli chante Rosina ©OMC – Marco Borrelli

➡️ MONTE-CARLO     16.IV.2023 : Un Barbier au cinéma 

Rolando Villazon a placé son Barbiere di Siviglia au coeur du cinéma d'antan. Il nous fait revivre avec nostalgie et humour tous les grands noms qui ont marqué le grand écran, tel Chaplin ou Nosferatu, etc... Le tout orchestré par un technicien Arnoldo incarné par le fameux Arturo Brachetti et son incomparable houppette, attachant et tellement irrésistible. Passionné de cinéma et fan inconditionnel de l'actrice Rosina (Cecilia Bartoli), il se délecte de revoir les scènes mythiques (en pirate, en Cléopâtre, etc...). Il le vit de façon tellement intense, que les personnages de films vont prendre soudain vie. Il devient alors un personnage à part entière du film et devient le soutien de Rosina. 

Un hommage pétillant au 7° Art, qui nous rappelle avec grand bonheur le film Cinema Paradiso. 

Les gags se succèdent dans un rythme infernal. Parfois ingénieux, comme le fait de lancer un objet sur scène et de le voir rattraper dans le film qui est projeté sur les façades des maisons ou bien le fait de voir Bartolo s'engouffrer et disparaître dans l'immeuble puis de le voir gravir les marches de l'escalier intérieur par projection (comme si nous avions le don de voir à travers les murs). Parfois lourdaud ou trop prédictible comme lorsque Arnoldo fait tomber un objet et se convulse de douleur après se l'être pris sur le pied ou le jet systématique et répétitif du jet de poulet en plastique. Après tout, ce "manque de subtilité" fait aussi référence aux débuts du comique dans le cinéma muet. Très franchement, on s'amuse et on rit de bon cœur. 

 Poursuivez la lecture ici

➡️ LUXEMBOURG      17.IV.2023 : Le chef Gardiner transcende la Messe en si de Bach 

On ne saurait qui choisir après avoir entendu les interprétations flamboyantes de Marc Minkowski, de Thomas Hengelbrock et maintenant de John Eliot Gardiner qui dirigeait ce monument de la musique sans partition. Mention spéciale au Monteverdi Choir dont le son unique au service d'une fiévreuse interprétation nous a fait décoller de notre fauteuil. Un grand frisson ininterrompu d'une heure cinquante. 

Les solistes, sortis du chœur, ont surpris par leur niveau d'excellence. Nous avons pu reconnaître (alors que rien ne l'indiquait sur le programme de salle) les excellents Reginald Mobley (divin 'Agnus Dei') ou bien encore le non moins excellent ténor Nick Pritchard. Mention spéciale attribuée à la soprano Hilary Cronin et au ténor Jonathan Hanley. Tous deux ont fait forte impression. 

L'an prochain, le public devrait goûter à l'interprétation de Raphaël Pichon. Dommage que l'on ait manqué celle de Teodor Currentzis qui était prévue cette saison, puis annulée, certainement suite aux évènements Russo-Ukrainiens. 

The Monteverdi Choir & Orchestra
Morgana : Tania Lorenzo Castro © Ingo Hoehn
L'affiche de l'opéra Alcina (Marcela Rahal, la tête en bas)

➡️ LUCERNE      15.IV.2023 :   Alcina déconstruite

Drôle d'Alcina au théâtre de Lucerne, surtout dans la seconde partie, dans laquelle les créateurs de ce spectacle semblent s'être amusés à déplacer de façon aléatoire l'ordre des airs, comme si ces derniers avaient été placés dans un sac puis tirés au sort un à un. Une façon peut-être d'appuyer le parti pris de ce spectacle qui mélange allégrement les types de costumes, d'époque, de temps, d'espace, de langues et même de musique (avec un air de Michel Lambert 'Vos mépris chaque jour'), etc... comme pour montrer que cette problématique de l'amour accompagnée de ses affres existe depuis la nuit des temps mais que nous avons désormais atteint un monde où tout est déconstruit, où le genre n'a plus sa place (chacun peut aimer qui il souhaite) loin du couple traditionnel. Un spectacle certes déconcertant mais qui se laisse apprécier et découvrir grâce à ses nombreuses surprises. Seule ombre au tableau : la robe d'Alcina à la forme d'une vulve géante.

Côté solistes, gros coup de cœur pour la Morgana de Tania Lorenzo Castro, touchante voire bouleversante et tellement crédible dans ses deux airs déchirants 'Credete al mio dolore' & 'Ama, sospira'. Une aisance naturelle qui la pousse à réaliser des figures gracieuses et acrobatiques perchée dans le vide, à l'intérieur d'un anneau. Absolument bluffante. Elle nous a offert en prime un feu d'artifice de vocalises et de variations tout à fait personnelles dans le très attendu 'Tornami a vagheggiar'. 

A ses côtés, Marcela Rahal a fait preuve de bravoure et de panache dans le rôle de Bradamante grâce à une voix solide et veloutée. Quel dommage qu'elle ait dû couper ses vocalises par manque de souffle. 

Même si la soprano Eyrun Unnarsdottir, qui alternait avec l'excellente Elizabeth Bailey (que nous avions pu admirer à Kassel dans ce même rôle) n'est pas parvenue au même niveau d'excellence que sa collègue, elle n'a pas démérité pour autant en nous faisant profiter d'une interprétation intense voire vibrante de cette femme blessée.

Belle performance du ténor Younggi Moses Do (qui alternait avec l'excellent Ziad Nehme, que nous avions découvert dans l'oratorio Il Trionfo del Tempo dans ce même théâtre l'an dernier) que nous avions déjà apprécié dans ce même rôle à Kassel. On retiendra son air 'Un momento di contento' tout en émotion et si délicat. 

Enfin seule Solenn' Lavanant Linke nous a laissé quelque peu sur notre faim dans le rôle de Ruggiero. Non pas qu'elle n'ait pas une belle voix mais elle n'était pas vraiment adaptée au rôle : trop légère, en manque d'héroïsme et de virilité vocale. 

A noter l'absence de deux rôles dans cette production : celui de Melisso et celui d'Oberto. 

➡️ BADEN BADEN      8.IV.2023 : Triomphant Trionfo !

On ne répètera jamais assez combien cette œuvre allégorique de Haendel 'Il Trionfo del Tempo e del Disinganno' possède ce quelque chose de magique : une musique sublime et variée au service d'un livret enchanteur. En effet, La Beauté pense qu'elle sera belle et éternelle toute sa vie, encouragée par Le Plaisir, tandis que Le Temps et La Désillusion les mettent en garde et tentent de leur ouvrir les yeux. Une trame d'une simplicité confondante mais qui nous rappelle la fin funeste qui attend chacun de nous. D'ailleurs l'oratorio se termine sur un air d'une tristesse infinie accompagné des pleurs délicats du violon solo. Un air, lors de cette interprétation, que la soprano Elsa Benoit a transcendé en y distillant le crémeux de sa mezza voce ainsi qu'une intensité toute en retenue. Un final, beau à en mourir.    suite du compte rendu ici

Elsa Benoit, soprano

➡️ HARDELOT     23.VI - 01.VII.2023 : Une palette musicale baroque franco-anglaise

Depuis quelques années le festival Midsummer Music se distingue par une programmation originale qui met véritablement en appétence. Le tout dans un cadre paradisiaque : un théâtre élisabéthain en bois édifié aux pieds des murailles du château d'Hardelot. Cette année encore, la programmation est fort attrayante avec la présence de la fine fleur baroque anglaise et française : l'ensemble Arcangelo et son chef Jonathan Cohen, dont on a tant apprécié la Theodora tout récemment (voir l'article ci-dessous), l'ensemble Correspondances et son chef charismatique Sébastien Daucé, le trio Musica Humana, l'ensemble Les Surprises et bien d'autres... Les compositeurs qui seront à l'honneur seront, sans surprises, Haendel, Byrd, Blow, Charpentier, Lully, Rameau, etc...

Une jolie façon de fêter l'arrivée de l'été.

➡️ ANVERS     30.III.2023 : une Theodora à en fermer les yeux

Certainement l'œuvre la plus empreinte de spiritualité et de recueillement de la part de Haendel, Theodora était à l'affiche de la salle DeSingel à Anvers ce jeudi 30 mars 2023. Et c'est justement ce que sont parvenus à faire Jonathan Cohen et ses forces chorales et orchestrales Arcangelo. Ensemble, ils ont su porter l'œuvre à un degré de sensibilité, de délicatesse et d'émotion rarement atteint, tout en conservant une certaine sobriété et simplicité. Un dosage subtil pas si simple à réaliser. 

Pour l'occasion, le chef britannique s'est entouré d'une fine équipe de solistes, tous très inspirés et éminemment délicats (sauf le tyran Valens bien entendu). 

Saluons le divin soprano de Louise Alder, dont la Theodora nous a particulièrement ému notamment dans l'air déchirant 'With darkness deep' aux variations douloureuses, pour ne citer que celui-ci. Elle était épaulée par la très rare et non moins talentueuse Anna Stéphany dans le rôle d'Irene, bouleversante de sensibilité, touchante de simplicité et de noblesse de chant. Quel beau mezzo en plus du reste ! Chacune de ses interventions (5 airs et 1 duo) aurait pu être marqué d'une pierre blanche, notamment l'air "New scenes of joy", à la joie toute voilée. 

Le contre-ténor Tim Mead, qui ne cesse de se bonifier, nous a offert un Didymus à la force tranquille, délicat mais déterminé. Ses deux duos, en compagnie de Theodora, ont dû tirer plus d'une larme à la salle. 

Malgré quelques défauts techniques et un rôle un peu court (deux airs seulement), le ténor Stuart Jackson a dépeint un touchant et solide Septimus. Quant à Valens, un rôle virtuose qui requiert une grande agilité et un tempérament de feu, des qualités dont le baryton-basse Adam Plachetka n'a pas manqué. Semblable au fameux chanteur de Haendel : Boschi, dont on disait qu'il semblait toujours en colère, son "Racks, gibbet, sword and fire" notamment, a particulièrement impressionné par la véhémence et le caractère autoritaire qu'il y a insufflé. 

Enfin, mention spéciale au chœur Arcangelo, admirable de cohésion et bien chantant. 

Standing ovation amplement méritée pour l'ensemble des artistes, pour avoir fait vibrer la salle de bonheur pendant deux heures trente (quelques coupures à déplorer tout de même).

Louise Alder (Theodora) © Chris Christodoulou
Tim Mead, Anna Stéphany & Louise Alder © lukas beck 
Ensemble Arcangelo © lukas beck

➡️ KEMPEN       26.III.2023 : Dmitry Egorov, un contre-ténor génial mais tout en discrétion. Music for a while

Connaissez-vous le contre-ténor Dmitry Egorov ? 

Loin des paillettes et des pirouettes de cirque dont la nouvelle génération de contre-ténors semble se délecter, il existe un contre-ténor de grande qualité, sinon le meilleur de sa génération qui, depuis une vingtaine d'années, chante sur toutes les scènes d'Allemagne. Il est étonnant que peu d'auditeurs, même les plus éclairés, n'en connaissent même pas le nom. BAROQUENEWS le suit depuis plus de dix ans et a pu s'extasier à chacune de ses brillantes prestations notamment dans des rôles tels que Amadigi à Mayence, Nireno à Francfort et à Dresde, Giulio Cesare à Fribourg, Le Messie à Munich dans une déchirante mise en scène de Torsten Fischer, Radamisto à Francfort, la sorcière dans Saül à Eberbach, Les trois sœurs de Peter Eötvös à Francfort, Andronico de Tamerlano à Francfort, Le Serpent de Bronze de Zelenka également à Francfort, etc...

Il est vrai que son disque solo Il Primo Uomo, pas très abouti, n'est absolument pas représentatif de ses capacités vocales en live. 

A Kempen, il nous offrait un récital tout en retenue, empreint de recueillement et de simplicité, sans chichis, ni fioritures. Un pari risqué, à l'opposé de tous les récitals que l'on peut entendre de la part de ses collègues (qui font alterner airs lents et airs virtuoses), mais payant. Sa sincérité, la profondeur d'un chant au service du texte et l'abandon avec lequel il a interprété ces airs ou songs de Purcell, Byrd, Dowland, Pergolèse et Haendel nous ont touché en plein cœur. Un récital qui aurait pu s'intituler 'Prière' tant il était empreint de piété et qui s'écoutait les yeux fermés. 

Il était accompagné pour l'occasion par trois talentueux musiciens : Werner Matzke au violoncelle baroque, Andreas Nachtsheim au luth et Ute Gremmel-Geuchen au clavecin. 

Merci à eux quatre pour ce merveilleux concert. 

Dmitry Egorov, contre-ténor
Marco Angioloni
La Grande salle des Croisades au Château de Versailles

➡️ VERSAILLES        25.III.2023 : Le très rare Poro de Haendel enflamme la Grande Salle des Croisades 

Le chef et ténor Marco Angioloni a offert au public versaillais une interprétation enflammée du très rare opéra Poro de Haendel. Est-ce l'effet de cette salle toute de boiserie, et à la dimension modeste ? L'orchestre sonnait comme s'il avait été constitué d'une centaine d'instrumentistes ! Il faut dire que la direction était particulièrement tonique avec des intermèdes musicaux aux effets flamboyants tandis que solistes et orchestre semblaient extrêmement bien préparés, avec un enregistrement cd  à la clé. 

Côté solistes, les deux contre-ténors Christopher Lowrey et Paul-Antoine Benos-Djian se sont distingués par leur engagement et leurs prouesses techniques. 

Honorables prestations de la part de Giuseppina Bridelli et de Lucia Martin Carton, respectivement dans les rôles d'Erissena et de Cleofide, mais sans plus. 

Dans le rôle d'Alessandro, le plus intéressant de la partition (un rôle de baryténor, absolument fascinant et brillant), Marco Angioloni n'a pas totalement convaincu. Certes, il faut saluer la clarté de sa diction ainsi que ses capacités virtuoses mais les notes extrêmes faisaient défaut. Or c'est bien là l'intérêt de ce rôle : pouvoir entendre pleinement ces notes graves en opposition à la tessiture de ténor (et pouvoir même y ajouter des cadences vers le haut). Un rôle qui nécessite un ambitus encore plus long. 

Dommage qu'aucun air n'ait été attribué à l'excellent baryton-basse Alessandro Ravasio, cantonné à quelques récitatifs et ensembles, surtout lorsque l'on sait qu'Haendel avait repris l'œuvre à la fin de l'année 1731 en y ajoutant 3 airs de basse pour Montagnana. 

A noter que la plupart des da capo sont passés à la trappe lors de ce concert. L'enregistrement cd devrait être complet. 

➡️ NANCY       21.III.2023 : Iphigénie en Tauride : dans la peau d'une enquêtrice 

Un univers pesant, des êtres traumatisés qui tentent de se reconstruire au sein de ce qui pourrait s'apparenter à une secte dans une demeure laissée à l'abandon ou détruite par une guerre ou une persécution. Dans la seconde partie Iphigénie, cloîtrée dans une chambre transformée en bureau d'enquêtrice, semble pousser la recherche de son frère à l'extrême. Une quête folle, lancinante et compulsive avec des centaines d'articles et de documents affichés sur tous les murs. 

Pourtant c'est la scène "d'amour" entre Pylade et Oreste qui aura retenu toute notre attention avec le sublime "Unis dès la plus tendre enfance". Enchaînés de part et d'autre de la scène, ils parviennent à se rejoindre pour une dernière déchirante étreinte. 

Une mise en scène qui marche assez bien au service d'une équipe de chanteurs plutôt de bonne qualité. On passe un bon moment mais le spectacle et la distribution ne passionnent pas pour autant. 

photo © Jean-Louis Fernandez
photo © Edourad Brane

➡️ LUXEMBOURG    22.III.2023 : Julia Lezhneva triomphe dans Cosi fan tutte

Giovanni Antonini entouré d'une fine équipe de solistes talentueux dont la divine Julia Lezhneva, a offert au public luxembourgeois une brillante interprétation de l'opéra Cosi Fan Tutte de Mozart. Une version semi-scénique truculente, absurde, délicieusement décalée, autour d'une planche à repasser et des robes de mariées. Tous irrésistibles (Emöke Barath absolument bluffante en Dorabella , Sandrine Piau faisant le show en Despina, touchant Ferrando d'Alasdair Kent, solide Guglielmo de Tommaso Barea), et chacun à sa façon a contribué à la réussite du chef d'œuvre de Mozart. La palme revenant à la fascinante Julia Lezhneva, qui a marqué chacune de ses interventions par une implication naturelle et percutante. Seul bémol à cette distribution d'exception, le baryton-basse de Konstantin Wolff, dont la voix fait état désormais de bien des faiblesses et aigreurs. 

Passionnant, nous n'avons pas vu passer les 3h de spectacle. 

➡️ BEAUNE FESTIVAL BAROQUE & ROMANTIQUE    JUILLET 2023 : Une programmation pas très enthousiasmante

Beaune vient de dévoiler la nouvelle programmation de son festival et à la lecture des 4 week-ends proposés, on serait presque déçu. En tous cas pas de quoi déclencher un enthousiasme particulier. Certes, la Theodora par Alarcon constitue un attrait majeur, mais il est possible de voir ce concert deux jours avant dans la merveilleuse salle du Manège de Namur, avec des conditions d'écoute autrement meilleures. 

La série des récitals verra le retour du contre-ténor Paul-Antoine Bénos-Djian (pour la troisième fois) mais aussi de l'incontournable Andreas Scholl qui clôturera le festival. Le public pourra également apprécier les récitals d'Eva Zaïcik et de Anthea Pichanick. 

Poursuite du cycle Monteverdi avec Les Epopées et Stéphane Fuget, cette fois avec Le Couronnement de Poppée. 

Deux œuvres de Purcell : l'incontournable Didon et Enée sous la baguette de William Christie et des Odes dirigées par Paul McCreesh. 

Il y aura aussi l'opéra L'Olimpiade de Vivaldi dirigé par Jean-Christophe Spinosi, ainsi que des oeuvres baroques françaises comme le Te Deum de Charpentier sous la direction de Valentin Tournet et une nouvelle symphonie imaginaire de Rameau par Marc Minkowski.

➡️ PARIS THEATRE DES CHAMPS ELYSEES    SAISON 2023-2024 : De beaux concerts en perspective

On l'attendait, le théâtre des Champs Elysées vient de dévoiler sa nouvelle programmation et comme à son habitude fait la part belle à la musique baroque et à Haendel en particulier avec pas moins de 4 opéras en version de concert, dont un Giulio Cesare avec la merveilleuse Cecilia Bartoli en Cleopatra, Rinaldo avec Carlo Vistoli, Berenice avec Sandrine Piau, Tolomeo avec Franco Fagioli, un concert instrumental sous la baguette de Ton Koopman, les récitals de Marina Viotti et Julie Roset, etc... Jean-Christophe Spinosi quant à lui, s'emparera de L'Olimpiade de Vivaldi. 

La musique baroque française sera également de la fête avec notamment Les Boréades de Rameau, l'Iphigénie de Campra, Alceste puis Atys de Lully, David et Jonathas de Charpentier...

Côté british, le public pourra entendre deux interprétations de Didon et Enée de Purcell, dont une avec Joyce DiDonato, l'autre dirigée par William Christie. 

Côté germanique, deux incontournables de J.S. Bach : l'oratorio de Noël et sa Saint Matthieu. 

Le TCE fêtera aussi les 20 ans de l'ensemble Opera Fuoco.

Enfin signalons, les récitals de Philippe Jaroussky, Franco Fagioli, Christophe Dumaux, Eva Zaïcik, Bruno De Sa...

➡️ INNSBRUCK FESTIVAL    11.VII - 29.VIII.2023 : Vivaldi à l'honneur !

Avec pas moins de trois opéras à l'affiche et divers concerts, le Festival de musique ancienne d'Innsbruck met à l'honneur Il Prete Rosso cet été : La fida Ninfa, L'Olimpiade et Juditha Triumphans. Dommage qu'il faille passer tout le mois d'août sur place pour pouvoir tout voir. 

Côté récital, notons celui de la soprano Francesca Aspromonte, celui de la soprano Giulia Semenzato, et celui de la mezzo-soprano Marianne Beate Kielland, sans oublier le passionnant Concours Cesti. 

Signalons aussi une rareté : l'oratorio Rex Salomon de Tommaso Traetta sous la direction de Christophe Rousset.

➡️ LONDRES     18.III.2023 : le très rare Scipione clôturait le Festival Haendel

Une interprétation bien agréable de cette œuvre si rarement donnée mais qui a révélé des carence en matière théâtrale. Il faut dire que l'acoustique ne valorisait pas vraiment les solistes, qui de surcroît chantaient derrière l'orchestre, quand ce dernier jouait tout à fait contre le premier rang du public. 

La distribution, intéressante, réunissait des interprètes britanniques tel que la divine soprano Mhairi Lawson en Berenice, trop sage peut-être. Un commentaire qui s'applique à l'ensemble de la distribution : de belles voix mais la théâtralité a eu tendance à faire défaut. 

➡️ FERRARE     17.III.2023 : Catone de Vivaldi, court mais efficace

Une version de Catone écourtée était proposée au théâtre de Ferrare ces 17 et 19 mars 2023 dans un décor unique d'un salon cossu et élégant au design épuré, moderne, et aux lignes architecturales répétées en perspective. Une jolie façon de revisiter les fameux châssis alignés en perspective sur les scènes des théâtres du XVIII° siècle. 

Deux rideaux immenses permettent de séparer le salon d'une plage en bord de scène, jonchée de rochers. Les costumes, au design recherché, opposent les blancs aux noirs comme sur un échiquier. Les conflits font rage et l'on ne s'ennuie pas. 

En 1h40 de temps, chaque personnage n'aura qu'un seul, voire deux airs à chanter. Difficile de briller dans ces conditions. C'est pourtant ce qu'a fait Miriam Albano dans le rôle d'Emilia, en grande tragédienne et à la virtuosité débridée. Catone, chanté par le ténor Valentino Buzza s'est également distingué grâce à une interprétation à fleur de peau. Le reste de la distribution était plutôt convaincant sans toutefois déclencher de coup de cœur. Le chef Federico Maria Sardelli, passionné, a su rendre justice à l'œuvre même à la tête d'une formation restreinte. 

➡️ METZ     15.III.2023 : Un Mendelssohn survolté

Pour fêter les 30 ans de son ensemble Accentus, Laurence Equilbey mettait au programme des œuvres flamboyantes de Mendelssohn, dont la superbe 'La première nuit de Walpurgis'. Ces artistes n'ont pas lésiné sur les grands moyens : orchestre et chœur volumineux et une distribution de haute volée. Avec notamment le phénoménal Florian Sempey, vibrant d'expressivité et doté d'une projection à vous faire trembler. Les autres solistes de la soirée n'ont pas démérité face à ce colosse du chant, en l'occurrence Hélène Carpentier, Hilary Summers et l'impressionnant Stanislas de Barbeyrac. Jamais cette cantate profane n'aura été si bien interprétée. 

Un anniversaire tonitruant qui a fait trembler les murs de la salle de l'Arsenal de Metz.  

Un spectacle que nous avions déjà eu l'occasion de subir à Nuremberg il y a cinq ans. Sur scène une piste de skateurs et toute la panoplie des "djeuns branchés" : joggings, baskets, couleurs flashy, boule à facettes, spots, gestuelle de banlieue, vulgarité, invectives. Les deux frères, Serse et Arsamene se disputent l'amour de la belle Romilda. 

suite du compte rendu ici


photo © Lucy Leung 
r

➡️ KARLSRUHE      II.2023 : Marée haute et marée basse pour le festival Haendel 

Bilan globalement satisfaisant pour cette nouvelle édition du festival Haendel de Karlsruhe mais avec quelques bémols parfois. Superbe mise en scène au service d'Hercules, mais déroutant Ottone. Superbe récital de Shira Patchornik ainsi que de Carlo Vistoli et de Roberta Mameli (accompagné d'un orchestre pas vraiment à la hauteur). Enfin une Resurrezione sauvée par un contre-ténor. Voyez les détails en cliquant sur chaque performance ci-dessous :  

➡️ FRANCFORT    10.III.2023 : Un spectacle à l'esthétique séduisante mais sans direction

Drôle de mélange esthétique dans cette nouvelle production de l'opéra Orlando de Haendel qui mêle costumes baroques du XVIII° siècle à des costumes contemporains, parfois réussis comme ceux des danseurs avec leurs manches gigot, parfois douteux comme celui de Dorinda avec sa marinière accompagnée d'une jupe à paniers ou bien le pantalon de Medoro au motif pied de poule associé à une redingote.

photo © Barbara Aumüller
photos © Thilo Beu

➡️ BONN    9.III.2023 : une Agrippina bien mitigée

Agrippina en demi teinte à Bonn avec l'impression que le spectacle n'a pas su réellement se positionner : on passe facilement de blagues potaches à de l'humour lourd voire de mauvais goût, idem pour les costumes, idem pour les décors. Pire encore, on a le sentiment d'avoir affaire à de l'amateurisme puis à du grand art. Les prestations vocales, elles aussi, nous ont réservé les montagnes russes. Superbe prestation de Pavel Kudinov qui incarnait un Claudio sous les traits d'un Donald Trump, ringard et suffisant à souhait mais tellement bien chantant. Intéressante Agrippina par la soprano Karole Pavone qui remplaçait sur le côté de la scène la soprano Louise Kemeny souffrante. Jolie mais minuscule voix que celle de Lada Bockova en Nerone. Un air tel que "Come nembo" ne peut décoller quand il n'y a plus de piani ni de forte possibles. La Poppea d'Ava Gesell convainc peu (son grand air à vocalises que l'on attendait "Se giunge un dispetto" a d'ailleurs été coupé). Quant à l'Ottone de Terry Wey, il faut aimer les voix de contre-ténors grinçantes voire stridentes parfois. Les trois petits rôles de Narciso, Pallante et Lesbo, respectivement chantés par Charlotte Quadt (excellente), Carl Rumstadt et Martin Tzonev étaient absolument irrésistibles même si parfois ils abusaient de grosses ficelles humoristiques. On se souvient bien du baryton-basse Martin Tzonev, chanteur en troupe à Bonn, qui nous avait enchanté dans le passé dans d'autres œuvres de Haendel : Belshazzar, Jephtha, Ezio ou encore Serse.

➡️ FROVILLE 2023 : Rien de bien passionnant

Le festival de Froville vient de dévoiler une programmation peu enthousiasmante. En effet, à part le superbe récital de Jeanine De Bique à ne manquer sous aucun prétexte (voir notre compte rendu du Mosel Festival), et la venue des contre-ténors Max Emanuel Cencic ainsi que celle de Valer Sabadus, le reste est loin de susciter un engouement particulier. 

➡️ METZ   5.II.2023 : God save the King!

Hervé Niquet, un habitué de la ville de Metz et de l'Arsenal en particulier, faisait sonner, grand et fort, les 4 Antiennes du Couronnement ainsi que le Te Deum de Dettingen de Georg Friedrich Haendel. A la tête de son ensemble orchestral et choral Le Concert Spirituel, il donne une version grandiose de ces œuvres festives et royales. Ici, pas de solistes (alors que la partition du Te Deum en requiert), l'ensemble des interventions revient au chœur : splendide de cohésion et de force sonore au point de faire trembler la salle. 

➡️ TEL AVIV   19 & 21.II.2023 : superbe ARIODANTE

Reprise du magnifique spectacle créé initialement il y a quelques années à Vienne par le très inspiré David McVicar, dans une ambiance hivernal de château fort écossais. Une esthétique élégante et raffinée dans un contexte de trahison et de tromperie sournoise. La distribution israélienne bien différente, n'a rien à envier à celle viennoise. Sarah Connolly en difficulté laisse place à une Cecelia Hall bien chantante mais lisse, on aurait aimé davantage de passion et d'éclats dans son chant. Nicholas Tamagna sadique et perfide à souhait comme l'était l'excellent Christophe Dumaux. L'excellente Chen Reiss en Ginevra laisse sa place à une autre excellente soprano israélienne Daniela Skorka, révélation de la soirée. La seule rescapée de la distribution sera Hila Fahima dans le rôle de Dalinda, dont la prestation honnête culmine dès lors qu'elle fait jouer l'éclat de ses notes suraiguës. Excellent Ed lyon en Lurcanio. Enfin un grand plaisir de retrouver la solide basse italienne Ugo Guagliardo dans le rôle du roi. 

Jeanine De Bique, Nitocris
Robbert Murray, Belshazzar
photos © Werner Kmetitsch

➡️ VIENNE   22.II.2023 : BELSHAZZAR ou la pénurie d'eau

Le roi Belshazzar s'est accaparé de toutes les ressources en eau pour les réserver exclusivement à son peuple protégé par les murailles de son château pendant que dehors la population se meurt. Cyrus & Gobrias imaginent un plan pour sauver leur peuple. Voici le spectacle savamment imaginé par Marie-Eve Signeyrole qu'elle nous propose de suivre par le biais de la caméra intrusive d'un journaliste à l'affut de spectaculaire. Les gros plans sont les bienvenus dans cette salle immense et provisoire (en attendant la réfection du Theater an der Wien) ainsi que la sonorisation des artistes. Le spectacle passionnant, se laisse regarder tel un reportage télévisé. Mention spéciale à la soprano Jeanine De Bique dans le rôle de la mère de Belshazzar : Nitocris. Tragédienne et émouvante à souhait elle transcende le personnage. Vivica Genaux dans le rôle de Cyrus mène la lutte avec sa voix de guerrière. Quant à Eva Zaïcik en Daniel aveugle, elle se distingue par sa douce sagesse et sa voix de miel. La très bonne surprise est venue de la baguette de Christina Pluhar à la tête du choeur Arnold Schoenberg et de son ensemble l'Arpeggiata qui a magnifié la partition de Haendel, tambourin battant (un peu trop d'ailleurs). 

➡️ DETMOLD   3.III.2023: SERSE, une grande réussite !

Brillant spectacle de l'opéra Serse de Handel à Detmold mis en scène par un Kay Link très inspiré : désopilant à souhait avec de nombreux rebondissements et surprises dans un contexte de création artistique. Très bien chanté et joué, on ne voit pas passer les 2H40 de spectacle tant on s'amuse. Mention spéciale au contre-ténor Maayan Licht dans le rôle-titre et de la soprano Stephanie Hershaw dans le rôle de Romilda. 

Maayan Licht, Sersephoto © Lina Pris/Landestheater Detmold

➡️ GÖTTINGEN      V.2023 : Moins de concerts mais une splendeur !

Cette année le festival de Göttingen a réduit le nombre de ses concerts mais la qualité est au rendez-vous. Deux oratorios au programme, et tous deux mis en scène. Deux distributions alléchantes avec les noms de Marie Lys, Vivica Genaux, Andreas Wolf, etc... sous la direction du plus flamboyant des chefs baroques Georg Petrou. Des noms qui devraient faire affluer les fans. 

Sandrine Piau & Karina Gauvin 
Cyrille Dubois & Jérôme Boutillier

➡️ PARIS   28.I.2023 : un gala Mozart éblouissant 

L'excellent ensemble Le Concert de la Loge sous la direction de son chef Julien Chauvin nous a offert un petit bijou de concert Mozartien. Une sélection des meilleurs airs et ensembles vocaux ainsi que des plus belles pièces orchestrales du génie autrichien. La distribution, prestigieuse sur le papier, n'a pas déçue, bien au contraire. Le public s'est régalé par les prestations brillantes des sopranos Sandrine Piau et Karina Gauvin, toutes deux en pleine forme. Eclatantes de virtuosité et de sensibilité, elles ont notamment magnifié des pages extraites des Noces de Figaro ou de Cosi fan tutte. Epatant Cyrille Dubois, tout d'émotion et d'expressivité, au point de nous tirer des larmes dans l'air "Un aura amorosa". Enfin, Jérôme Boutillier, qui remplaçait Robert Gleadow souffrant, a bluffé le public par son aplomb et son show irrésistible sur scène. La voix, insolente et éclatante de santé a terminé d'achever un public en totale extase. 


➡️ TOURS: Trois concerts d'exception

Le festival Concerts d'Automne offre comme chaque année des concerts d'exception. Le week-end du 14 au 16 octobre 2022 était tout bonnement somptueux. 


Vendredi 14 octobre: Concert portugais avec l'excellent ensemble Divino Sospiro sous la direction du non moins excellent Massimo Mazzeo. Des airs baroques virtuoses d'Avondano, Perez ou Carvalho suivis dans une seconde partie de Modinhas et autres Canzoncine, des airs populaires portugais. Deux brillants solistes pour servir cette musique si peu voire pas du tout connue : la divine soprano Anna Quintans, et l'incroyable Bruno De Sa à la technique et aux notes aigues bluffantes. Un immense succès. 


Samedi 15 octobre: Rinaldo de Haendel en version de concert. Une soirée marquée par l'extrême implication des artistes réunis pour l'occasion. Fabuleux Luigi De Donato à la tessiture de basse colorature (qui remplaçait Federico Sacchi souffrant), merveilleuse et très expressive Almirena de Francesca Aspromonte (qui remplaçait au pied levé Sophie Rennert souffrante), l'incandescente Armida d'Arianna Venditelli, l'excellent contre-ténor Filippo Minceccia et la très virtuose Delphine Galou dans le rôle de  Rinaldo. Tous dirigés par un Ottavio Dantone déterminé et inspiré. Un Rinaldo dont on se souviendra longtemps.  


Dimanche 16 octobre: Amore Siciliano, un spectacle marquant qui vous serre le ventre tant l'émotion est forte. L'histoire de Cecilia qui pour sauver son Peppino emprisonné accepte les avances du capitaine. Dupée, elle voit son Peppino emmené se faire fusiller. Un spectacle composé d'airs populaires siciliens et napolitains qui ne vous quittent plus. Des mélodies simples et lancinantes qui vous prennent aux trippes comme l'air de l'hirondelle chanté par les envoutantes sopranos Ana Viera Leite et Mariana Flores. Un concert d'anthologie. 

Bruno De Sa, contre-ténor

L'Accademia Bizantina interprète Rinaldo

Mariana Flores, soprano tellement sensuelle dans l'air de l'hirondelle

➡️ FÉNÉTRANGE : Sage récital d'Eva Zaïcik le 9 septembre 2022 à la collégiale Saint Rémi

        Le festival a eu, comme à son habitude, la bonne idée d’inviter une étoile montante du chant français : la mezzo-soprano Eva Zaïcik dans un recital Haendel, Mozart et Rossini. Des pages que l'interprète a su mettre en valeur, en y apportant des couleurs intéressantes. Mais elles auraient gagné en intérêt avec davantage de personnalité et de passion. Le lendemain le festival accueillait un tempérament autrement de feu, celui de la soprano Jeanine De Bique accompagnée par le Concerto Köln. Un récital somptueux auquel Baroquenews n’a pu assister. Ce même récital avait fait l'objet d'un compte rendu par nos soins au Mosel Festival (voir le compte-rendu) et plus tôt dans l’année à Eindhoven. 

Eva Zaïcik, mezzo-soprano

Katheryna Kasper, soprano

➡️ BÂLE: Des cantates de Haendel prennent vie

BAROQUENEWS a eu la chance d'entendre à la Peterskirche de Bâle ce 18 septembre 2022 deux grandes cantates de Haendel (Il Delirio Amoroso + Apollo e Dafne), extrêmement bien interprétées et hautement dramatiques, sous la direction d'un René Jacobs toujours aussi inspiré par la musique du Caro Sassone, avec l'excellente soprano Katheryna Kasper ainsi que le surprenant baryton-basse Yannick Debus. Un concert qui a été également donné au festival d'Ambronay. Signalons la présence de nombreux micros et caméras à Bâle. 

➡️ FLORENCE : Alcina avec ou sans Cecilia Bartoli ?

Même diminuée, les fans les plus chanceux de la diva Cecilia Bartoli auront pu l'apprécier, lors de la première d'Alcina à Florence ce mardi 18 octobre 2022. Souffrante, elle déclare forfait pour les autres dates du spectacle et sera remplacée par la divine Marie Lys. BAROQUENEWS ne manquera pas de commenter cet évènement mis en scène par Damiano Michieletto que nous avions déjà pu apprécier à Salzburg en juin 2019.

Marie Lys remplace Cecilia Bartoli à Florence dans l'opéra Alcina de Haendel.

Carolyn Sampson dans le rôle d'Iphis

➡️ STUTTGART Liederhalle : Jephtha en concert

La Bach Akademie dirigée par Hans-Christoph Rademann donnait Jephtha lors de deux concerts à Ludwigsburg (8 octobre 2022) et Stuttgart (9 octobre 2022), avec un sens du drame aigu et une distribution d'un très bon niveau avec notamment la touchante Carolyn Sampson (on se souvient de sa brillante prestation dans ce même rôle d'Iphis à Strasbourg en mars 2009), les solides et brillants Tim Mead dans le rôle d'Hamor et Joshua Ellicott dans celui de Jephtha. On nous dit que le concert a été capté par les caméras de Ludwigsburg.

Jephtha semble détenir une place spéciale à la Liederhalle de Stuttgart. En effet, il s'agit de notre troisième version en concert dans ce lieu. On se souvient avec émotion des deux précédentes sous la direction de Helmuth Rilling, en mai 2002 avec l'excellent James Taylor dans le rôle de Jephtha et en janvier 2008 avec la très émouvante Iphis de Kirsten Blaise. 

➡️ LONDRES, Hackney Empire Theatre : Agrippina & Tamerlano, du bon Haendel

L’English Touring Opera poursuit avec succès son cycle Haendel. Après Ottone, reprise d´Agrippina & de Tamerlano. James Conway signe la mise en scène de tout le cycle (4 opéras dont Giulio Cesare), 4 bons spectacles, avec un bon dosage de drame et d'humour. 

Mention spéciale pour Agrippina (7 octobre 2022) dont le spectacle a su finement entremêler pouvoir, manipulation, sexe et amour. Un spectacle drôle (notamment grâce à l'inattendu personnage de Lesbo en pamoison devant son maître Claudio) et plutôt bien chanté avec une mention spéciale pour la Poppea d'Hilary Cronin, pour Claudio au phallus surdimensionné interprété par Edward Hawkins, pour Nerone chanté par Esme Bronwen-Smith. 

Réussite également de Tamerlano, sombre et glaçant, il réunissait une distribution de haut niveau notamment avec la présence des contre-ténors Rodrigo Sosa Dal Pozzo et de James Hall, respectivement dans les rôles de Tamerlano et d'Andronico. 

Tamerlano : Rodrigo Sosa Dal Pozzo, contre-ténor 

Ottone : James Hall, contre-ténor 

© Richard Hubert Smith

➡️ LONDRES, Hackney Empire Theatre : Ottone de Haendel, une bonne surprise ! 

L’English Touring Opera (compagnie qui fait tourner ses productions d’opéras dans tout le Royaume-Uni) a débuté avec succès hier samedi 1er octobre 2022 son cycle Haendel avec une reprise du très rare Ottone à Londres dans le petit et délicieusement désuet théâtre Hackney Empire. Une mise en scène simple, sans surprises, mais efficace. Des éléments de décor aux motifs byzantins uniques mais amovibles qui permettent de réinventer l’espace à volonté, ainsi que des costumes brillants de l’époque bizantine ont permis de mettre en valeur une distribution d’un très bon niveau vocal. On retiendra surtout les deux contre-ténors James Hall et Valentine, respectivement dans les rôles d’Ottone et d’Adalberto. L’excellente Elizabeth Karanie en Gismonda, ambitieuse, manipulatrice et rongée par la souffrance (sorte d’Agrippina avant l’opéra du même nom) et qui remplaçait Gillian Webster souffrante. La surprise est venue de la soprano Nazan Fikret qui prêtait sa voix pure et enchanteresse au personnage de Teofane avec une touchante simplicité et une délicate retenue. Bien entendu l’opéra était chanté en anglais, ce qui ne saurait être du goût de tous. Alors que cet Ottone s’apprête à partir en tournée, le week-end prochain arrivent Agrippina et Tamerlano dans ce meme théâtre. A suivre donc…

Jean-Baptiste Poquelin dit Molière fête ses 400 ans. © LatoSensu Productions

➡️ LUXEMBOURG, Philharmonie: Molière aurait aimé ce spectacle !

Ce vendredi 30 septembre 2022, les Arts Florissants s’en sont donné à cœur joie dans un spectacle pétillant, osé, décalé autour de la figure de Molière,  mené tambours battants par le comédien Vincent Boussard. On s’amuse des délires du malade imaginaire, on rit  du ridicule Monsieur Jourdain, le tout entremêlé de séduisantes et divertissantes danses baroques. Des danseurs qui auraient encore  certainemen gagné en séduction et attrait, avec des costumes baroques. La distribution, excellente, valait le détour: Emmanuelle De Negri, Claire Debono, Marc Mauillon, etc. Un pur régal .

FROVILLE 18.IX.2022: The 11th edition of the International Baroque Singing competition took place last weekend (semi-final on Friday 16, and final on Sunday 18 September 2022) in the Froville church under a prestigious jury. The level was rather good but could not compare to some of the excellent past editions. Yet, French mezzo-soprano (29) Blandine de Sansal immediately singled out with her sensitive and quality of a voice made of emotion. She was also rewarded with the audience prize. The second prize was given to the very expressive French baritone Matthieu Walendzik, 29. The French mezzo-soprano Valerie Pellegrini got the third prize. Finally another French mezzo-soprano  Juliette Gauthier 22, got the special prize "Voix Nouvelles"

FROVILLE 18.IX.2022: La 11° édition du Concours International de Chant Baroque de Froville a eu lieu ce weekend (demi-finales le vendredi 16 et finale le dimanche 18 septembre 2022 en l'église de Froville sous l'égide d'un prestigieux jury. Le niveau était relativement bon sans toutefois rivaliser avec l'excellence de certaines éditions passées. Pourtant la mezzo-soprano française Blandine de Sansal (29 ans), dernière candidate à passer, s'est immédiatement distinguée par la sensibilité et la qualité d'un chant tout en émotion. Elle a également obtenu le prix du public. Le deuxième prix a été remporté par le très expressif baryton français Matthieu Walendzik de 29 ans. Le troisième prix a été décerné à la mezzo-soprano française Valérie Pellegrini. Enfin, Juliette Gauthier, également mezzo-soprano française (22 ans) a obtenu le prix "Voix Nouvelles". 

LUXEMBOURG: The Gala Concert of the ICMA Awards (International Classical Music Awards) took place this Thursday, April 21 at 8pm at the Philharmonie. The second half of the evening honoured the spirit of the baroque music, with an aria by Alessandro Scarlatti "Dormi, o fulmine di guerra" which held the audience suspended thanks to the sensitive and inspired interpretation by the Italian countertenor Filippo Mineccia. An aria followed by a Vivaldian tornado with an extract of the four seasons brilliantly played by the Versailles Royal Opera Orchestra and his impetuous first violin and conductor Stefan Plewniak. By Antonio Vivaldi again, the audience was offered another aria taken from the opera La Fida Ninfa "Alma oppressa", sung by the somewhat uneven mezzo-soprano Adèle Charvet.  

Well, we hope to taste again the flavours of the baroque next year. 

Crédits photographiques : © Philharmonie Luxembourg / Eric Engel

LUXEMBOURG: Le concert de Gala des récompenses ICMA (International Classical Music Awards) s'est tenu ce jeudi 21 avril 2022 à 20h à la Philharmonie de Luxembourg. La seconde partie de soirée faisait une part belle à la musique baroque avec notamment un air d'Alessandro Scarlatti "Dormi, o fulmine di guerra" qui a littéralement mis la salle en lévitation grâce à l'interprétation délicate et inspirée du contre-ténor italien Filippo Mineccia. Un air suivi d'une tornade vivaldienne avec un extrait des quatre saisons admirablement interprété par l'orchestre de l'Opéra Royal de Versailles et son impétueux chef et premier violon Stefan Plewniak. Toujours d'Antonio Vivaldi, on notera la prestation quelque peu inégale de la mezzo-soprano Adèle Charvet dans le virtuosissime air de La Fida Ninfa "Alma oppressa". Vivement l'année prochaine pour goûter à nouveau à ces délices baroques. 

COLOGNE: A rarity at the Philharmonie on this Thursday, April 14 2022 which offered a sacred jewel by Johann Adolf Hasse just before Easter: the latin oratorio Sanctus Petrus et Sancta Maria Magdalena followed by his Miserere. A unique concert (1h15 of music without intermission) played in front of a rather timid audience. 

Despite a palpable lack of general preparation, the interpreters could value the musical qualities of a work that would deserve to be better known: such as its cheerful final chorus and some exciting arias like « Mea tormenta, properate! » whose dramatic dimension was fully rendered by the countertenor Ray Chenez, or the sublime « Semper fida » that the soprano Marie Lys magnified with divine grace. Let’s also mention the strong presence of the excellent mezzo-soprano Sonja Runje in the role of Maria Salome. A singer to be followed!

Hofkapelle München

Dir. Rüdiger Lotter

COLOGNE: Rareté à la Philharmonie qui en ce jeudi 14 avril 2022 offrait un petit bijou sacré de Johann Adolf Hasse en prémices de Pâques : l’oratorio latin Sanctus Petrus et Sancta Maria Magdalena couplé à son Miserere. Concert unique (1h15 de musique sans entracte) joué devant un public bien timide. 

Malgré un manque de préparation général palpable, les interprètes ont su valoriser les qualités musicales d’une œuvre qui gagnerait à être plus connue : le chœur final du Miserere méritait à lui seul le déplacement. Cet instant de jubilation a fait écho à d'autres airs absolument jouissifs tel que l’air « Mea tormenta, properate! » que le contre-ténor Ray Chenez a su relever tout le caractère dramatique ou bien le sublime « Semper fida » que la soprano Marie Lys a magnifié avec une grâce divine. Enfin, signalons la présence remarquée de l’excellente mezzo-soprano Sonja Runje dans le rôle de Maria Salome. Une interprète à suivre absolument !

HALLE 2022: The programme is available and the temptations are numerous: Orlando staged with Xavier Sabata, Ariodante in a puppet version (Katschner), Susanna (Ahmann), Fernando (Duarte), Semele (Arman), Siroe (Traxler), a special version of the oratorio 'Il Trionfo del Tempo' (Dantone), the discovery of the pasticcio 'Caio Fabbricio'. And also the recitals by Roberta Mameli, Emöke Barath, Iestyn Davies, Giulia Semenzato, Inga Kalna & Maite Beaumont, the cantata 'Aminta e Fillide' (Christie), the Gala concert with Vivica Genaux & Valer Sabadus and many other goodies.

HALLE 2022: Le programme du festival Haendel vient d'être dévoilé et les tentations sont nombreuses: Orlando à la scène avec Xavier Sabata, Ariodante version marionnettes (Katschner), Susanna (Ahmann), Fernando (Duarte), Semele (Arman), Siroe (Traxler), une version spéciale de l'oratorio 'Il Trionfo del Tempo' (Dantone), la découverte du pasticcio 'Caio Fabbricio'. Et puis les récitals de Roberta Mameli, Emöke Barath, Iestyn Davies, Giulia Semenzato, Inga Kalna & Maite Beaumont, la cantate 'Aminta e Fillide' (Christie), le concert de Gala avec Vivica Genaux & Valer Sabadus et plein d'autres bonnes choses. 

GÖTTINGEN: the Göttingen Handel Festival set up a streaming portal with several videos of previous performances, interviews etc.

Check out at https://www.haendel-channel.de/en/ (until January 16th 2022)

GÖTTINGEN: le festival Haendel de Göttingen propose de voir ou revoir des concerts, opéras, interviews, etc.

Suivez le lien: https://www.haendel-channel.de/en/ (disponible jusqu'au 16 janvier 2022) 

MESSIAH by HANDEL

Like every year, in December, many Messiah are performed a bit everywhere in the world. 

BAROQUENEWS attended four of them: 

STRASBOURG (France): a pocket Messiah with just a few instruments and 4 soloists singing the whole piece (the theory by Joshua Rifkin about Bach tends to spread to other composers). Moreover, the score was shortened by the conductor and tenor Benoît Haller (his ensemble being La Chapelle Rhénane), though no piece was missing. As a result: a rather convincing and exciting concert of about 1h40 minutes with an interesting cast, especially the famous soprano Salomé Haller who successfully sang the mezzo-soprano part.

METZ: The concert hall L´Arsenal had scheduled a very beautiful Messiah with the ensemble Le Concert Lorrain under his enthusiastic Stephan Schultz. An interpretation between sacred and profane. As a result a very homogeneous choir and soloists. The young countertenor Alexander Chance was particularly remarkeble.

VIENNA & BASEL: an impeccable performance, especially thanks to a choir and orchestra near perfection under the rigorous baton of Paul McCreesh. Among the soloists, Caitlin Hulcup was particularly moving. In Vienna, the concert stopped during the aria "The Trumpet shall sound", the harpsichordist Sergio Ciomei fell on the ground. After 15mn he could resume his playing and the performance ended with a triumph. 

LYON: see also our review of Messiah staged by Deborah Warner. 

Salomé Haller, mezzoBenoît Haller, tenor & conducteurFrederic Caton, bass-baritoneLa Chapelle Rhénane
soprano Marie Luise Werneburg countertenor Alexander Chance tenor Markus Schäfer bass-baritone Roderick WilliamsLe Concert Lorrain, Stephan Schultz 
soprano Mary Bevanmezzo-soprano Caitlin Hullcuptenor: Benjamin Hulettbass-baritone Ashley RichesThe Gabrieli Consort & PlayersDir. Paul McCreesh

MESSIE de HAENDEL

Comme tous les ans, au mois de décembre, les Messie de Haendel fleurissent un peu partout dans le monde. BAROQUENEWS en a suivi quatre: 

STRASBOURG: un Messie de poche, avec une poignée d'instruments et 4 solistes chantaient les parties solistes et chorales (la théorrie de Joshua Rifkin chez Bach s'étend de plus en plus aux autres compositeurs). De plus, la partition a été raccourcie par le chef Benoît Haller (à la tête de La Chapelle Rhénane) sans qu'il ne manque d'air ou de chœurs. Résultat: un concert d'environ 1h40 plutôt convainquant et jubilatoire, avec une distribution intéressante, notamment la surprenante Salomé Haller, soprano bien connue dans le répertoire baroque, qui chantait étonnamment ici, et avec réussite, la partie de mezzo-soprano. METZ: L'Arsenal proposait un très beau Messie avec Le Concert Lorrain et son fougueux chef Stephan Schultz. Une version a mi-chemin entre sacré et profane. Un choeur, des solistes et un résultat d'une remarquable homogénéité. A noter l´excellente performance du contre-ténor  britannique Alexander Chance, d'une clarté angélique. 

VIENNE & BÂLE: Un Messie impeccable, grâce  à  un choeur et à un orchestre proches de la perfection, sous la baguette du rigoureux chef Paul McCreesh. Parmi les solistes, on retiendra le nom de la mezzo-soprano Caitlin Hulcup, particulièrement  émouvante. A Vienne, le concert a été interrompu durant l'air "The Trumpet shall sound". Le claveciniste est tombé au sol. Mais après 15mn, il a pu reprendre le concert et finir en triomphe. 

LYON: voir aussi notre compte-rendu du Messie mis en scène par Deborah Warner. 

VIENNA: An interesting Giulio Cesare by Handel is performed this month December 2021 at the Theater an der Wien: gorgeous settings, costumes, projections and a good cast, especially the sensational soprano Louise Alder as Cleopatra. Problem, the staging by Keith Warner: confusing, sometimes grotesque, tends to prevent the characters from giving emotions. As a result, a first part (approximately 1h50) deprived of emotion, just some beautiful music. Fortunately things get better in the 2nd part (approximately 1h10), thanks to the star of the evening the soprano Louise Alder. 

Bejun Mehta as Giulio Cesare at the Theater an der Wien. © Monika Rittershaus
Louise Alder magnificent Cleopatra

VIENNE: C'est au Theater an der Wien que se joue ce mois de décembre 2021 un intéressant Giulio Cesare de Haendel: de somptueux décors, costumes et projections, en plus d'une bonne distribution dont on retiendra surtout la phénoménale Cleopatra de Louise Alder. Point noir: la mise-en-scène de Keith Warner, confuse, parfois grotesque, tend à annihiler les sentiments des personnages. Au final, une première partie (environ 1h50) sans émotions, juste de la belle musique. Les choses s'arrangent dans la seconde partie (environ 1h10) et l'on vibre enfin grâce à la star de la soirée la soprano Louise Alder. 

PARIS: The ensemble Le Concert d'Astrée created and directed by Emmanuelle Haïm, celebrated their twentieth anniversary last Friday November 12th at the Théâtre des Champs Elysées. A feast, which gave the opportunity to hear the former and recent faithful collaborators of the ensemble. Unfrotunately some singers could not attend the party like Julie Fuchs, Patricia Petibon, Tim Mead and Nahuel Di Pierro. But 19 singers were there. The superb concert programme highlighted the French baroque music in the first part with Rameau and Campra, then the English one with Purcell and Handel in the second part. A few vocal performances, not completely convincing though, gave the opportunity to listen to artists one used to love or still loves like Nathalie Dessay, Laurent Naouri, Sandrine Piau, Rolando Villazon.  Marie Claude Chappuis wasn't very convincing in her Dido's aria and Andrea Mastroni sang all his top notes with his head voice as Polyphymus. Others offered honest performances, but nothing to remember: Lenneke Ruiten, Anito Zorzi Giustiniani, Tassis Christoyannis, Eva Zaïcik. 

Fortunately, the audience could enjoy magic moments thanks to the voices and artistry of Emöke Barath (a heart-breaking Theodora), Emmanuelle De Negri (brilliant aria from Castor et Pollux), Mikahil Timoshenko (moving and so expressive in his aria taken from Dardanus), Isabelle Druet (Indes Galantes), Carlo Vistoli (amazing Tamerlano), Jarrett Ott (imperious Argante), Sabine Devieilhe (a  virtuoso) and all the precious commitments of Matthias Vidal and Victor Sicard. All were superbly supported by a full choir and orchestra. This celebration could not end without a festive Hallelujah joyfully sung by all the soloists and the audience. 

Thank you to Le Concert d'Astrée for all the exquisite moments spent with them and Handel in particular: the brilliant and so elegant staging of Orlando by David McVicar, La Resurezzione with the sublime Maddalena by Kate Royal, the perfect performance of Rodelinda in Lille, the efforts done to enhance a lot of different cantatas (Il Delirio Amoroso sung by the amazing Laura Claycomb for instance), the dark but so moving Tamerlano in Lille. All the brilliant performances of Giulio Cesare, Trionfo del Tempo or Messiah. No, the feast is not taking place every 10 years but at each single performance. Coming soon Cosi fan tutte, DIdo & Aeneas...

Le Concert d'Astrée

20 years anniversary

Emmanuelle Haïm

Emmanuelle De Negri

Mikahil Timoshenko

Carlo Vistoli

Emöke Barath

PARIS: L'ensemble Le Concert d'Astrée créé et dirigé par la cheffe Emmanuelle Haïm a fêté ses 20 ans ce vendredi 12 novembre 2021 au Théâtre des Champs Elysées. Une fête qui donnait l'occasion d'entendre certains des anciens ou récents fidèles de l'ensemble. Première déconvenue, manquaient à l'appel les chanteurs Julie Fuchs, Patricia Petibon, Tim Mead et Nahuel Di Pierro. Il restait heureusement dix-neuf chanteurs. Le programme, superbe, faisait la part belle à la musique baroque française avec des extraits de Rameau et Campra dans une première partie puis à l'anglaise avec Purcell et Haendel dans une seconde. Certaines performances vocales, inégales, permettaient de retrouver des artistes que l'on a aimé ou que l'on aime toujours comme Nathalie Dessay, Laurent Naouri, Sandrine Piau, Rolando Villazon. 

La Didon de Marie-Claude Chappuis peine à convaincre, et Andrea Mastroni chante tous ses aigus en voix de tête dans l'air de Polyphème. 

Notons aussi les prestations honnêtes, mais sans éclat de Lenneke Ruiten, Anito Zorzi Giustiniani, Tassis Christoyannis et Eva Zaïcik. 

Heureusement le public aura pu savourer des moments magiques grâce au voix de Emöke Barath (déchirante Theodora), Emmanuelle De Negri (brillant air de Castor et Pollux), Mikahil Timoshenko (touchant et si expressif dans l'air de Dardanus), Isabelle Druet (Indes Galantes), Carlo Vistoli (époustouflant Tamerlano), Jarrett Ott (Argante impérieux), Sabine Devieilhe (ébouriffante de virtuosité) et toutes les précieuses  interventions de Matthias Vidal et Victor Sicard. Le tout superbement accompagné par un orchestre et un chœur très fournis pour l'occasion. La fête ne pouvait prendre fin sans un festif Alléluia de Haendel entonné par les solistes dispersés dans la salle et par le public en liesse. 

Merci au Concert d'Astrée pour tous les bons moments passés: on se souviendra (pour ne citer qu'un compositeur: Haendel) d'Orlando brillamment et élégamment mis-en-scène par David McVicar, La Resurrezione avec la sublime Maddalena de Kate Royal, la parfaite Rodelinda de Lille, la valorisation de nombreuses cantates souvent délaissées (Delirio Amoroso avec la surprenante Laura Claycomb pour ne citer qu'eux), le très sombre mais superbe Tamerlano à Lille. Les très réussis Giulio Cesare, Trionfo del Tempo ou Messie. Non, la fête n'a pas lieu tous les 10 ans mais bien à chaque représentation. Vivement les prochaines (Cosi fan tutte, Didon et Enée et bien d'autres). 

ROUEN / INNSBRUCK: The Israeli soprano Shira PATCHORNIK has won two singing competitions in a row: the Corneille one from Rouen organised by the ensemble Le Poème Harmonique, then the Cesti one from Innsbruck. BAROQUENEWS had had the opportunity to see her live on stage in Wiesbaden a few years ago in the rol eof Morgana in Handel's Alcina and had kept a nice memory of this. We wish her a long and brilliant carreer. 

Shira PATCHORNIK, soprano

ROUEN / INNSBRUCK: La soprano israélienne Shira PATCHORNIK a remporté coup sur coup le premier prix du concours Corneille de Rouen organisé par le Poème Harmonique ainsi que le concours Cesti d'Innsbruck. BAROQUENEWS avait eu l'occasion de la voir sur scène notamment à Wiesbaden dans l'opéra Alcina de Haendel dans le rôle de Morgana et en avait gardé un excellent souvenir. Grande et longue carrière à elle.

HALLE: Do you love HANDEL? Well, one can find many excellent concerts to watch on the Halle Handel Festival's site: Giulio Cesare, Ariodante, etc. for free!

HALLE: Aimez-vous HAENDEL ? Figurez-vous qu'il possible de visionner de remarquables opéras et concerts sur le site du Festival Haendel de Halle: Giulio Cesare, Ariodante, etc., le tout gratuitement !

PERALADA: The Festival Castell Peralada offers this season two very interesting pieces by HANDEL: the cantata Aminta e Fillide (unfair rarity) by Les Arts Florissants and their conductor William CHRISTIE and  Orlando with a stellar cast, among it Xavier SABATA or Marie LYS.

PERALADA: Le Festival Castell de Peralada propose lors de sa nouvelle édition deux programmes baroques fort intéressants: la cantate de HAENDEL Aminta e Fillide (injuste rareté) par Les Arts Florissants et son chef William CHRISTIE et toujours du même auteur Orlando avec une magnifique distribution dont Xavier SABATA ou Marie LYS. 

LYON: Why not spend the Christmas season and New Year in Lyon with a staged Messiah by HAENDEL and two concerts? The latter will be directed by Stefano MONTANARI and his baroque ensemble I Bollenti Spiriti which should be a feast.

LYON: Et pourquoi pas passer les fêtes de fin d'année à Lyon avec un Messie de HAENDEL mis-en-scène couplé à un concert de fin d'année et un autre pour la nouvelle année ? Ces deux concerts, à la programmation encore incertaine seront dirigés par le chef Stefano MONTANARI et son ensemble baroque I Bollenti Spiriti ce qui laisse présager de beaux moments. 

ZURICH: The new season 2021-2022 has just been announced and very few baroque works are part of it. Fortunately, L'Olimpiade by PERGOLESI that had been cancelled last season is back with the same amazing cast. An opera that can be combined with L'Italiana in Algeri by ROSSINI with Cecilia BARTOLI. In addition, a few baroque concerts have been added under the baton of the excellent Riccardo MINASI and other conductors.