Namur, Grand Manège le jeudi 23 avril 2026 à 20h
Marie & Madeleine
Œuvres d'Alessandro Scarlatti, Antonio Caldara, Giovanni Bononcini, George Frideric Handel, et d'autres.
Francesca Aspromonte, soprano
Ensemble Arsenale Sonoro (13 instrumentistes)
violon solo et direction : Boris Begelman
1. Giuseppe Torelli (1658-1709)
Concerto a quattro «Per il Santissimo Natale» op. 8 n°6
2. Giovanni Lorenzo Lulier (v. 1662-1700)
Oratorio per la Nascita del Redentore : «E voi pure godete... Di quei lampi che vanta l'aurora»
3. Giovanni Bononcini (1670-1747)
La conversione di Maddalena : «Core imbelle a due nemici»
4. Antonio Caldara (v. 1671-1736)
La Maddalena ai piedi di Cristo : Sinfonia
5. Antonio Caldara
La Maddalena ai piedi di Cristo : «Omai spezza quel nodo... Pompe inutili»
6. Arcangelo Corelli (1653-1713)
Concerto grosso en ré majeur op. 6 n°4
7. Giovanni Bononcini
La conversione di Maddalena : «Sì sì, risolvo»
8. Giovanni Lorenzo Lulier
Oratorio per la Nascita del Redentore : «Tu dormi o figlio... Figlio mio se nel pensiero»
9. Giovanni Bononcini
La conversione di Maddalena : Sinfonia
10. Giacomo Antonio Perti (1661-1756)
Gesù al Sepolcro : «Giovanni, ah, tu del figlio... Del campo il bel fiore» Pièce reproduite avec l'aimable autorisation des recherches musicologiques de F. Lora
11. Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
La Resurrezione: «Se Maria, dunque, spera... Ho un non so che nel cor»
12. Alessandro Scarlatti (1660-1725)
Concerto à sept parties en sol mineur
13. Alessandro Scarlatti La Santissima
Annunziata : «Stesa a pie' del tronco amato...Mortali, a voi consegno... Nella patria dei contenti»
À deux pas de la Semaine sainte, le récital Maria & Maddalena proposait au Grand Manège de Namur un cheminement spirituel d’une grande intensité, mettant en regard deux figures féminines fondatrices du christianisme : la Vierge Marie et Marie-Madeleine. Entre douceur contemplative et ferveur pénitente, le programme dessinait un arc émotionnel subtil, oscillant entre recueillement et tourment.
Alternant airs de Alessandro Scarlatti, George Frideric Handel ou encore Caldara, et pages instrumentales de Torelli, Corelli ou Scarlatti, cette construction musicale trouvait sous la direction du violoniste Boris Begelman une cohérence dramatique remarquable. À la tête de l’ensemble Arsenale Sonoro, il insufflait tension et relief, s’appuyant sur une matière sonore soignée et une cohésion exemplaire.
Dans cet écrin, la soprano Francesca Aspromonte déployait un art consommé de la déclamation, livrant l’intégralité de son programme sans partition. Dès le premier air, un véritable dialogue s’instaurait entre la voix et l’orchestre, dans un jeu de clair-obscur captivant. L’air de Caldara, d’une beauté ineffable, conduisait à une conclusion délicieusement tourmentée, sublimée par les variations d’une intensité saisissante du violoncelliste Ludovico Minasi. Si nombre de pièces – Lulier, Bononcini, Perti ou Alessandro Scarlatti – demeuraient peu familières, elles révélaient une richesse expressive indéniable. Deux moments se détachaient néanmoins : l’air bouleversant « Pompe inutili » de Caldara et le palpitant « Ho non so che nel cor » de Haendel, qui apportait une lueur d’espoir à ce parcours empreint de douleur. Autre sommet, le poignant « Figlio mio » de Lulier, dont l’intensité dramatique semblait gagner jusqu’à l’interprète elle-même.
Donné sans entracte, le concert s’imposait comme un flux continu, refusant toute rupture susceptible d’altérer cette tension émotionnelle maintenue sur le fil. La voix de Francesca Aspromonte, ronde, lumineuse et profondément expressive, séduisait autant par son timbre que par son engagement scénique, irradiant littéralement l’espace.
Le public, conquis, saluait cette prestation d’une grande sensibilité, prolongée par deux bis tirés du récent enregistrement de la soprano consacré à Scarlatti. Un sans-faute porté par un collectif de musiciens solistes de haut vol, au service d’une vision à la fois incarnée et profondément habitée.
Ruggero Meli
Francesca Aspromonte
Arsenale Sonoro
Boris Begelman