Dimanche 21 juin 2026 11h30 Abbaye de Saint-Michel en Thiérache
Sophie Junker, soprano
Il Convito
Maude Gratton, clavecin et direction
D. Castello, M. Uccellini, A. Bertali, J. Rosenmüller
Dans la lumière du matin, les murmures du premier baroque
Dimanche 21 juin 2026 à 11h30, l’Abbaye de Saint-Michel en Thiérache accueillait un récital intimiste réunissant Sophie Junker (soprano) et l’ensemble Il Convito, sous la direction et au clavecin de Maude Gratton. Le programme, consacré à Dario Castello, Marco Uccellini, Antonio Bertali et Johann Rosenmüller, s’inscrivait dans ce répertoire du premier baroque italien et allemand, entre effusion expressive et raffinement naissant du langage instrumental.
Servi par quatre instrumentistes de grande qualité, l’ensemble a déployé un discours musical d’une grande cohérence. Le clavecin de Maude Gratton s’est distingué par une présence à la fois délicate et précise, assurant avec souplesse la continuité du tissu harmonique. Le violon de Sophie Gent, au jeu sensuel et nuancé, dialoguait avec un continuo attentif, dans un équilibre constamment recherché.
Dans ce cadre intimiste, la présence de Sophie Junker constituait un enjeu singulier. Habituellement associée au répertoire opératique — on l’a récemment entendue notamment dans Deidamia à Göttingen et Wexford — la soprano abordait ici un univers plus resserré, où l’exubérance théâtrale laisse place à l’intériorité, à la transparence du texte et à la ligne vocale. L’exercice n’est pas sans risque : il exige un recentrage constant du geste vocal, une économie expressive, et une attention accrue à la déclamation.
Le timbre, d’une belle homogénéité, conserve son grain soyeux et fruité sur l’ensemble de la tessiture, y compris dans des registres plus graves, parfois sollicités de manière délicate. On peut noter une virtuosité mesurée, toujours mise au service du texte et de la ligne musicale plutôt que de l’effet.
Parmi les moments les plus marquants, on retiendra l’air marial de Barbara Strozzi, O Maria, quam pulchra es, ainsi que la berceuse de Marco Uccellini, Hor ch’è tempo di dormire, portée par une basse continue obstinée, presque hypnotique. Ces pages dessinent un climat de recueillement et de douceur, où le temps semble suspendu.
L’ensemble de la matinée proposait ainsi une véritable invitation à la tendresse et à la retenue, explorant les nuances d’une écriture encore intime et profondément expressive. On pourra toutefois regretter que ce format resserré ne permette pas toujours de révéler pleinement l’étendue et la projection d’une voix dont le potentiel s’affirme davantage dans des contextes plus amples et théâtraux.
Ruggero Meli
Dimanche 21 juin 2026 16h30 Abbaye de Saint-Michel en Thiérache
Antonio Vivaldi : La virtuosité et la ferveur
Concertos, sonate, air et cantates
Nisi Dominus
Cessate omai cessate
Sovvente il sole (Andromeda Liberata)
Sonate La Follia RV 63
Concertos RV 156-547-416
Tim Mead, contre-ténor
Le Concert de la Loge
Hanna Salzenstein, violoncelle
Julien Chauvin, violon et direction artistique
Virtuosité et ferveur avec Le Concert de la Loge
Sous les voûtes de l’Abbaye de Saint-Michel en Thiérache, Antonio Vivaldi trouvait en ce dimanche 21 juin 2026 un terrain d’expression à la fois éclatant et contrasté, porté par Le Concert de la Loge et le contre-ténor Tim Mead. Julien Chauvin, à la fois violoniste et directeur artistique, proposait un programme dense mêlant concertos pour cordes (RV 156, 547, 416), sonate La Follia RV 63, ainsi que des pages vocales emblématiques du compositeur vénitien : le motet Nisi Dominus, la cantate Cessate omai cessate et l'air Sovvente il sole (extrait d’Andromeda liberata).
Dès les premiers accords, l’ensemble instrumental affirme une lecture nerveuse, tendue, où la virtuosité ne se dissocie jamais d’une volonté de dramatisation du discours. Le violon de Julien Chauvin, d’une grande netteté d’articulation, conjugue élégance du trait et énergie structurante, tandis que le violoncelle d’Hanna Salzenstein apporte un socle solide, chantant sans ostentation, mais d’une présence constante.
Les concertos révèlent un Vivaldi à double visage : brillant, acéré, mais aussi capable de suspensions plus intériorisées. Cette alternance, bien rendue, s’inscrit dans une esthétique de contraste assumée, parfois au prix d’une recherche de tension qui laisse moins de place à la respiration chambriste.
Tim Mead déploie une voix ample, homogène, à la projection solidement opératique, qui tend à dépasser la question de la tessiture pour s’imposer comme une présence vocale affirmée. Dans Cessate omai cessate, l’écriture plus dramatique lui permet de trouver une aisance expressive particulièrement convaincante, entre ligne souple et accentuation contrôlée.
Le Nisi Dominus, en revanche, met davantage en lumière les exigences spécifiques de ce répertoire, qui appelle une légèreté et une ductilité plus éthérées. Certaines sections, notamment les plus suspendues, semblent ainsi solliciter la voix dans un registre moins naturellement idiomatique, sans altérer toutefois la tenue générale de l’interprétation.
On retiendra surtout la cohérence d’un projet musical qui explore avec engagement les multiples facettes du Vivaldi vocal et instrumental, jusqu’à un bis final lumineux — l’Alleluia du Nisi Dominus — venu brillamment conclure la soirée.
Ruggero Meli